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de se réunir. La municipalité, quoique peu favorable au culte catholique, fit de nouvelles affiches pour proclamer la liberté des cultes et exhorter le peuple à la tolérance. Mais elle eut l'infamie de mettre le culte catholique sous la direction et la surveillance des curés constitutionnels dans la paroisse desquels se trouveront les églises où le culte sera célébré; disposition vexatoire qui fut sévèrement critiquée (1). Quelques jours après, le directoire du département de Paris brisa ces entraves et rétablit la liberté des cultes, selon le sens de la loi du 7 mai dernier. Voici les termes de son arrêté :

« Nous arrêtons que tous citoyens, toutes sociétés, agrégations et communautés religieuses ou séculières, pourront ouvrir leurs églises, chapelles, temples et autres - lieux qu'ils entendent destiner à l'exercice d'un culte religieux quelconque, sans être soumis à autre surveillance qu'à celle des officiers de police, auxquels il est enjoint de veiller à ce qu'il ne se passe dans ces lieux rien de contraire à l'ordre public (2). »

Cet arrêté, renouvelé et maintenu, produisit un bon effet ; les catholiques purent enfin se réunir, et pendant plusieurs mois Paris fut tranquille sous le rapport religieux.

Mais le clergé officiel, qui, selon l'expression fastueuse des philosophes législateurs, devait ramener la splendeur de la primitive Église, se dégradait au dernier point. Il ne gardait plus aucune règle de discipline, ni aucune retenue. La loi du célibat

(1) Hist. parlem., t. VI, p. 179, édit. compacte.

(2) Moniteur, 23 octobre 1791. L'arrêté du directoire est du 19 octobre ; celui de la municipalité, du 14.

ecclésiastique était mise au rebut. On voyait partout des exemples de prêtres constitutionnels qui contractaient mariage, au mépris de la loi ecclésiastique.

Un prêtre de Paris, l'abbé de Cournand, professeur de littérature au Collége royal, avait adressé une demande de mariage à la municipalité (1), et il paraît qu'il a obtenu ce qu'il désirait; car, le 24 septembre (1791), il déposa son acte de mariage entre les mains de la municipalité, en présence de cinq témoins, dont deux ecclésiastiques, devenus par là complices de son infraction à la loi religieuse (2). Les prêtres qui sont dans le ministère ne tarderont pas à donner le même exemple. L'Assemblée législative y encourageait. Le 19 octobre, on soumit à ses délibérations la question de savoir si on devait continuer la pension aux ecclésiastiques qui se marieraient. Ce qui y avait donné occasion, c'est un ci-devant bénéficier du département de Maine-et-Loire qui, s'étant marié, avait demandé qu'on lui continuất la pension, comme on le faisait aux religieuses depuis la loi du 10 septembre (1791). L'Assemblée déclara qu'aucune loi n'empêchant le mariage, la pension devait être continuée. Plusieurs députés profitèrent de la circonstance pour décrier le célibat ecclésiastique, comme contraire à la nature. Lecoz, évêque constitutionnel, s'éleva contre cette assertion, qu'il déclarait être une grande erreur. Il prouva combien l'infraction à cette règle était impolitique : « Vous vous occupez en ce moment, dit-il, d'éteindre ce feu qui consume l'empire; et, par l'impolitique motion qui

(1) Mémoires d'Auribeau, t. II, p. 471. (2) Moniteur , 13 octobre 1791.

a été faite, vous l'alimenterez de plus fort. » Mais il fut accueilli par des murmures. L'Assemblée montra, par cette conduite, qu'elle ne respectait plus aucune loi de l'ancienne discipline de l'Église (1). Ainsi, plus de discipline ecclésiastique; la loi la plus importante de cette discipline est enfreinte impunément, et déclarée contraire à la nature. Le clergé constitutionnel ne manquera pas de rétablir toute chose dans son ordre naturel; il y sera encouragé par l'exemple de plusieurs évêques. Et ce sont ces prêtres, ces évêques qui, d'après l'arrêté de la municipalité de Paris, devaient être les surveillants du clergé fidèle! Cela était révoltant; car on savait qu'ils étaient les ennemis mortels de l'Église catholique et de ses ministres; on savait qu'ils étaient les instigateurs secrets de tout ce qui se tramait contre eux. Jaloux de l'estime dont ils jouissaient et du monde qu'ils attiraient, ils faisaient tous leurs efforts pour les éloigner de leurs paroisses. Aussi, les mesures de proscription générale qu'on demandait à l'Assemblée étaient-elles, pour la plupart, provoquées par le clergé constitutionnel.

Le 17 octobre, une nouvelle discussion s'engagea au sujet des prêtres appelés réfractaires, à l'occasion de troubles causés à Montpellier par les fureurs du fanatisme. On les mit, bien entendu, sur le compte du clergé catholique, contre lequel on se permit les déclamations les plus véhémentes. Mais que voit-on quand on examine la dénonciation ? Un peuple irrité de n'avoir

pas
la liberté de conscience accordée

par

la constitution. En effet, à Montpellier comme ailleurs,

(1) Moniteur, séance du 19 octobre 1791.

on n'entendait au milieu du tumulte qu'un seul cri : Liberté des cultes, ouverture des églises ! c'est-à-dire ouverture des églises aux prêtres non jureurs. Voici comment le trouble a commencé, selon le rapport envoyé à l'Assemblée : Un prêtre non assermenté était entré dans une église pour y dire la messe, ce qui lui était permis selon la loi du 7 mai. Des catholiques, hommes et femmes, s'assemblèrent pour y assister. Trois jeunes gens crièrent au scandale; de là du tumulte, c'est-à-dire trois jeunes gens ont insulté les catholiques et troublé leur pieuse réunion. Ceux-ci n'auront pas voulu le souffrir; de là du trouble. Mais le prêtre en est-il la cause? Doit-on le punir plutôt que les trois jeunes gens qui en sont les auteurs ? Était-on en droit, à cause de ce trouble, de demander, comme on l'a fait, des mesures de proscription générale? Cette plainte fut suivie de plusieurs autres non moins mal fondées. Un représentant rapporta que, dans la Haute-Loire, les prêtres assermentés étaient assassinés, mis en fuite; que les tribunaux étaient impuissants à les protéger et à réprimer les désordres, parce qu'on ne trouvait

pas

de témoins : ce qui voulait dire que les prêtres constitutionnels n'étaient point tolérés dans leurs paroisses, que tout le monde les repoussait. Un autre représentant vint ajouter à ces accusations, en portant plainte contre l'insubordination des prêtres réfractaires dans le département des Côtes-du-Nord. De tout cela, on conclut qu'il fallait prendre de nouvelles mesures contre les prêtres. La discussion en fut remise au vendredi 21 du mois.

En effet, il y avait irritation et troubles partout, à cause de la question religieuse. Ici, on voit des prêtres

chassés à force ouverte; là, des pasteurs maintenus ou rappelés malgré l'autorité civile. A la campagne, et même dans certaines villes, les constitutionnels sont chassés à coups de pierres ; les femmes sont les plus ardentes dans l'attaque. Les grandes villes nous offrent un autre spectacle. Là, les fureurs s'exercent contre les prêtres non assermentés, au mépris des lois et de l'autorité municipale. Souvent les églises sont ouvertes en vertu de la loi, et sont fermées par la multitude. Les personnes du sexe qui les fréquentent sont traitées d'une manière infàme. Ces excès, souvent répétés, restent impunis. Plus de loi, plus de justice, animosités et anarchie partout. Tels sont les événements qui se multiplient dans toutes les parties de la France, et dont les rapports font pleuvoir, de tous côtés, des accusations sans preuves contre les prêtres non assermentés, La position de ces malheureux prêtres est une des plus difficiles. Si des bandits troublent les assemblées où les catholiques viennent entendre la messe ; s'ils se portent à de honteux excès, inconnus même chez les peuples barbares, ce sont les prêtres non assermentés qui en sont la cause. Si quelque part, à la campagne ou à la ville, les peuples, las de patience, repoussent une insulte, ou si, pleins d'indignation et de mépris pour le nouveau culte, ils chassent à coups de pierres un prêtre apostat, scandaleux, qu'ils ne peuvent supporter, ce sont encore les prêtres fidèles qui en sont les instigateurs. Enfin, ils sont cause de toutes les haines, de toutes les dissensions, et même des troubles et des excès dont ils sont victimes. Tel est le sens de tous les rapports et de toutes les dénonciations qui arrivent de tous côtés à l'Assemblée nationale,

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