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maux à la patrie, compromis si ouvertement l'intérêt même de la constitution : ce n'est pas vouloir gouverner en législateurs, mais vouloir dominer en despotes, et conséquemment faire marcher devant soi le trouble, la guerre civile, la désolation, la mort.

« Aussi est-ce moins pour nous que pour notre malheureuse patrie que nous aimons, et que nous aimerions encore, quand même nous pourrions lui imputer nos malheurs, que nous portons nos réclamations au pied de vôtre trône. Ah ! Sire, c'est ici ce même peuple dont on vous peint l'amour quand on veut vous consoler de vos peines. Il en est temps, prévenez sa ruine; car les justes opprimés ont dans le ciel un vengeur; et si la justice seule fait prospérer les empires, les lois iniques creusent l'abîme où ils vont tôt ou tard s'engloutir.

« Il nous resterait maintenant à fixer les yeux de Votre Majesté sur les desseins perfides du décret; mais la lecture seule du préambule vous le fera connaître. Vous y verrez qu'un voile de tolérance y cache le projet et les mesures d'une persécution atroce, que le législateur y est sans cesse en contradiction avec luimême, et avec les mesures que commande le besoin impérieux des circonstances. Vous y verrez les prêtres convertis indistinctement en factieux, leur culte en (lélits mystérieux, en complots; et lorsque vous apprendrez, par ce préambule lui-même, que le serment exigé est une étaie fournie à la saine raison et à l'opinion publique pour ouvrir les yeux des habitants des campagnes sur la perfidie intéressée de ceux qui veulent leur faire croire que les législateurs constitutionnels ont touché à la religion de leurs pères, vous comprendrez alors que, loin de vouloir mettre à l'aise les consciences des prêtres non assermentés, on a voulu, au contraire, leur tendre un piége; que, loin de chercher à finir les guerres de religion, on s'est proposé de les rendre plus actives; en un mot, que tout le secret du décret est de favoriser une spéculation de finance, si les prêtres refusent le serment, ou la cause de l'irréligion et du schisme, s'ils se déterminent à le prêter. Mais non, notre foi triomphera encore une fois du monde; et si la loi nous conduit à l'exil ou même à l'échafaud, nous aurons du moins la consolation de pouvoir, la constitution française à la main, démontrer la tyrannie de nos persécuteurs (1). »

Après que la loi fut rendue, les évêques présents à Paris adressèrent un mémoire au roi, pour l'engager à refuser la sanction. Le roi y était d'autant mieux disposé, qu'il regrettait amèrement d'avoir sanctionné la loi du serment, surtout depuis qu'il a vu la manière dont on en abusait pour persécuter le clergé. La condamnation et les réprimandes qu'il avait reçues du pape à ce sujet étaient encore présentes à son esprit. Il avait d'ailleurs le coeur trop catholique pour souscrire à un décret qui tendait à arracher jusqu'à la dernière racine du catholicisme en France. Aussi , quand il eut lu le mémoire, il fit répondre aux évêques qu'ils pouvaient être tranquilles; que jamais il ne sanctionnerait ce décret (2). Ses ministres, qui étaient honnêtes et sensés, indignés de mesures si injustes contre le clergé et si opposées à la constitution et à l'esprit de liberté, partageaient à peu près son avis. Barnave et Lameth, que

(1) Le 19 novembre 1791.

(2) Mémoires de Bertrand de Molleville, t. VI, p. 181.

Hist. parlem.,

le roi consultait quelquefois, lui conseillèrent de refuser sa sanction; mais à ce conseil ils en ajoutaient d'autres que le roi ne pouvait se résoudre à suivre. Ainsi ils lui conseillaient d'éloigner de sa personne tous les prêtres non assermentés, et de ne composer sa chapelle que d'ecclésiastiques constitutionnels : de cette sorte, tout en s'opposant au nouveau décret, il ne laisserait aucun doute sur ses dispositions personnelles. Duport-Dutertre, garde des sceaux, était fortement prononcé pour cet avis, et il le fit approuver par les autres ministres. Lors donc que le conseil eut arrêté, à la grande satisfaction de Louis XVI, que le veto serait apposé, il ajouta, comme avis, qu'il serait convenable d'entourer la personne du roi de prêtres non suspects. Louis XVI, qui avait déjà été obligé précédemment de prendre ce parti pour apaiser une émeute, n'était point disposé à y revenir une seconde fois. Il répondit avec beaucoup de raison à ses ministres que la liberté des cultes, décrétée pour tout le monde, devait l'être pour lui comme pour ses sujets, et qu'il devait avoir la liberté de s'entourer des prêtres qui lui convenaient. Comme le roi paraissait bien décidé en donnant cette réponse, on n'insista pas; et, sans en donner connaissance encore à l'Assemblée, le velo fut décidé (1).

Il ne pouvait pas déplaire à ceux qui avaient conservé quelque attachement pour la constitution; car rien n'y était plus opposé que la loi du 29 novembre 1791. Le directoire du département de Paris, qui déjà plusieurs fois (le 7 mai et le 19 octobre 1791) s'était

Hist. parlem.,

(1) Mémoires de Bertrand de Molleville. t. VI, p. 181.

prononcé pour l'entière liberté des cultes, était alarmé de la nouvelle atteinte que venait de lui porter l'Assemblée nationale. Craignant que le roi n'eût la faiblesse d'y consentir, il lui envoya une adresse en forme de pétition, où il entre dans un examen approfondi de la nouvelle loi pour en faire ressortir le danger, l'injustice et l'absurdité, et détourner le roi d'y donner sa sanction. Cette adresse appartient à l'histoire ecclésiastique; elle est remarquable sous le rapport du style et de la dialectique; c'est probablement Talleyrand qui l'a rédigée : il en est du moins le signataire avec Germain Garnier, Brousse, Beaumetz, la Rochefoucauld, Desmeuniers, Blondel, Thiou-Delachaume, Ansous, Davoust, qui composaient le directoire de Paris, et qui presque tous étaient des membres considérés de la Constituante. Il faut leur passer les mots de fanatisme et de superstition, que les philosophes ne manquaient jamais d'employer quand il s'agissait des prêtres du culte catholique.

Sire, l'Assemblée nationale a certainement voulu le bien, et ne cesse de le vouloir : nous aimons à lui rendre cet hommage, et à la venger ici de ses coupables détracteurs. Elle a voulu extirper les maux innombrables dont, en ce moment surtout, les querelles religieuses sont la cause ou le prétexte. Mais nous croyons qu'un aussi louable dessein l'a poussée vers des mesures que la constitution, que la justice, que la prudence ne sauraient admettre.

« Elle fait dépendre, pour tous les ecclésiastiques non fonctionnaires, le payement de leurs pensions de la prestation du serment civique, tandis que la constitution a mis expressément et littéralement ces pensions

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au rang des dettes nationales. Or, le refus de prêter un serment quelconque, de prêter le serment même le plus légitime, peut-il détruire le titre d'une créance qu'on a reconnue? et peut-il suffire, dans aucun cas, à un débiteur, d'imposer une condition pour se soustraire à l'obligation de payer une dette antérieure ?

« L'Assemblée nationale constituante a fait , au sujet des prêtres non assermentés, ce qu'elle pouvait faire ; ils ont refusé le serment prescrit, elle les a privés de leurs fonctions, et, en les dépossédant, elle les a réduits à une pension. Voilà la peine, voilà le jugement. Or, peut-on prononcer une nouvelle peine sur un point déjà jugé, toutes les fois qu'aucun délit individuel ne change pas l'état de la question ?

« L'Assemblée nationale, après que les prêtres non assermentés auront été dépouillés, veut encore qu'on les déclare suspects de révolte contre la loi, s'ils ne prêtent pas un serment qu'on n'exige d'aucun autre citoyen non fonctionnaire. Or, comment une loi peut-elle déclarer des hommes suspects de révolte contre la loi? A-t-on le droit de présumer ainsi le crime?

« Le décret de l'Assemblée nationale veut que les ecclésiastiques qui n'ont point prêté le serment, ou qui l'ont rétracté, puissent, dans tous les troubles religieux, être éloignés provisoirement, et emprisonnés s'ils n'obéissent à l'ordre qui leur sera intimé. Or, n'est-ce pas renouveler le système des ordres arbitraires, puisqu'il serait permis de punir de l'exil, et bientôt après de la prison, celui qui ne serait pas encore convaincu d'être réfractaire à aucune loi?

« Le décret ordonne que les directoires de départe

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