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démon du fanatisme par le jeúne. » C'est par de telles raisons qu'une des sections de Paris prétendait répondre aux arguments du directoire. Elle veut recourir à la logique des piques : c'est assurément l'argument le plus tranchant. Il faut observer que c'est Fauchet, évêque intrus du Calvados, qui a fait lecture de cette dernière adresse, à la prière de Camille Desmoulins, qui ne lisait pas aussi bien. Fauchet était secrétaire de la section, et par conséquent un des signataires. Il avait fait des progrès, car il y avait à peine un mois qu'il se contentait de la suppression de la pension des ecclésiastiques, qu'il repoussait la persécution, et qu'il demandait pour tous la liberté de conscience : aujourd'hui il veut qu'on poursuive les défenseurs de cette même liberté, qu'on aille même plus loin, et qu'on frappe à la tête; aujourd'hui il est partisan de toutes les mesures de rigueur et de persécution énoncées dans la loi. Il montre quelles sont les dispositions du nouveau clergé envers ses anciens confrères. Il y eut d'autres adresses lues dans la séance du 12 décembre.

Cependant le roi, bien décidé à refuser sa sanction, ne le faisait pas encore annoncer à l'Assemblée; il se croyait obligé à certaines précautions, parce qu'il se rappelait quelle irritation avait causée son refus de sanction à la loi contre les émigrés, qui avait été rendue peu auparavant (9 novembre 1791), Les émigrés rassemblés au delà du Rhin avaient été déclarés suspects, et menacés de mort et de la perte de leurs biens, s'ils n'étaient point rentrés avant le 1er janvier; les princes n'étaient point exceptés. Déjà, dans la séance

(1) Hist. parlem., t. VI, p. 188.

du 28 octobre, l'Assemblée avait requis Monsieur comte de Provence (Louis XVIII), de rentrer en France dans le délai de deux mois, sous peine d'être déchu de ses droits et prérogatives, Le roi avait accepté ce dernier décret contre son frère, mais il avait refusé sa sanction à celui contre les émigrés. Duport-Dutertre, ministre de la justice, avait été fort mal accueill¡ lorsqu'il était venu annoncer à l'Assemblée le veto royal (le 12 novembre). On ne lui avait pas même laissé la liberté de donner communication des mesures que le roi avait prises pour faire rentrer les émigrés sans recourir aux rigueurs de l'Assemblée. Le roi voulait se servir, à l'égard de ces hommes dévoués à sa personne, de son autorité royale, qui n'avait jamais été méconnue. Il leur adressa une proclamation dans laquelle il les rappelait dans leur patrie et auprès de leur roi, en faisant valoir tour à tour les motifs d'honneur, de devoir, d'obéissance, d'intérêt général et d'avantage particulier : il s'adressa plus spécialement aux princes ses frères, pour les exhorter à donner l'exemple de la soumission. Mais celte voix, qui était autrefois écoutée comme celle de Dieu, n'était plus, aux oreilles de la fidèle noblesse, qu'un vain bruit d'un pouvoir enchaîné. Les émigrés continuèrent au delà du Rhin leurs manoeuvres, se faisant une illusion complète sur leurs futurs succès. Les révolutionpaires et les rédacteurs des journaux s'en prirent au veto, attaquèrent le roi avec une extrême violence, l'accusant tour à tour de perfidie, d'imposture, d'égoïsme et de trahison (1).

Le roi, témoin de ces diatribes dont les journaux

:

(1) Hist. parlem., t. XII, P. 240, grande édition.

retentissaient chaque jour, et de la violence avec laquelle on avait attaqué l'adresse du directoire de Paris, se crut donc obligé de prendre des précautions avant de déclarer son refus de sanction à la loi du 29 novembre. Il changea les ministres qui avaient déplu à l'Assemblée, et en prit de nouveaux dans le parti consti-. tutionnel (6 décembre), tels que Cahier de Gerville et Narbonne. Delessart, ministre de l'intérieur, passa aux affaires étrangères ; Bertrand de Molleville resta à la marine. Des correspondances, venues des frontières de l'est, avaient inspiré des craintes sur les manoeuvres des émigrés. L'Assemblée, d'après un discours violent d'Isnard, exigea des électeurs du Rhin le désarmement des émigrés (29 novembre), et la défense de tout attroupement. Le roi se rendit lui-même à l'Assemblée pour donner son consentement à cette mesure , ce qui excita le plus vif enthousiasme (1). De plus, le roi fit publier la destitution de tous les agents diplomatiques accusés d'aristocratie, et leur remplacement par des hommes dévoués aux nouvelles institutions. Voilà les précautions que le roi se croyait obligé de prendre, afin de pouvoir user d'une prérogative accordée par une constitution dont on se disait les adorateurs.

Enfin, le 19 décembre 1791, le garde des sceaux adressa à l'Assemblée la note de non-sanction relative au décret concernant les prêtres : Le roi, y était-il dit, se réservait d'examiner. Le dépit et le mécontentement étaient dans tous les cours ; cependant la séance n'en fut point troublée. Le lendemain, un des plus mécontents, le député Delcher, de la Haute-Loire,

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(1) Moniteur, séance du 14 décembre 1791.

chercha à contester au roi le droit d'apposer son veto à des lois aussi urgentes, et proposa, dans le doute, d'en faire un appel au peuple souverain. Voici en quels termes il s'exprime :

« Vous êtes les représentants du peuple français ; c'est à vous qu'il a confié l'exercice de sa souveraineté. Vous devez donc remplir la tâche importante dont il vous a honorés. Il s'agit de savoir quels sont les actes qui ont besoin de sanction, et si le roi peut refuser de sanctionner les décrets provoqués par des dangers imminents. D'après la constitution, le roi a le droit de suspendre les actes du corps législatif; mais les décrets urgents, les décrets de circonstance, tels que ceux que vous avez rendus contre les rebelles émigrés et contre les prêtres factieux, n'ont pas besoin de sa sanction. Qu'il la refuse aux lois contraires à l'intérêt général, à la bonne heure; dans ce cas, le roi est le surveillant du corps législatif, comme le corps législatif est le surveillant du pouvoir exécutif. En vain m'objectera-t-on que cette distinction n'existe

pas

dans la constitution; en vain m'opposera-t-on que l'Assemblée législative ne peut être juge dans le cas où la loi permet le veto d'une manière indéterminée : je dis qu'alors il faut consulter la nation entière, et je conclus à ce qu'il soit fait une adresse au peuple français, expositive de ce qu'a fait l'Assemblée nationale pour réprimer les rebelles émigrés et les prêtres factieux, et de ce qu'a fait le pouvoir exécutif pour arrêter l'effet de cette loi... (Cris A l'ordre !) Je conclus donc à ce qu'il soit fait une adresse au peuple français, qui décidera en souverain; et alors l'Assemblée nationale prononcera ultérieurement ce qu'il appartiendra. » (Les tribunes applaudissent.)

Cette motion, tendait tout simplement à mettre la constitution en pièces, et à ameuter tous les révolutionnaires de France contre le roi. C'était précher l'insurrection, comme l'a dit un membre de l'Assemblée; et tout cela par haine contre le clergé catholique. On perd le courage d’écrire, quand on pense à ces mesures extrêmes, à ces mesures inouïes et exceptionnelles qu'on prenait contre les prêtres fidèles. En les supposant coupables, même malfaiteurs, pourquoi donc deux poids et deux mesures ? La France a été couverte d'incendies et de meurtres; des brigands ont infligé, dans les rues de Paris, aux seurs de la Charité, des peines pires que la mort; des incendiaires, des assassins ont été arrêtés, poursuivis et convaincus; l'Assemblée nationale n'a eu pour eux que de l'indulgence, ou des décrets d'amnistie et d'abolition de procédure. Les assassins de la glacière d'Avignon, poursuivis et convaincus, vont être amnistiés; et, dans ce moment même où l'on sévit si cruellement contre les prêtres, on demande grâce pour les soldats suisses, condamnés aux galères pour s'être révoltés contre leurs chefs et avoir versé le sang à Nancy (1). Les prêtres sont les seuls coupables pour qui on n'a que des rigueurs et des mesures extrêmes; et si le roi veut s'y opposer, on se retourne 'contre lui.

En effet, aussitôt que le veto fut officiellement annoncé, toute la colère qu'on avait contre les membres du directoire de Paris, et toute la haine dont on était animé contre les prêtres, tournèrent contre le roi. L'Assemblée nationale fut exaltée jusqu'aux nues, le roi abaissé jusque dans la boue; on l'appelait traitre, sous

(1) Moniteur, 1er novembre 1791.

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