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prétexte qu'il était d'accord avec les ennemis du dedans et du dehors. Il n'était plus regardé que comme un embarras qui entravait la marche de la révolution, et qui s'opposait au bonheur indicible qu'on en atten. dait toujours, malgré les terribles épreuves par lesquelles on avait déjà passé. L'insolence des journaux allait toujours croissant; le veto, qui empêchait de poursuivre les prêtres, contre lesquels on nourrissait tant de haine, y mit le comble. Nous pouvons en juger par un extrait du journal de Prudhomme (1):

« Encore un veto! dit-il; c'est le second depuis deux mois... Si c'est là le train des affaires publiques (et toutes les apparences nous en menacent), citoyens , avisez vous-mêmes à ce qui vous reste à faire; nous n'avons plus de conseils à vous donner. Le veto est un boulet que l'Assemblée nationale s'est condamnée à traîner avec elle : tout élan généreux lui est interdit désormais, et bientôt la lassitude lui ôtera le courage. Et vous, véritables représentants du peuple, législateurs patriotes, venus de tous les coins de l'empire pour mettre en commun vos lumières et vos bonnes intentions, en vain étudiez-vous les besoins de vos commettants; en vain interrogez-vous la sagesse de tous les lieux et de tous les âges pour en appliquer les résultats à la régénération de votre pays : à quoi aboutiront vos travaux assidus et pénibles ? Votre bon génie vous inspire vainement des décrets accommodés aux circonstances; à côté de vous est le génie du mal, qui veille · pour détruire le bien à mesure que vous l'opérez...

« La constitution a décrété la loi martiale; mais elle

(1) No 128, p. 532.

ne défend pas, donc elle permet au peuple de se rassembler sans armes sur le passage du roi ou aux portes de son château, et de lui faire dire, par un orateur député par lui :

Sire, nous sommes ici présents sous vos fenêtres cinquante mille citoyens paisibles, pas si bien habillés que vos gardes; mais nous nous sommes dépouillés pour les vêtir. Écoutez-nous sans intermédiaire; nous venons vous parler de vos veto. Vous avez attendu bien tard pour en user; cependant le décret du marc d'argent vous en offrait une belle occasion. Il paraît que vous voulez réparer le temps perdu. Mais nous vous le demandons sans humeur, répondez-nous de même: si vous prenez l'habitude de dire Veto à chaque bonne loi, à chaque décret urgent, à quoi nous servirat-il d'avoir une Assemblée nationale ? Ce n'était

pas

la peine qu'ils accourussent de si loin, et qu'ils fissent tant de beaux discours pour bien arranger un décret que vous anéantissez d'un seul mot! Savez-vous, Sire, que c'est bientôt dit, Veto, et qu'on a été plus longtemps à combiner la loi contre les émigrants et contre les prêtres ? Convenez avec nous, Sire, qu'il n'est guère probable que vous possédiez à vous seul plus de lumière et de sagesse que les quatre-vingt-trois départements ensemble; convenez qu'il est étrange d'attacher la destinée d'un peuple immense à deux syllabes tombées de vos lèvres royales. Du fond de votre palais, obsédé la nuit et le jour par une épouse vindicative et une sæur bigote, entre un Barnave et un Dandré, un Malouet et un Talleyrand, comment pourriez - vous vous flatter de connaître la véritable disposition des esprits ?.... Nous sommes bien fâchés que la besogne de nos représentants ne vous plaise pas toujours; mais la nation les a rassemblés pour arranger ses affaires et non les vôtres. Et puis avez-vous oublié à quelles conditions nous vous avons gardé sur le trône ?... C'est la maison de Bourbon qui nous doit tout : nous avons fait bien des ingrats, n'importe !... Pour en finir, nous vous dirons

que si la constitution est pour vous, la déclaration des droits de l'homme et du citoyen est pour nous. L'une vous donne le droit de velo, l'autre nous donne celui de la résistance à l'oppression (art. 11). Or, encore un veto de l'espèce de vos deux premiers, et il y a évidemment oppression de votre part. Vous appelez sur nous la guerre civile et religieuse, donc vous nous placez dans le cas de l'art. 11 de la déclaration acceptée par vous. Prenez-y garde; nous vous laissons y penser : examinez! Nous vous ajouterons seulement que nos frères des quatre-vingt-trois départements pensent absolument comme nous et agiront de même, quand Votre Majesté aura examiné (1). »

Telles sont les vociférations menaçantes de la presse révolutionnaire contre un roi qui veut soutenir la justice et la liberté, conformément à la constitution jurée. Chose étrange, on poursuit les prêtres comme ennemis de la constitution, et on attaque le roi pour vouloir s'y conformer ! Rien n'est plus frappant que ces sortes de contradictions, que plus d'une fois encore nous aurons lieu de remarquer.

La loi du 29 novembre 1791, n'ayant pas été sanctionnée par le roi, n'avait aucune valeur légale; elle était comme non avenue : car le roi avait le droit de

(1) Hist. parlem., t. XII, p. 262.

suspendre toute loi qui ne convenait pas à son gouvernement. Il n'était donc pas permis de mettre le nouveau décret à exécution. C'est ce que comprenaient les directoires de tous les départements où l'on avait conservé la saine raison, le respect pour l'autorité royale, ou une idée de tolérance et de liberté. Malgré les réclamations des sections et des clubs, le directoire de Paris maintint son arrêté en faveur de la liberté des cultes. Bien des églises, fermées précédemment par ordre de la municipalité, étaient rendues aux catholiques. On y faisait l'office, et les fidèles y accouraient en foule. Le peuple commençait à s'habituer à cet ordre de choses. Les familles riches qui se rendaient aux églises, et que l'on appelait aristocrates, étaient encore obligées d'entendre par-ci par-là des insultes ; mais du moins il n'y eut pas d'excès commis. La bourgeoisie était intervenue entre les riches et les pauvres, en disant qu'il fallait ménager les riches, et ne pas les forcer à porter leur argent hors de France. Ces sortes de propos faisaient impression sur le peuple, et le rendirent plus calme. Paris jouit donc pendant plusieurs mois de la liberté des cultes, grâce à la fermeté du directoire, à laquelle tous les honnêtes gens avaient applaudi. Le directoire de Paris trouva des imitateurs en province. Celui de la Rochelle fit exécuter son arrêté qu'il avait fait à Saintes le 27 octobre (1791), d'après celui de Paris; il est conçu dans les mêmes termes.

Le Moniteur fait l'éloge de ce dernier arrêté, et exprime le désir de le voir exécuté dans tous les départements. Les directoires de bien des départements firent, en effet, des arrêtés semblables. L'expérience a démontré que les communes où on les exécutait étaient les plus

tranquilles, les plus exactes à payer leurs impôts. Mais, comme nous le verrons, les directoires se trouveront souvent en contradiction avec certaines municipalités, avec le peuple, et dans l'impossibilité de faire exécuter leurs arrêtés : de là, il y aura troubles, meurtres et incendies. D'autres directoires, au nombre de quarantetrois, ne furent pas aussi sages. Ils fermèrent arbitrairement les églises au culte catholique, et firent exécuter la loi du 29 novembre, nonobstant la négative royale qui lui avait ôté sa valeur légale. Ils allèrent même au delà des termes de la loi, et firent usage d'une autorité arbitraire révoltanté. Ils se trouvaient appuyés par la populace des villes, et en contradiction avec les municipalnés et les populations chrétiennes de la campagne. De là aussi des troubles, et souvent la guerre ciyile; c'est le premier effet de la loi.

De tous les directoires, le plus acharné contre les prêtres fidèles était celui du Finistère. Il agissait sous l'influence d'Expilly, évêque constitutionnel, et de son grand vicaire Gomaire, qui était encore pire que lui. Tous deux faisaient partie du directoire. Gomaire en était le président depuis le 16 novembre 1791. Il sortait du diocèse de Vannes, où il avait été interdit ; ce qui fut une recommandation pour Ex pilly. Il contracta plus tard deux ou trois unions civiles, et donna tant de scandale qu'il devint un sujet de mépris général. Il est aujourd'hui grand vicaire et président du directoire du Finistère. Le clergé catholique ne fut pas longtemps sans se ressentir de l'autorité que lui donnaient ces fonctions. La loi du 29 novembre 1791 n'était encore qu'à l'état de projet, lorsque le directoire du Finistère la mit à exécution avec une rigueur qui n'était pas dans

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