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y souffrait

vait encore moins que le premier : « Deux ou trois cents femmes d'une paroisse de Caen, dit-il, ont poursuivi un curé constitutionnel, l'homme le plus paisible, l'ont lapidé, l'ont chassé jusque dans son église, où elles ont descendu le réverbère du cheur, pour le pendre devant l'autel. » Cela prouvait qu'à Caen on ne voulait pas de prêtres constitutionnels, et qu'on ne les

pas. Les prêtres non assermentés en étaient-ils la cause? Le curé constitutionnel a-t-il été poursuivi, lapidé, menacé d'être pendu par des prêtres catholiques ? Non : Fauchet nous dit qu'il a été poursuivi et lapidé par des femmes. Il fallait donc, en bonne logique, demander la punition de ces femmes. Mais voyez comme la haine est inconséquente! Fauchet ne s'en prend qu'aux prêtres, auxquels il demande qu'on retranche tout traitement, toute pension, pour les forcer à éxercer une industrie, soit dans le commerce, soit dans l'agriculture. « On ne paye pas ceux qui ne font rien, ajoute-t-il; il ne faut payer que ceux des ecclésiastiques valides qui se présenteront pour recevoir de l'emploi; » c'est-à-dire ceux qui renonceront à la religion, et qui entreront dans l'Église constitutionnelle après avoir prêté le serment.

Rien ne montre mieux l'innocence des prêtres dénoncés que ce discours. Fauchet s'accroche à tous les moyens de les représenter comme coupables; il en a même besoin pour se justifier des mesures cruelles qui lui avaient attiré des reproches : mais il ne trouve contre eux que des accusations vagues, ou des faits qui ne prouvent rien et dont il n'ose pas même accuser le clergé. Le curé constitutionnel de Caen a été pour

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suivi, lapidé, non par des prêtres, mais par des femmes : c'est lui-même qui le dit.

Fauchet eut cette fois-ci pour adversaire, non un évêque, mais un laïque, Gensonné, l'auteur du rapport sur les troubles religieux de la Vendée. Comme je l'ai déjà fait observer, Gensonné est un élève de l'école de Voltaire; il a, contre la religion et ses ministres, toutes les préventions de l'époque, mais il tient à la constitution, aux droits de l'homme ; il veut par conséquent la liberté de conscience pour tous; liberté qui, si elle était bien établie, assurerait, selon lui, le repos du pays. Cette liberté ne peut être refusée à personne, parce qu'elle a été proclamée par la constitution; et c'est parce qu'elle a été violée dans les onze douzièmes des départements, qu'il y a trouble. « Les hommes attachés à la révolution n'y ont pas peu contribué, dit-il, en regardant comme ennemis publics tous ceux qui, par faiblesse, ou par erreur, ou par l'effet d'une conscience timorée, sont restés attachés à leurs anciens pasteurs. » Il demande donc qu'on rétablisse la liberté de conscience dans toute sa plénitude, qu'on laisse au peuple le libre choix de ses pasteurs, et qu'on abolisse toutes les lois réglementaires qui entravent la liberté, et qui sont en contradiction avec la constitution. Suivant toujours les mêmes principes, il s'oppose de toutes ses forces au projet de spoliation proposé par l'évêque Fauchet; projet qui ferait infiniment de mal, parce qu'il attaquerait directement la liberté religieuse, outre qu'il ferait commettre une grande injustice; « car l'État , dit-il, en s'emparant des biens du clergé, s'est chargé de son entretien et des frais du culte. » Il s'oppose avec plus de force encore à ceux qui avaient proposé l'enlèvement ou la proscription de tous les prêtres non conformistes.

« Je conçois, dit-il, comment les violences, l'emploi arbitraire de la force, sont les premiers moyens qui se présentent à l'esprit d'un despote qui ne calcule aucune résistance, et qui prétend que tout est soumis au seul empire de sa volonté. Mais ce que je ne conçois pas, ajoute-t-il, c'est comment, sous le règne d'une constitution dont les bases sont la liberté et l'égalité, les représentants de la nation peuvent se familiariser avec des mesures aussi arbitraires, aussi despotiques. Non, vous ne le pouvez pas ! »

Il prouve ensuite combien cette mesure serait absurde, dangereuse et inconstitutionnelle.

« D'abord, dit-il, elle a le terrible inconvénient de frapper l'innocent comme le coupable, de confondre toutes les nuances de délits, d'ôter toute possibilité de justification, d'écarter toute procédure; elle punit des hommes qui ne sont point accusés, ou au moins que des preuves légales n'ont point convaincus; elle a un effet rétroactif, et s'étendrait à des faits antérieurs à sa promulgation... Vous ajoutez par là une nouvelle peine à une peine déjà prononcée et subie... Et à l'é

à gard des infortunés habitants des campagnes..., songez que s'il est possible de faire souffrir un peuple pendant quelque temps, il ne le sera pas d'étouffer les préjugés. Au contraire, n'est-il pas.naturel de penser que cette mesure violente en approfondira les racines, qu'elle augmentera l'aversion qu'il leur est impossible de ne pas avoir contre les lois qu'ils accusent de leur malheur; qu'enfin elle servira les projets des ennemis de la constitution ? Cette mesure, non-seulement est injuste et tyrannique, mais elle serait encore la plus grande atteinte à la constitution. Vous le savez, la constitution garantit la liberté des cultes; elle veut que les citoyens aient le droit de choisir leurs ministres; et cependant ce qu'on vous propose, sous prétexe de priyer les prêtres séditieux de la liberté dont ils abusent, tend à violenter la liberté des consciences, en empêchant les citoyens de s'adresser à ceux auxquels ils sont atsachés... Et quelle serait l'utilité de cette mesure, et par quel moyen pourrait-on en assurer le succès ? Quand on aura enlevé tous les prêtres non conformistes, croit-on que le peuple des campagnes ser moins attaché à ses opinions qu'il ne l'était auparavant? Et que gagne-t-on en laissant dans les lieux voisins ceux que leur défaut de remplacement force à y rester? Ne sait-on pas que la persécution encourage ay martyre; que l'enlèvement d'un seul prêtre fera venir à sa place vingt missionnaires ? Comment prévenir l'insurrection là où la force publique et les autorités constituées sont désorganisées ? L'insuffisance de ces premières mesures en appellera bientôt de plus séyères : est-il possible de prévoir là où il faudra s’arrêter? >>

La raison avait parlé par la bouche de Gensonné. Sachons-lui gré de la défense du clergé catholique, et pardonnons-lui le mot de fanatisme quand il parle de la religion : mot en usage parmi tous ceux qui avaient perdu la foi. Pardonnons-lui encore ce prétendu système d'opposition qu'il attribue à une partie de l'ancien clergé contre les lois et contre la constitution qui doit faire le bonheur du peuple: Gensonné avait ses préjugés, qu'il partageait avec les girondins. Comme il désigne les

tribunaux contre ceux qui se rendraient coupables de tentatives de troubles, les prêtres non conformistes, comme il les appelle, n'avaient plus rien à redouter, car ils pouvaient se présenter hardiment devant les tribunaux, sans avoir à craindre d'être condamnés. C'est le principal motif des mesures de proscription proposées. On voulait punir ces ecclésiastiques, les faire sortir des paroisses où ils demeuraient; et comme on ne pouvait y parvenir par la voie des tribunaux, on proposait des lois exceptionnelles pour les atteindre.

Le discours de Gensonné, si plein de saison et de logique, avait été applaudi; Fauchet était confondu à tel point, qu'il ne chercha pas même à se justifier. L'Assemblée ordonna l'impression du projet de décret de Gensonné, et chargea le comité de législation de lui faire, dans la huitaine, un rapport des différents projets présentés dans cette discussion (1).

Il est à croire que ce rapport allait être favorable, rétablir la liberté des cultes dans le sens de la constitution, et abolir toutes les lois qui y étaient opposées, comme la loi du serment, et toutes celles que l'Assemblée constituante avait faites contre la liberté de conscience. Gensonné les avait attaquées de front, en jetant • un blâme sévère sur la conduite de l'Assemblée constituante, et sur les contradictions frappantes qui se trouvent entre ses lois et la constitution. Ses raisons avaient été exposées avec une force de logique à laquelle l'Assemblée n'avait pu résister; on ne pouvait songer aux mesures de proscription sans se déclarer despote. La cause des prêtres catholiques semblait donc

(1) Moniteur, séance du 3 novembre 1791.

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