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ment dressent des listes des prêtres non assermentés, et qu'ils les fassent parvenir au corps législatif avec des observations sur la conduite individuelle de chacun d'eux, comme s'il était au pouvoir des directoires de classer des hommes qui, n'étant pas fonctionnaires publics , sont confondus dans la classe générale des citoyens; comme si des administrateurs pouvaient se résoudre à former et à publier des listes qui, dans des jours d'effervescence, pourraient devenir des listes sanglantes de proscription; comme, enfin, s'ils étaient capables de remplir un ministère inquisitorial que nécessiterait l'exécution littérale de ce décret.

« Sire, à la lecture de ces dispositions, tous les individus qui vous présentent cette pétition se sont demandé s'ils se sentiraient ce genre de dévouement ; tous ont gardé le plus profond silence. Eh quoi ! il faudrait donc qu'ils tinssent ce langage à chacun de leurs concitoyens : Dites quel est votre culte; rendez compte de vos opinions religieuses; apprenez-nous quelle profession vous avez exercée, et nous verrons alors si vous avez droit à la protection de la loi; nous saurons s'il nous est permis de vous donner la paix. Si vous avez été ecclésiastique, tremblez; nous nous attacherons à vos pas; nous épierons toutes vos actions privées ; nous rechercherons vos relations les plus intimes : quelque régulière que puisse être votre conduite, à la première émeute qui surviendra dans cette ville immense, et où le mot de religion aura été prononcé, nous viendrons vous arracher à votre retraite, et, malgré votre innocence, nous pourrons impunément vous bannir des foyers que vous vous êtes choisis.

« Si la France, Sire, si la France libre était réduite à

entendre ce langagé, où est l'homme qui pourrait se résoudre à en être l'organe ?

« L'Assemblée nationale refuse à tous ceux qui ne prèteraient pas le serment civique la libre profession de leur culte. Or, celte liberté ne peut être ravie à personne; aucune puissance n'a pu la donner, aucune puissance ne peut la relirer. C'est la première, c'est la plus inviolable de toutes les propriétés. Elle est consacrée à jamais dans la déclaration des droits, dans les articles fondamentaux de la constitution; elle est donc hors de toutes les atteintes.

« L'Assemblée nationale constituante ne s'est jamais montrée plus grande, plus imposante peut-être aux yeux de la nation, que lorsque, au milieu des orages mêmes du fanatisme, elle a rendu un hommage éclatant à ce principe. Il était perdu dans les siècles d'ignorance et de superstition, il devait se retrouver aux premiers jours de la liberté : mais il ne faut pas qu'il puisse se reperdre; il ne faut pas que, sur ce point comme sur tout autre , la liberté puisse rétrograder.

« Vainement on dira que le prêtre non assermenté est suspect: et, sous le règne de Louis XIV, les protestants n'étaient-ils pas suspects aux yeux du gouvernement, lorsqu'ils ne voulaient pas se soumettre à la religion dominante? Et les premiers chrétiens n'étaient-ils pas aussi suspects aux empereurs romains? Et les catholiques n'ont-ils pas été longtemps suspects en Angleterre, etc.? Sur un tel prétexte, il n'est aucune persécution religieuse qu'on ne puisse justifier. Un siècle entier de philosophie n'aurait-il donc servi qu'à nous ramener à l'intolérance du seizième siècle par les routes mêmes de la liberté? Que l'on surveille les prêtres non

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assermentés; qu'on les frappé sans pitié au nom de la loi, s'ils l'enfreignent, s'ils osent surtout exciter le peuple à lui désobéir; rien de plus juste, rien de plus nécessaire : mais que jusqu'à ce moment on respecte leur culte comme tout autre culte, et qu'on ne les tourmente point dans leurs opinions. Puisqu'aucune religion n'est une loi, qu'aucune religion ne soit donc un crime.

Sire, nous avons vu le département de Paris s'honorer d'avoir professé constamment ces principes; nous sommes convaincus qu'il leur doit en partie la tranquillité religieuse dont il jouit dans ce moment (1). Ce n'est pas que nous ignorions qu'il est des hommes turbulents par système, qui s'agiteront longtemps encore, et qu'on espérerait vainement ramener à des sentiments patriotiques; mais il nous est prouvé, par la raison et par l'expérience de tous les siècles, que le vrai moyen de les réprimer est de se montrer parfaitement juste envers eux, et que l'intolérance et la persécution, loin d'étouffer le fanatisme, ne feront qu'accroître ses fureurs.

« Par tous ces motifs, et au nom sacré de la liberté, de la constitution et du bien public, nous vous prions, Sire, de refuser votre sanction au décret du 29 novembre et jours précédents, sur les troubles religieux (1). »

Cette pétition où cette adresse, comme on voudra l'appeler , nous dispense de toute réflexion sur la loi du 29 novembre. L'Assemblée, qui y est traitée avec hauleur, était confondue par la raison et la loi fondamen

(1) Elle n'était pas de longue date. 2) Moniteur. Hist. parlem., t. VI, p. 181, édit. compacté. tale du pays. Aucune religion n'est une loi, aucune religion ne peut donc être un crime, selon les auteurs de l'adresse; or, les anciens pasteurs n'étaient poursuivis qu'à cause de leur attachement à la foi catholique, à cause de leur culte et de leur zèle à préserver du schisme les peuples dont ils étaient les seuls pasteurs. Voilà tout leur crime, voilà ce qui excitait contre eux la haine aveugle et insensée des administrateurs des départements et des membres du corps législatif. Les directeurs du département de Paris ne l'ignoraient pas; c'est pourquoi ils appuyèrent si fortement sur cet axiome : Puisqu'aucune religion n'est une loi, qu'aucune religion ne soit donc un crime.

L'adresse du directoire produisit un grand effet, soit à Paris, soit dans les départen ents. La presse révolutionnaire ne pouvait que balbutier devant cette logique serrée qui concluait en faveur de la liberté du culte catholique. Elle était réduite forcément à mettre bas les armes du raisonnement, pour reprendre celles de la passion ; elle ne sut qu'exhaler sa haine contre les ministres de Dieu et leurs défenseurs; il en fut de même dans les diverses sections de Paris, qui combattirent l'adresse du directoire et apportèrent à l'Assemblée le résumé de leurs débats. N'ayant rien à répondre au raisonnement serré du directoire, ils se jetèrent sur des lieux communs, sur d'extravagantes banalités.

Le 11 décembre, Legendre, boucher de Paris, tigre par nature et quelquefois agneau par crainte ou lâcheté, se présenta à la barre de l'Assemblée au nom de la section du Théâtre-Français, et vociféra ces paroles féroces : « Tous les citoyens veulent entourer le sénat français de leur estime; il sera un jour le conseil de

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l'univers. Nous venons y adorer l'auguste liberté (1)... La liberté doit rouler les tyrans dans la poussière, et fouler les trônes qui ont écrasé le monde... Faites forger des millions de piques, et armez-en tous les bras..., Représentants du peuple, ordonnez : l'aigle de la victoire et la renommée des siècles planent sur vos têtes et sur les nôtres... La foudre de la liberté ébranlera la terre, éclairera l'univers, frappera les tyrans. Ne laissons pas à la postérité la gloire de les anéantir... Dites aux ministres : Nous armons le peuple... que votre supplice commence : les tyrans vont mourir (2

Ces exécrables paroles étaient, comme on le voit, à l'adresse du roi.

Camille Desmoulins, le Voltaire de la rue, se présenta à son tour au nom des mêmes citoyens, et attaqua plus directement les auteurs de la pétition. Il leur reprocha le sang du Champ-de-Mars, l'abus de l'autorité qu'ils tiennent des bienfaits du peuple, la proclamation incendiaire (celle du 19 octobre) tendant à rouvrir non des chaires évangéliques aux prêtres, mais des tribunes séditieuses aux conjurés en soutane. Il dit à l'Assemblée qu'il fallait un grand exemple ; que le directoire devait être mis en accusation ; il chercha à le prouver, et ajouta «que la puissance du veto royal avait un terme, et qu'on n'empêchait pas avec un velo la prise de la Bastille. » Il finit par ces mots : « Ce sont les chefs qu'il faut poursuivre. Frappez à la tête; servezvous de la foudre contre les princes conspirateurs, de la verge contre un directoire insolent, et erorcisez le

(1) Il fallait être bien effronté pour parler de liberté, lorsqu’on attaquait ceux qui voulaient la liberté de conscience !

(2) Hist. parlem., t. VI, p. 187, édit. compacte.

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