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les termes de la loi. Le 25 novembre, trois jours avant que la loi fût rendue, il prit un arrêté qui ordonnait de rechercher et de conduire au château de Brest tous les prêtres non assermentés. Dès lors la persécution devint générale, et tous les ecclésiastiques qui étaient restés fidèles à leur foi furent poursuivis une seconde fois comme des malfaiteurs. La loi du 29 novembre étant rendue, le directoire ne mit plus de bornes à la persécution. Il s'inquiétait peu du veto; il lui suffisait d'avoir l'assentiment de l'Assemblée. C'est à elle qu'il adressa ses dénonciations contre les prêtres, auxquels il attribuait les troubles que causaient ses cruels arrêtés. Dans la séance du 5 décembre 1791 de l'Assemblée législative, on lut l'adresse suivante venant de ce département :

« Les prêtres coupables, et trop longtemps impunis, portent la désolation dans notre département. Le désordre s'accroît, les malheurs se succèdent, le sang coule. M. de la Marche, ci-devant évêque de Léon, profite de l'instant où l'impôt allait se recouvrer, pour jeter au sein des campagnes le brandon de la guerre civile. Le peuple séduit a perdu son caractère naturel, se livre aux derniers excès; et déjà le patriote Fagot , électeur du département, est expiré victime de son civisme (1). Déjà les curés placés par la constitution sont contraints, par écrit, de renoncer à leurs fonctions; les prêtres non assermentés prêchent ouvertement la révolte; ils égarent les citoyens en comparant les nouvelles impositions aux anciennes, et en

(1) Il n'est pas certain que le citoyen Fagot soit mort à cause de son civisme.

passant sous silence l'énormité des impôts indirects. L'agitation des paroisses (causée par l'arrété, nous donne les inquiétudes les plus vives : les unes demandent des diminutions d'impôts, les autres la conservation de leurs anciens curés; elles s'assemblent, hommes, femmes et enfants; elles accablent les directoires de leurs pétitions. Nous avons pris une délibération pour faire arrêter les perturbateurs ecclésiastiques, laïques ou séculiers ; cette mesure était devenue nécessaire, et nous espérons que vous voudrez bien l'approuver (1)

Le secrétaire de l'Assemblée commença la lecture de la lettre pastorale de l'évêque de Léon; mais des murmures l'interrompirent, et elle ne fut point achevée (2). Nous regrettons cette interruption, qui a causé la perte d'une lettre portant probablement avec elle sa justification. Mais remarquez l'insigne mauvaise foi des administrateurs! Ils font des arrêtés qui jettent le trouble dans les paroisses et inspirent aux peuples une telle aversion pour le nouveau régime, qu'ils ne veulent plus y contribuer par l'impôt; et quand le mal est fait, ils s'en prennent à la prédication des prêtres et à la lettre pastorale de leur évêque.

L'Assemblée approuva, du moins par son silence, la conduite du directoire. Il ne lui en fallait pas davantage pour continuer la persécution. Les prêtres fidèles furent poursuivis pendant tout le mois de décembre. Les uns parvinrent à se cacher; les autres se réfugièrent jusque dans les forêts, où ils étaient exposés à l'intempérie des

(1) Moniteur, séance du 5 décembre 1791.

(2) Ibid.

saisons et à toutes les horreurs de la faim; d'autres, poursuivis dans les villages et à travers les champs comme des bêtes fauves, furent pris et conduits au château de Brest au milieu des cris d'une populace effrénée, qui tentait souvent de rompre la haie formée autour d'eux, pour les saisir, les mettre à la lanterne ou les jeter à la mer; car tels étaient les cris menaçants qu'elle proférait. A la fin de décembre, on comptait au château de Brest cinquante ecclésiastiques, à qui on avait interdit toute communication avec le dehors. Ces courageux confesseurs de la foi, injustement arrêtés et dénués de tout, adressèrent au roi une requête pour lui exposer leur position et solliciter leur liberté.

« Sire, dirent-ils, les malheureux prêtres soussignés, dans le département du Finistère, du fond de la prison où le plus arbitraire de tous les actes les a reclus et entassés, élèvent vers Votre Majesté lears mains suppliantes; ils n'ont d'espoir que dans la justice, de soutien que dans leur innocence. Heureux encore, Sire, si ces deux seules ressources de leur infortune ne leur sont pas ravies, dans un temps où la calomnie s'étudie sans relâche à empoisonner leur conduite, où la rage et la fureur épient jusqu'à leurs gémissements, captivent l'intérêt qu'ils inspirent aux vrais amis des lois et de la liberté, et leur dérobent la plus douce consolation des infortunés, celle de jouir des sentiments de commisération que leur sort doit réveiller dans tous les cours droits et sensibles ! Elles n'enchaîneront pas du moins, Sire, nos efforts pour recourir à l'autorité légitime de Votre Majesté. La constitution elle-même nous indique ce recours, et nous aurons le courage

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d'essayer de le saisir ; jamais on n'eut plus de titres pour l'exercer avec confiance. »

Ils exposent ensuite qu'ils sont enfermés à cause du refus de serment; qu'ils ont été indignement calomniés; qu'ils sont incarcérés pour la seconde fois, non comme coupables, mais comme suspects, et en vertu d'un arrêté arbitraire rendu contre l'esprit et la lettre de la loi; et qu'on a violé à leur égard la loi d'amnistie. La requête est signée par quarante et un prêtres détenus (1).

On dit que le roi versa des larmes à la lecture de cette requête. Mais il n'y pouvait rien, étant retenu lui-même prisonnier dans son palais, et ne pouvant plus faire usage d'aucune de ses prérogatives constitutionnelles sans exciter la fureur des membres de l'Assemblée et les aboiements de la

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révolutionnaire. La requête resta donc sans effet; elle fut imprimée et vendue à Paris au profit des prisonniers. Paris, où il

y a toujours eu, à côté d'une populace effrénée, des âmes si pures, de vrais anges, répondit généreusement à cet appel de charité. Il n'était point inutile, car les prisonniers restèrent enfermés au château de Brest; leur nombre fut augmenté par d'autres arrestations et par des prisonniers venus des départements voisins. Ceux de la Manche y furent conduits les mains liées, dans d'ignobles tombereaux (2).

Je ne parlerai pas de la manière dont on les traitait en prison, où ils étaient entassés les uns sur les autres, dans des lieux infects, ne recevant pour nourriture

(1) Tresvaux, Hist. de la Persécut. révol. en Bretagne, t. I,

p. 327.

(2) Nouveau compte rendu au Roi, p. 16.

que ce qu'il fallait pour ne pas mourir. Il leur était défendu de sortir de leur salle, de prendre l'air, et de recevoir la visite de leurs parents et de leurs amis (1).

Nous touchons à l'année 1792, année fertile en grands et lugubres événements, année où la haine contre le clergé catholique va prendre chaque jour un nouvel accroissement, jusqu'à ce qu'elle arrive à l'extermination des uns et à la déportation des autres. Plus de repos tant qu'il y aura un seul prêtre sur le sol français. Nous nous trouvons transportés comme aux premiers siècles du christianisme, où la persécution sévissait avec tant de fureur contre les chrétiens.

Les prêtres catholiques continuent d'abord d'être dénoncés; mais ils le sont plus gravement. Jusque-là on ne les avait guère accusés que d'être les instigateurs des troubles qui éclataient dans les paroisses où ils demeuraient; maintenant on met sur leur compte des choses bien plus graves : on les accuse d'apporter des entraves à la perception des impôts, et même à la circulation des grains; et bientôt, quand on sera menacé de guerre, on les accusera d'être d'intelligence avec l'étranger, et d'embaucher des soldats pour l'armée des princes.

Cette recrudescence de persécution est due à un événement qui s'est passé à la fin de décembre (1791), et que je prie le lecteur de bien remarquer : c'est que le club des Jacobins, si hostile au clergé, a rejeté le masque dont il s'était couvert lorsqu'il était menacé par les feuillants, et est devenu franchement persécutenr. Nous avons vu que ce club était sur le point de se dissoudre au profit des feuillants. En effet, tous les

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