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le mal dans sa source (1), c'est-à-dire qu'on prît des mesures contre les réfractaires, qu'il n'osait pourtant pas accuser.

Deux jours après (le 18 novembre), on reçut de l'administration du Morbihan une adresse virulente contre les prêtres, sur le sort desquels on était à délibérer; elle était bien propre à stimuler l'Assemblée : mais, comme toutes les dénonciations de ce genre, elle n'était appuyée sur aucun fait.

« Ce serait pousser trop loin, disent les administrateurs, la tolérance philosophique, que de rendre les lois trop peu sévères. Il ne faut pas croire que les seuls agitateurs du peuple soient ceux qui publient hautement leurs opinions, et qui provoquent contre la loi une désobéissance ouverte. Non; nos ennemis les plus dangereux sont ceux qui se voilent sous le manteau de la religion ou de l'hypocrisie : ce sont ceux qui, dans le tribunal de la pénitence, travaillent sourdement les âmes ou trop crédules ou trop timorées, qui leur insinuent que les prêtres assermentés et les administrateurs sont les ennemis de la religion.... Quand il s'agit de sauver la patrie, on ne doit pas s'en tenir aux mesures d'une justice rigoureuse.... Croyez que le mal est à son comble.... Connaissant la profondeur du mal, vous rendrez un décret de rigueur.... Le décret d'amnistie ayant rendu la liberté aux détenus, leur présence dans leurs paroisses a ramené le désordre.... La loi la plus efficace serait celle qui les éloignerait de la France (2). »

(1) Moniteur, séance du 16 novembre 1791
(2) Tresvaux, Hist, de la Perséc. révol., t. I, p. 321.

On voit le but de cette adresse, qui est de stimuler l'Assemblée. Les administrateurs du Morbihan craignaient qu'on ne fit une loi trop indulgente; ils indiquent à l'Assemblée la mesure qu'ils désireraient, mesure odieuse et injuste qu'Isnard avait déjà proposée : l'exil hors du royaume. Isnard insista sur cette propoșition, lorsque, dans la discussion, il s'est agi d'éloigner les ecclésiastiques des paroisses où il y aurait trouble à cause de la question religieuse : il fut appuyé par deux autres députés, Duhem et Albitte.

Le département des Vosges envoya aussi son petit contingent pour la nouvelle loi. On annonça que, dans le district de Neufchâteau, un curé constitutionnel avait reçu un coup de fusil dont, heureusement, il n'avait été atteint; on se plaignait des fanatiques qui, ayant un curé dans la paroisse, allaient à deux et trois lieues pour se confesser. Les patriotes trouvaient cela abominable (1).

Ces adresses ranimaient les débats lorsqu'ils semblaient vouloir se ralentir. Cependant certains articles ont éprouvé de fortes contradictions, et le clergé n'a pas été sans défense. Torné, évêque intrus de Bourges, le défendit encore une fois à l'article qui déclarait suspect de révolte et de mauvaises intentions contre la patrie le prêtre qui ne prêterait pas le serment civique.

« Le citoyen, dit-il, qui ne se présente pas pour prêter serment est suspect de mauvaises intentions, mais il n'est pas convaincu de révolte; il ne peut être puni comme malfaiteur qu'après avoir été jugé dans les formes légales. Il est citoyen suspect, mais il n'est pas

(1) Moniteur, 22 novembre 1791.

pénales

coupable. Soumettez ce citoyen à la surveillance particulière de la police; mais ne lui imposez pas des peines sous le prétexte qu'il ne fait pas ce que la constitution ne lui ordonne pas. S'ils troublent l'ordre public, j'aggraverai, s'il le faut, les lois

que vous ferez contre eux. Ma tolérance n'est pas celle des crimes; mais grâce, grâce à l'insermenté auquel on ne peut reprocher que son rabat et son scrupule! Il a refusé le serment, la loi l'a condamné à une honteuse inaction. Pourquoi encore le rechercher? Pourquoi présenter à sa stupidité la même amorce à laquelle il s'est laissé déjà prendre ?

« Vous craignez les efforts des prêtres factieux; cesserez-vous donc d’être justes, à force d'être pusillanimes? Ne serait-il pas indigne que les législateurs fissent naître l'occasion d'un délit, pour avoir le plaisir de le punir? Où serait donc la prudence de l'Assemblée? Elle affamerait une masse d'hommes, imposante par le nombre, répandue sur toute la surface du royaume, tenant dans ses mains une foule de familles. Au lieu de détruire les factions, ne rendez-vous pas plutôt factieux ceux qui ne le sont pas encore? Votre loi enfantera le désespoir, portera le fanatisme au délire, et, par conséquent, prolongera les troubles au lieu de les arrêter.

« Je lis dans la constitution que le traitement de tous les ministres, pensionnés ou salariés en vertu d'une loi antérieure, est une dette de la nation. Peut-on ajouter des conditions à l'acquit d'une dette nationale reconnue par la constitution, sans aucune condition ? Aucun subterfuge ne justifiera cette violation manifeste de la loi constitutionnelle et de vos engagements. Votre

force est dans l'opinion publique, mais seulement lorsque vous savez maîtriser cette opinion par la sagesse de vos lois. L'opinion a des accès fébriles, sur lesquels le législateur ne doit pas se régler. Soyons justes, soyons modérés. (On murmure.) Que de moyens de rétablir la tranquillité publique n'avez-vous pas à mettre en œuvre avant d'être injustes! Avec trois millions de bras armés pour le maintien de la loi, quelle masse de factieux ne peut-on pas écraser? S'il est des municipalités faibles ou coupables, ne doivent-elles pas se coaliser et faire marcher la force armée, pour éteindre les premières étincelles de la guerre civile ?

« A tant de moyens puissants j'en ajoute un dernier, le grand calmant des troubles publics, la tolérance indéfinie. Quelle est la cause réelle ou factice des troubles qu'excitent les prêtres ? Ce sont les obstacles qu'ils éprouvent dans l'exercice de leur culte. Eh bien! Ôtezleur tout prétexte, accordez-leur une liberté indéfinie (On murmure); déconcertez les factieux par une tolérance inattendue; que le sort du prêtre factieux ne soit plus confondu avec celui de la religion, et la source des troubles est tarie (1). »

Les impressions que pouvait avoir laissées le discours de Torné furent effacées par de nouvelles adresses. Des troubles avaient éclaté dans le département de la Vendée : les prêtres n'en sont pas coupables, aussi n'en sont-ils pas accusés ; mais, comme à l'ordinaire , c'est contre eux qu'on provoque des mesures de rigueur. Voici comme s'exprime, relativement à ces troubles, Gensonné :

(1) Moniteur, 18 novembre 1791.

« Ce serait bien vainement, dit-il, que vous prendriez des mesures de répression contre les prêtres perturbateurs, si les agents des administrations ont la bassesse d'être de connivence avec eux. Des avis sûrs m'ont annoncé que les troubles qui ont infecté le département de la Vendée étaient près de recommencer avec une nouvelle énergie. Déjà, dans plusieurs paroisses, les paysans ont désarmé la garde nationale et attaqué les prêtres constitutionnels. Dans celle de Montaigu, la municipalité entière a donné sa démission la veille du jour où le curé constitutionnel devait être installé; et lorsque après cette installation les assemblées des citoyens actifs se sont formées pour la réélection des officiers municipaux, on a renommé ceux qui avaient donné leur démission, et, le croiriez-vous ? ils ont accepté. »

Gensonné demande donc que si ces officiers ne sont pas cités à la barre, on force le district à envoyer le procès-verbal de cette nomination. Il ne réclame aucune mesure contre le clergé, qui, au reste, est étranger à la conduite des officiers municipaux. Le récit ne prouve qu'une seule chose : c'est que la municipalité de Montaigu n'a pas voulu participer à l'installation d'un prêtre apostat.

Coupilleau, député de Montaigu, confirme ces faits, et demande la destitution des officiers municipaux ; mais il veut, avant tout, qu'on ait la justice de les entendre, de leur permettre de rendre compte de leur conduite. Il ne demande pas la même faveur pour les prêtres. Pour ceux-là, la justice n’exige pas qu'on les entende; on les dénonce, on les déclare perturbateurs et criminels, sans leur donner la faculté

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