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Les législateurs, poussés par leur haine, leur méprís ou leur indifférence, les accueillent avec transport, sans jamais ordonner la moindre enquête. Les jourpaux s'en emparent, et les publient par les cent bouches de la renommée. Alors plus de doute : les prêtres sont coupables, il faut les proscrire et les chasser.

Le vendredi 21 octobre, l'affaire des prêtres appelés réfractaires fut mise à l'ordre du jour, comme on en était convenu. La discussion fut animée, parfois ardente, et la religion n'y trouva aucun défenseur. Les ministres de Dieu sont livrés au mépris, maltraités; et s'ils trouvent encore quelques voix en leur faveur, c'est parmi les hommes modérés qui avaient conservé un reste de tolérance philosophique. Ils sont défendus, non comme prêtres, mais comme citoyens. L'embarras était grand; trois questions difficiles se présentaient : 1° Devait-on refuser aux catholiques, prêtres et fidèles, la liberté de conscience, si solennellement garantie par la constitution? 2o Devait-on faire des lois exceptionnelles pour les prêtres réfractaires, des lois de cription générale, au lieu de les faire juger, s'ils sont coupables, selon les lois ordinaires du pays ? 3. Une mesure de proscription générale était-elle politique ? ne ranimerait-elle pas le feu de la guerre civile, au lieu de l'éteindre ? Voilà les trois grandes questions qui se présentaient à la délibération de l'Assemblée législative le 21 octobre, et qui donnèrent lieu à de vifs débats.

Si l'Assemblée nationale avait été composée de législateurs sages, prévoyants, et moins prévenus contre la religion catholique et ses ministres, ces questions de haute politique n'auraient pas souffert la moindre difficulté. La liberté de conscience était dans les Droits

de l'homme, dans la constitution : elle devait donc être acceptée par des représentants qui avaient commencé leur législature par l'adoration de cette constitution. D'ailleurs, comment la refuser sous le règne de la liberté? Toutes les opinions sont libres, on peut les publier par la voie de la presse, les déclamer dans les clubs ou sur les bornes de la place publique; et l'on n'osera plus s'assembler dans une maison pour prier Dieu , pour se confesser, et recevoir les sacrements selon l'ancien rit! On peut faire de cette maison un cabaret, une salle de bal, un spectacle, une synagogue, une mosquée; et il ne sera pas permis aux catholiques d'en faire une maison de prière !

La deuxième question ne devait pas présenter plus de difficultés. Dans quel pays proscrit-on une classe entière de citoyens ? S'il y a parmi eux des turbulents, des perturbateurs, il y avait des lois, des tribunaux pour les juger. Mais il ne fallait pas les proscrire tous; car on avouait qu'il y avait parmi eux des prêtres paisibles, charitables, éloignés de toute discussion politique; ceux-là, et c'était la grande majorité du clergé, devaient-ils être punis comme les autres ? Pouvait-on le faire sans une criante injustice? Puis, une proscription générale était-elle opportune? Ne présentait-elle pas de grands dangers ? car, comme nous l'avons déjà vu, la proscription légale se traduisait dans la rue par l'extermination.

La mesure de proscription était-elle politique? Pouvait-on croire réellement qu'en chassant les prêtres aimés, estimés par leurs paroissiens, on calmerait les populations, qu'on les attacherait au culte officiel, aux prêtres apostats ? Il était facile de prévoir le contraire.

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Mais il y avait dans l'Assemblée des hommes qui mettaient de côté la constitution du pays, ainsi que toute règle de justice et de prudence. Entrainés par leur haine contre ce qu'ils appelaient le fanatisme, ils se déclaraient franchement persécuteurs, et demandaient l'expulsion, l'exil des prêtres restés fidèles.

Le représentant Lejosne enveloppa tous les prêtres réfractaires dans une même proscription, sans distinction d'âge ou de bonne conduite. Dans un discours dont le Moniteur ne donne qu’un fragment, il leur imputa tous les malheurs de la France, même le schisme dont ils sont victimes et qui fait leur tourment. Il leur prodigua les épithètes de fourbes, de fanatiques et de perturbateurs, et, comme toujours, sans apporter aucune preuve, sans articuler aucun fait, Il demanda des lois exceptionnelles contre eux, parce que, selon lui, ils ne sont pas dans la classe des autres citoyens; ils exercent une influence prodigieuse sur l'esprit public. Les renvoyer devant les tribunaux, c'est, selon lui, les faire acquitter, parce que les tribunaux sont composés de gens de robe, pour la plupart, les plus cruels ennemis de la constitution. Il voulait donc qu'on les reléguat dans les chefs-lieux des départements, où ils seront tenus par la force des armes, et éclairés par la lumière des citoyens (1).

Nous voyons dans ces paroles une haine exaspérée contre les prêtres fidèles, dont on veut se défaire à tout prix, et l'on ne peut s'en défaire que par une pros-.. cription générale; car l'expérience avait déjà démon

(1) Histoire du Clergé depuis la convocation des états néraux, t. III, p. 232.

tré que les tribunaux étaient impuissants à les condamner, non parce qu'ils étaient mal composés, comme le dit l'orateur, mais parce qu'ils ne trouvaient pas matière à condamnation. Coustard, député de Nantes, qui s'était déjà distingué dans les ignobles exploits contre les prêtres catholiques, appuya l'avis de Lejosne, et ajouta à son projet de déportation l'ordre de se présenter tous les huit jours au directoire, d'exercer les poursuites les plus rigoureuses contre les rebelles, et de faire des proclamations paroissiales pour dissiper le fanatisme, c'est-à-dire pour détruire la religion autant que possible.

Un autre représentant, Monteze, s'emporta aussi contre les prêtres réfractaires, et demanda des mesures rigoureuses. Comme Lejosne, il ne voulait pas qu'on les poursuivît devant les tribunaux; ce procédé lui paraissait trop lent et peu efficace. « Les tribunaux, ditil, sont impuissants pour réprimer le mal; leur action est trop lente, trop difficile, et souvent ils n'ont pas la force de résister aux passions des hommes qui les entourent. »

Un autre représentant, Roujoux, émit une idée nouvelle qui sourit beaucoup à l'Assemblée. Il demanda qu'on retranch åt la pension à tous les prêtres qui exerceraient des fonctions dans des oratoires particuliers, et que les autres ne fussent payés que sur un certificat de bonne conduite, délivré par la municipalité. C'était livrer l'existence des malheureux prêtres à l'autorité arbitraire d'un maire ou d'un officier municipal.

Cependant les mesures de proscription générale, les projets de déportation dans les chefs-lieux des dépar

tements, trouvèrent des adversaires qui, sans être favorables à la religion ou à ses ministres, plaidèrent chaodement la cause de la tolérance philosophique. Le député Baert indiqua la vraie cause de l'acquitte, ment des prêtres devant les tribunaux, «On les acquitte, dit-il, parce qu'ils ne sont pas criminels , parce qu'il n'y a pas de crimé à confesser, à baptiser, à faire de l'eau bénite. » Il voulait donc qu'on les laissât en repos ; c'était, selon lui, la mesure la plus sage.

Davignau s'opposait à toute loi de proscription et d'intolérance religieuse. Il fit valoir la liberté des cultes garantie par la constitution, et expliqua les inconvénients qu'entraineraient les mesures exceptionnelles et persécutrices. Monneron, plaidant dans le même sens, voulait qu'on se bornât à la punition des prêtres factieux, et qu'on éclairât les peuples au lieu de les irriter. Il

proposa pour cet effet un catéchisme de morale et de politique approuyé par l'Assemblée, et envoyé dans les campagnes par milliers d'exemplaires. Nous voyons par là quelle pauvre idée avaient de la religion les membres les plus modérés et les moins impies de l'Assemblée. Ils ne connaissaient guère la source où elle puise sa force et sa vie, et le moyen de donner du mouvement au corps social. Ils croyaient avec la meil. leure foi du monde qu'il suffisait d'envoyer aux peuples des catéchismes approuvés par l'Assemblée; et ce qui est remarquable, personne ne sentait le ridicule d'une pareille proposition. Enfin, on ne parvint pas à s'entendre. Les mesures de proscription trouvaient bien quelque faveur dans l’Assemblée, mais elles étaient trop vigoureusement combattues par certains

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