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hâtons-nous de le dire, ce forcené révolutionnaire, ennemi acharné de l'Église catholique, est rentré plus tard dans son sein; il a même écrit divers traités en faveur de la religion, et il est mort en 1830, en bon et loyal chrétien (1): c'est une consolation pour l'Église. Aujourd'hui il est l'ennemi le plus exalté du sacerdoce catholique, il provoque aux massacres de septembre. Lecoz, quoique évêque constitutionnel, était tellement révolté de son discours, qu'il l'appela un code d'athéisme. Ce reproche, accueilli par des murmures, n'était

pas

mal fondé; car en excitant, contre toute règle de justice, le peuple contre le clergé fidèle, vertueux et plein de lumières, qui seul soutenait la religion ébranlée, on allait directement à l'athéisme. Isnard, blessé de ce reproche, chercha, le lendemain, à se disculper dans les journaux, auxquels il avait envoyé une lettre qui se terminait ainsi : l'ai contemplé la nature, je ne suis point un insensé ; je dois croire à Dieu (2). Isnard croyait donc à l'existence de Dieu; c'était , selon toute vraisemblance, le seul dogme de sa religion.

L'Assemblée n'était point encore parvenue à cet excès d'intolérance où était arrivé Isnard. Malgré la haine qu'elle avait vouée au clergé catholique, elle ne pouvait se résoudre à proscrire et à exiler hors du royaume une classe entière de citoyens. Il faut observer cependant que la motion d’Isnard n'a pas été sans y trouver quelque faveur; elle avait été applaudie à diverses reprises. La demande qu'on avait faite d'im

(1) Biogr. univ., art. Isnard, supplément. (2) Hist. parlem., t. XII, p. 140, note.

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primer son discours n'a été rejetée qu'après deux délibérations douteuses; preuve certaine que sa proposition avait plu à une grande partie de l'Assemblée. Les projets se croisaient de toutes parts, chacun voulait proposer le sien ; il y avait un pèle – mêle

13 dont on ne savait comment se tirer. Rassemblerat-on tous les prêtres non assermentés dans les chefslieux de département, sous les lumières et la surveillance active des corps constitués et des clubs ? Les déportera-t-on hors du royaume, dans les lazarets de Rome et d'Italie ? Exigera-t-on d'eux le serment civique, pour s'assurer des dispositions des uns et pour économiser sur les autres le traitement et les pensions dont ils jouissaient? ou bien leur donnera-t-on une entière liberté des cultes en abolissant toutes les lois arbitraires de l'Assemblée constituante, pour faire cesser les troubles en cessant de leur résister? Autant de

projets de décrets, autant de motions différentes qui s'étaient croisées à la tribune. L'embarras et la confusion étaient à leur comble. On n'était d'accord que sur un seul point, la haine voltairienne contre le clergé catholique. Enfin, après tant de débats, tant de projets différents et même opposés, on se décida à s'adresser de nouveau au comité de législation ; et, pour qu'il ne perdit pas son temps en disputes, on lui ordonna de se diviser en quatre sections pour rédiger en projet de décret les différentes opinions qui partageaient la discussion (1).

Le travail des quatre sections chargées de présenter des projets de décrets contre les prêtres non assermentés ne se fit pas attendre. Le 16 novembre, deux jours

(1) Moniteur, séance du 14 novembre 1791.

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après la discussion, quatre projets de décrets furent apportés; on y avait travaillé jour et nuit : celui de François de Neufchâteau, membre de la première section, obtint la priorité. L'orateur le lut à la tribune, et fut accueilli par des applaudissements unanimes et réitérés; il semblait avoir découvert le vrai secret d’enchainer le clergé catholique, et de mettre fin à tous les troubles; on le croyait du moins, et c'est pourquoi on l'encouragea par des éloges et des applaudissements. La discussion s'ouvrit immédiatement article par article, et se prolongea jusqu'au 29 novembre, où le décret fut définitivement adopté.

Le clergé catholique n'eut pas à se louer de cette discussion, qui, au reste, fut souvent interrompue par d'autres affaires. François de Neufchâteau eut l'extrême politesse de le comparer à des serpents venimeux, à des reptiles, dont le père de famille (la nation) doit délivrer son champ, au lieu de leur donner la nourriture de ses propres fils. Chaque article fut discuté, souvent amende; les débats ralentis furent ranimés par la contradiction, et surtout par les dénonciations qui venaient de la province. L'abbé Audrein, autre prédicateur de l'époque, ancien professeur du collége de Quimper, et, plus tard, évêque intrus de cette ville, pressa l'Assemblée, en disant que chaque jour qu'elle différait de prendre un parti rigoureux contre les perturbateurs du repos public coûtait d'incalculables malheurs à la patrie; il se plaignait du peuple, qui soutenait les réfractaires, et rapporta que, dans le Morbihan, deux hommes avaient été tués, à l'occasion de l'installation d'un curé constitutionnel (1). Il voulait qu'on attaquât

(1) Moniteur, séance du 16 novembre 1791.

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le mal dans sa source (1), c'est-à-dire qu'on prit des mesures contre les réfractaires, qu'il n'osait pourtant pas accuser.

Deux jours après (le 18 novembre), on reçut de l'administration du Morbihan une adresse virulente contre les prêtres, sur le sort desquels on était à délibérer; elle était bien propre à stimuler l'Assemblée : mais, comme toutes les dénonciations de ce genre, elle n'était appuyée sur aucun fait.

« Ce serait pousser trop loin, disent les administrateurs, la tolérance philosophique, que de rendre les lois trop peu sévères. Il ne faut pas croire que les seuls agitateurs du peuple soient ceux qui publient hautement leurs opinions, et qui provoquent contre la loi une désobéissance ouverte. Non; nos ennemis les plus dangereux sont ceux qui se voilent sous le manteau de la religion ou de l'hypocrisie : ce sont ceux qui, dans le tribunal de la pénitence, travaillent sourdement les âmes ou trop crédules ou trop timorées, qui leur insinuent que les prêtres assermentés et les administrateurs sont les ennemis de la religion.... Quand il s'agit de sauver la patrie, on ne doit pas s'en tenir aux mesures d'une justice rigoureuse.... Croyez que le mal est à son comble.... Connaissant la profondeur du mal, vous rendrez un décret de rigueur.... Le décret d'amnistie ayant rendu la liberté aux détenus, leur présence dans leurs paroisses a ramené le désordre.... La loi la plus efficace serait celle qui les éloignerait de la France (2)

(1) Moniteur, séance du 16 novembre 1791
(2) Tresvaux, Hist, de la Perséc. révol., t. I, p. 321.

On voit le but de cette adresse, qui est de stimuler l'Assemblée. Les administrateurs du Morbihan craignaient qu'on ne fit une loi trop indulgente; ils indiquent à l'Assemblée la mesure qu'ils désireraient, me

à sure odieuse et injuste qu'Isnard avait déjà proposée : l'exil hors du royaume. Isnard insista sur cette proposition , lorsque, dans la discussion, il s'est agi d'éloigner les ecclésiastiques des paroisses où il y aurait trouble à cause de la question religieuse : il fut appuyé par deux autres députés, Duhem et Albitte.

Le département des-Vosges envoya aussi son petit contingent pour la nouvelle loi. On annonça que, dans le district de Neufchâteau, un curé constitutionnel avait reçu un coup de fusil dont, heureusement, il n'avait pas été atteint; on se plaignait des fanatiques qui, ayant un curé dans la paroisse, allaient à deux et trois lieues pour se confesser. Les patriotes trouvaient cela abominable (1).

Ces adresses ranimaient les débats lorsqu'ils semblaient vouloir se ralentir. Cependant certains articles ont éprouvé de fortes contradictions, et le clergé n'a pas été sans défense. Torné, évêque intrus de Bourges, le défendit encore une fois à l'article qui déclarait suspect de révolte et de mauvaises intentions contre la patrie le prêtre qui ne prêterait pas le serment civique.

« Le citoyen, dit-il, qui ne se présente pas pour prêter serment est suspect de mauvaises intentions, mais il n'est pas convaincu de révolte; il ne peut être puni comme malfaiteur qu'après avoir été jugé dans les formes légales. Il est citoyen suspect, mais il n'est pas

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