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trument avec lequel il peut faire beaucoup plus de mal qu'un autre. Cette raison avait déjà été donnée à la tribune, mais elle n'avait point été présentée avec la même force.

En partant de ce principe, l'orateur démagogue no voit qu'un seul moyen

súr: c'est l'exil hors du royaume. A ce mot, prononcé pour la première fois, un tonnerre d'applaudissements se fit entendre d'une partie de la salle et des tribunes.

Le malheureux prêtre, fidèle à ses devoirs, pouvait déjà entrevoir le sort qui l'attendait. L'orateur reprit:

« Ne voyez-vous pas que c'est le seul moyen de faire cesser l'influence de ces prêtres factieux? Ne voyezvous pas qu'il faut séparer le prêtre du peuple qu'il égare ? Et, s'il m'est permis de me servir d'une expression triviale, je dirai qu'il faut renvoyer ces pestiférés dans les lazarets de Rome et de l'Italie.... Ne craignez pas, dit-il encore, d'augmenter la force de l’armée des émigrants; car chacun sait qu'en général le prêtre est aussi lâche que vindicatif... Les foudres de Rome s'éteindront sous le bouclier de la liberté... Le moyen que je propose est dicté par la politique : votre politique doit tendre à forcer la victoire à se décider; et vous ne pourrez y parvenir qu'en provoquant contre tous les coupables la rigueur de la loi. Vous les ramènerez par la crainte, ou vous les soumettrez par le glaive... Lorsque ces moyens sont employés par le corps entier de la nation, ils ne sont point coupables ; ils sont un grand acte de justice (1), et les législateurs

(1) C'est l'expression dont on se servait pour justifier les massacres de septembre.

qui ne les emploient pas sont eux-mêmes coupables ; car, en fait de liberté politique, pardonner le crime, c'est presque le partager. (On applaudit.) Une pareille rigueur fera peut-être couler le sang , je le sais; mais si vous ne la déployez pas, n'en coulera-t-il pas plus encore?... Il faut couper la partie gangrenée pour sauver le reste du corps. Lorsqu'on veut vous conduire à l'indulgence, on vous tend un grand piége (1).

Le reste du discours est du même genre : «S'il y a des plaintes (contre le prêtre), dit-il, dès lors il doit être forcé de sortir du royaume. Il ne faut pas de preuves ! s'écrie-t-il; car vous ne les souffrez là que par excès d'indulgence. S'il y a des plaintes contre lui de la part des citoyens avec lesquels il demeure, il faut qu'il soit à l'instant chassé. Quant à ceux contre lesquels le code pénal prononcerait des peines plus sévères que l'exil, il n'y a qu'une mesure à leur appliquer: la mort!

Le malheureux ne prévoyait guère que dans moins de deux ans il serait enveloppé lui-même dans cette loi cruelle et impitoyable qu'il provoque aujourd'hui contre des innocents, et que ce ne serait qu'à force de se cacher qu'il se soustrairait au glaive par lequel on voulait le soumettre. La voie de proscription, comme nous l'avons dit, ouvre un abîme où les proscripteurs viennent s'engloutir eux-mêmes, et c'est ce qui est arrivé à Isnard; il a été mis hors la loi sous la Convention, et s'il n'a pas péri comme ceux de son parti, c'est qu'il a eu le bonheur qu'ils n'ont pas eu, de pouvoir se tenir caché sans être découvert. Au reste,

(1) Moniteur, séance du 14 novembre 1791.

hâtons-nous de le dire, ce forcené révolutionnaire, ennemi acharné de l'Église catholique, est rentré plus tard dans son sein; il a même écrit divers traités en faveur de la religion, et il est mort en 1830, en bon et loyal chrétien (1): c'est une consolation pour l'Église. Aujourd'hui il est l'ennemi le plus exalté du sacerdoce catholique, il provoque aux massacres de septembre. Lecoz, quoique évêque constitutionnel, était tellement révolté de son discours, qu'il l'appela un code d'athéisme. Ce reproche, accueilli par des murmures, n'était pas mal fondé; car en excitant, contre toute règle de justice, le peuple contre le clergé fidèle, vertueux et plein de lumières, qui seul soutenait la religion ébranlée, on allait directement à l'athéisme. Isnard, blessé de ce reproche, chercha, le lendemain, à se disculper dans les journaux, auxquels il avait envoyé une lettre qui se terminait ainsi : J'ai contemplé la nature, je ne suis point un insensé ; je dois croire à Dieu (2). Isnard croyait donc à l'existence de Dieu; c'était, selon toute vraisemblance, le seul dogme de sa religion.

L'Assemblée n'était point encore parvenue à cet excès d'intolérance où était arrivé Isnard. Malgré la haine qu'elle avait vouée au clergé catholique, elle ne pouvait se résoudre à proscrire et à exiler hors du royaume une classe entière de citoyens. Il faut observer cependant que la motion d'Isnard n'a pas été sans y trouver quelque faveur; elle avait été applaudie à diverses reprises. La demande qu'on avait faite d'im

(1) Biogr. univ., art. Isnard, supplément. (2) Hist. parlem., t. XII, p. 140, note.

primer son discours n'a été rejetée qu'après deux délibérations douteuses; preuve certaine que sa proposition avait plu à une grande partie de l'Assemblée. Les projets se croisaient de toutes parts, chacan voulait proposer le sien ; il y avait un pèle – mêle dont on ne savait comment se tirer. Rassemblerat-on tous les prêtres non assermentés dans les chefslieux de département, sous les lumières et la surveillance active des corps constitués et des clubs ? Les déportera-t-on hors du royaume, dans les lazarets de Rome et d'Italie ? Exigera-t-on d'eux le serment civique, pour s'assurer des dispositions des uns et pour économiser sur les autres le traitement et les pensions dont ils jouissaient? ou bien leur donnera-t-on une entière liberté des cultes en abolissant toutes les lois arbitraires de l'Assemblée constituante, pour faire cesser les troubles en cessant de leur résister? Autant de

projets de décrets, autant de motions différentes qui s'étaient croisées à la tribune. L'embarras et la confusion étaient à leur comble. On n'était d'accord que sur un seul point, la haine voltairienne contre le clergé catholique. Enfin, après tant de débats, tant de projets différents et même opposés, on se décida à s'adresser de nouveau au comité de législation; et, pour qu'il ne perdît pas son temps en disputes, on lui ordonna de se diviser en quatre sections pour rédiger en projet de décretles différentes opinions qui partageaient la discussion (1).

Le travail des quatre sections chargées de présenter des projets de décrets contre les prêtres non assermentés ne se fit pas attendre. Le 16 novembre, deux jours

(1) Moniteur, séance du 14 novembre 1791.

après la discussion, quatre projets de décrets furent apportés; on y avait travaillé jour et nuit : celui de François de Neufchâteau, membre de la première section, obtint la priorité. L'orateur le lut à la tribune, et fut accueilli par des applaudissements unanimes et réitérés; il semblait avoir découvert le vrai secret d'enchainer le clergé catholique, et de mettre fin à tous les troubles; on le croyait du moins, et c'est pourquoi on l'encouragea par des éloges et des applaudissements. La discussion s'ouvrit immédiatement article par article, et se prolongea jusqu'au 29 novembre, où le décret fut définitivement adopté.

Le clergé catholique n'eut pas à se louer de cette discussion, qui, au reste, fut souvent interrompue par d'autres affaires. François de Neufchâteau eut l'extrême politesse de le comparer à des serpents venimeux, à des reptiles, dont le père de famille (la nation) doit délivrer son champ, au lieu de leur donner la nourriture de ses propres fils. Chaque article fut discuté, souvent amendé; les débats ralentis furent ranimés

par

la contradiction, et surtout par les dénonciations qui venaient de la province. L'abbé Audrein, autre prédicateur de l'époque, ancien professeur du collége de Quimper, et, plus tard, évêque intrus de cette ville, pressa l'Assemblée, en disant que chaque jour qu'elle différait de prendre un parti rigoureux contre les perturbateurs du repos public coûtait d’incalculables malheurs à la patrie; il se plaignait du peuple, qui soutenait les réfractaires, et rapporta que, dans le Morbihan, deux hommes avaient été tués, à l'occasion de l'installation d'un curé constitutionnel (1). Il voulait qu'on attaquât

(1) Moniteur, séance du 16 novembre 1791.

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