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Moniteur, vingt-quatre curés de la Somme ont fait immédiatement cette déclaration (1).

En supposant le fait, il est permis de croire que ces curés ont mis trop de précipitation dans leur jugement. La grande majorité du clergé n'était point de leur avis, et regardait ce serment comme un piége, comme différant peu de celui qu'on prêtait à la constitution civile du clergé. En effet, comment jurer fidélité à cette législation anticatholique que nous avons passée successivement en revue et trouvée entachée d'impiété ? Comment promettre de maintenir de tout son pouvoir une constitution qui déclarait assez clairement comme contraires aux droits naturels les voux religieux ou tout autre engagement entre Dieu et l'homme (2); qui accordait à tous les citoyens le droit d'élire ou de choisir les ministres de leur culte, indépendamment du concours de l'Église ? Le serment est pour le prêtre un engagement sacré; or, pouvait-il s'engager à maintenir de tout son pouvoir une constitution qui renfermait les premiers principes de la constitution civile du clergé, condamnée par l'Église (3)? Ce qui est certain du moins, c'est que ce nouveau serment allait causer une nouvelle scission dans l'Église. L'espérance de tous les bons prêtres, comme de tous les fidèles catholiques, était dans le veto du roi.

Les ecclésiastiques non assermentés de Paris, qui depuis un mois seulement jouissaient de quelque repos, s'étaient adressés au roi pendant la discussion , dans le

(1) Moniteur, jer décembre 1791.

(2) On voulait désigner par ces derniers mots la loi du célibat ecclésiastique.

(3) Constit. de 1791, tit. 2.

but de détourner les nouveaux orages. Leur lettre du 19 novembre 1791 est une critique sévère et raisonnée de la loi dont on était occupé. En voici les termes :

« Sire, lorsque nous commencions à respirer à l'ombre des lois protectrices de notre liberté et de notre culte, nous ne paraissions pas devoir craindre que l'orage se format de nouveau sur nos têtes, et que des arrêts de proscription nous feraient même regretter nos anciens malheurs. Forts de notre innocence puisqu'il n'existe contre nous aucune plainte, Français fidèles et citoyens paisibles, le présent suffisait au moins pour calmer nos alarmes sur l'avenir. Pourquoi faut-il que nous n'ayons joui que d'un calme perfide? Hélas ! après le premier sommeil de notre liberté, nous nous réveillons, pour ainsi dire, dans les fers. Accoutumés à bénir la Providence dans tous les événements de la vie, et déjà placés dans la carrière glorieuse des martyrs, nous n'emprunterons point ici les accents de la plainte, et encore moins ceux du murmure; mais, l'exemple de nos modèles, qui n'hésitaient pas de démontrer l'injustice des arrêts dont ils étaient les volontaires victimes, nous citerons à votre autorité, comme partie intégrante de la loi, le décret de la législature qui nous concerne, et qui va être soumis à votre sanction.

« Nous n'exposerons pas seulement à votre Majesté que tout ce qui, dans la constitution civile, heurtait le plus de front les principes de notre foi, se trouve épars dans la constitution française, et que l'obligation de prêter le serment civique nous commande également l'apostasie et le parjure; mais nous ajouterons encore que le nouveau décret viole, en plusieurs de

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pour nous ?

ses articles, les nouvelles lois fondamentales du gouvernement français. « 1° La constitution ne soumet au serment

que

les hommes appelés à remplir quelque fonction publique. De quel droit veut-on nous l'imposer à nous ? Tous les Français ne sont-ils pas égaux aux yeux de la loi? Et puisque la constitution ne nous regarde que comme citoyens, un serment libre pour les autres ne doit-il pas l'être

« 2° L'Assemblée nationale n'a pas le droit de lancer une peine contre un individu quelconque. Elle n'est pas tribunal judiciaire, et la constitution lui défend de s'en arroger les fonctions. A-t-elle rendu une loi générale? Là finit son ministère; et c'est aux tribunaux à décerner la peine contre le citoyen convaincu et jugé. Mais jusque-là tous doivent vivre tranquilles, sous la sauvegarde des lois. Pourquoi les articles 4, 5 et 6 du décret nous enveloppent-ils donc d'avance dans un arrêt de proscription, et nous placent-ils entre un serment et l'exil, le cachot et la misère ?

« 3o D'après la constitution, nul n'est censé coupable, et encore moins peut-il être privé de sa liberté, s'il n'est atteint et convaincu. Cependant le décret projeté nous déclare suspects, d'après notre seul refus de prestation de serment; coupables, à la seule annonce d'un trouble religieux quelconque, suscité dans le lieu de notre résidence. Où est la justice ? disons mieux, où est ici la liberté? On a proscrit les lettres de cachet; nous en appelons, Sire, à votre jugement : n'est-ce pas les renouveler sous des formes plus redoutables encore? Ah! si l'on veut nous priver de nos traitements comme titulaires, se débarrasser

de notre présence comme prêtres fidèles, à quoi bon recourir à des prétextes ? Qu'on prononce : on n'a pas besoin de ruser avec des ennemis qui n'ont pour armes que la prière, pour ambition que la paix, et pour maxime que la soumission, même à l'oppression,

« Pourquoi vouloir d'ailleurs nous traiter en ennemis ? Nous, ennemis de la patrie! Ah! Sire, depuis le premier moment de notre ministère, nous sommes dévoués à ses besoins, nous inspirons le respect pour ses lois, nous faisons à ses enfants un devoir de verser leur sang pour elle. Nous, ennemis de la patrie! Non : la religion sainte que nous professons ne forina jamais de mauvais citoyens, et ses ministres ont prouvé qu'ils mettent le patriotisme au rang de leurs vertus.

« Mais d'où viennent donc les troubles religieux qui agitent la France ? Nous osons le dire, ces troubles ne sont point l'ouvrage des prêtres fidèles; car, à travers cette nuée de dénonciations, pas une seule preuve, pas même une seule vraisemblance (1).

« Eh ! comment inspirerions-nous la révolte, tandis que l'Évangile commande la soumission, même aux tyrans ? Après tout, s'il existe parmi nous des délits, que les tribunaux les punissent; mais loin du règne de la liberté une loi qui confondrait l'innocent et le coupable ! Mais ces délits n'existent

pas; car, de bonne foi, peut-on nous faire un crime de ce que

(1) Cahier, ministre de l'intérieur, du parti des girondins, et par conséquent à l'abri de tout soupçon de partialité, dira le 18 février 1792, dans son rapport à l'Assemblée législative : « Je n'ai eu connaissance d'aucun prêtre puni par les tribunaux comme perturbateur du repos public, quoique certainement plusieurs aient subi des accusations. »

non,

les catholiques sont attachés à la religion de leurs pères, de ce qu'ils se rappellent les services que nous leur avons rendus, de ce qu'ils pleurent sur notre destinée, que nous appellerions malheureuse, si la foi ne nous en faisait un sujet de gloire et d'espérance? Ah! qu'on interroge ces bons catholiques, qu'on voudrait faire passer pour ennemis de l'ordre parce qu'ils ne sont point ingrats; qu'on les interroge : ils répondront que nous leur préchons la soumission à la volonté de Dieu, l'amour de la paix, la fidélité aux lois politiques de l'État, la circonspection, le support dans le commerce de la vie civile. Que pouvons-nous faire de mieux ? Rien, sans doute; et nous sommes cependant suspects, condamnés, proscrits. Et pourquoi? Pour ramener la paix au sein de l'empire, tandis qu'il est un moyen si facile, qu'il suffit de le vouloir pour en ressentir, le jour même, les heureux effets. Oui, que tout citoyen jouisse de la liberté religieuse que lui assure la constitution ; qu'on ne donne plus les armes à la main, aux catholiques, des ministres que leur conscience repousse; qu'on cesse toutes ces persécutions qui déshonoreraient une nation sauvage, et tout rentrera dans l'ordre. Mais qu'on profite du moment où les catholiques de toutes les parties de l'empire fuient les temples souillés par le schisme, cherchent au loin des pasteurs fidèles, préfèrent leur foi aux outrages, aux persécutions; d'un moment où la France, de toutes parts abandonnée comme une terre barbare, où les esprits même les plus calmes ne peuvent se garantir d'une certaine impression de lassitude ou de terreur; qu'on profite de ce moment pour renouveler la catastrophe d'un malheureux serment qui a déjà causé tant de

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