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tout une base solide à la sûreté personnelle des non assermentés, et à la liberté de tous les cultes (1).

Ce discours avait fait une profonde impression. Le parti philosophique de l'Assemblée, qui composait les deux tiers de ses membres, y avait fortement applaudi. La cause des prêtres catholiques semblait être gagnée. Fauchet, si gravement inculpé d'intolérance et si complétement réfuté, voulut répondre à son collègue; mais l'Assemblée lui imposa silence, et ordonna l'impression du discours de Torné, tant elle était frappée de la justesse de ses raisonnements. Elle passa donc à l'ordre du jour sur les mesures de proscription générale. Mais cette affaire n'est point terminée.

Ces deux évêques intrus et apostats, qui plaident aujourd'hui dans une même cause d'une manière si différente, n'étaient pas sans mérite : ils avaient prêché dans les chaires de la capitale et devant le roi à Versailles, avec distinction. Torné avait prêché aussi à la cour de Stanislas, qui en fut tellement content qu'il lui donna le titre de son aumônier, et qu'il le fit nommer membre associé de l'Académie de Nancy. Tous deux avaient obtenu de l'Église, à cause de leurs services, des faveurs et des récompenses, et laissé des discours et des sermons assez estimés. Ils s'étaient jetés à corps perdu dans la révolution de 1789, avaient accepté la constitution civile du clergé, prêté le serment, et se distinguaient dans les clubs par leur attachement aux principes révolutionnaires.

Fauchet semblait plus impie que son collègue; il travestissait l'Évangile , pour le plier aux idées déma

(1) Moniteur, séances des 26 et 27 octobre 1791.

gogiques. Torné paraissait bien plus modéré; mais, un peu plus tard, il s'abaissera jusqu'à la dernière ignominie : tandis que Fauchet, condamné à mort par le tribunal révolutionnaire, reviendra à Dieu par un sincère repentir. Dans ce moment, il est vivement affecté des reproches de cruauté que Torné venait de lui faire. Le 3 novembre, il prit la parole pour justifier ses mesures de rigueur et de spoliation. Pour y réussir , il lui fallait prouver la culpabilité des prêtres auxquels ces mesures devaient être appliquées. Il essaya de le faire dans un long discours; mais ses accusations sont vagues, comme toutes celles qu'on avait portées contre le clergé catholique : on n'y trouve aucun fait qui puisse faire condamner les prêtres qu'il attaque, ou les rendre tant soit peu criminels. Ainsi il les appelle des empoisonneurs, qu'il est juste de ne pas payer avec les deniers du trésor; il reproduit des récriminations banales, mille fois alléguées et mille fois réfutées : Ces prêtres, disait-il, secouent les torches du fanatisme; ils ont la haine dans le cæur, le flambeau de la discorde à la main, les imprécations à la bouche, et le fiel dans l’áme. Telles sont les accusations vagues qu'il porte contre eux, et qui, comme on le voit, ne seraient admises par aucun tribunal.

Cependant il sentait le besoin de s'appuyer sur quelque chose; il essaya donc de sortir de ses généralités et de citer des faits. Il rapporta que des prêtres assermentés avaient été lapidés, égorgés; mais par qui ? Il ne le dit pas. Si les prêtres fidèles y étaient pour quelque chose, il ne manquerait certainement pas de les en accuser. Il cita un autre fait qui prou

vait encore moins que le premier : « Deux ou trois cents femmes d'une paroisse de Caen, dit-il, ont poursuivi un curé constitutionnel, l'homme le plus paisible, l'ont lapidé, l'ont chassé jusque dans son église, où elles ont descendu le réverbère du choeur, pour le pendre devant l'autel. » Cela prouvait qu'à Caen on ne voulait pas de prêtres constitutionnels, et qu'on ne les y souffrait pas. Les prêtres non assermentés en étaient-ils la cause? Le curé constitutionnel a-t-il été poursuivi, lapidé, menacé d'être pendu par des prêtres catholiques? Non : Fauchet nous dit qu'il a été poursuivi et lapidé par des femmes. Il fallait donc, en bonne logique, demander la punition de ces femmes. Mais voyez comme la haine est inconséquente! Fauchet ne s'en prend qu'aux prêtres, auxquels il demande qu'on retranche tout traitement, toute pension, pour les forcer à exercer une industrie, soit dans le commerce, soit dans l'agriculture. « On ne paye pas ceux qui ne font rien, ajoute-t-il; il ne faut payer que ceux des ecclésiastiques valides qui se présenteront pour recevoir de l'emploi; » c'est-à-dire ceux qui renonceront à la religion, et qui entreront dans l'Église constitutionnelle après avoir prêté le serment.

Rien ne montre mieux l'innocence des prêtres dénoncés que ce discours. Fauchet s'accroche à tous les moyens de les représenter comme coupables; il en a même besoin pour se justifier des mesures cruelles qui lui avaient attiré des reproches : mais il ne trouve contre eux que des accusations vagues, ou des faits qui ne prouverit rien et dont il n'ose pas même accuser le clergé. Le curé constitutionnel de Caen a été

pour

suivi, lapidé, non par des prêtres, mais par des femmes : c'est lui-même qui le dit.

Fauchet eut cette fois-ci pour adversaire, non un évêque, mais un laïque, Gensonné, l'auteur du rapport sur les troubles religieux de la Vendée. Comme je l'ai déjà fait observer, Gensonné est un élève de l'école de Voltaire; il a, contre la religion et ses ministres, toutes les préventions de l'époque, mais il tient à la constitution, aux droits de l'homme; il veut par conséquent la liberté de conscience pour tous; liberté qui, si elle était bien établie, assurerait , selon lui, le repos

du

pays. Cette liberté ne peut être refusée à personne, parce qu'elle a été proclamée par la constitution; et c'est parce qu'elle a été violée dans les onze douzièmes des départements, qu'il y a trouble. « Les hommes attachés à la révolution n'y ont pas peu contribué, dit-il, en regardant comme ennemis publics tous ceux qui, par faiblesse, ou par erreur, ou par l'effet d'une conscience timorée, sont restés attachés à leurs anciens pasteurs. » Jl demande donc qu'on rétablisse la liberté de conscience dans toute sa plénitude, qu’on laisse au peuple le libre choix de ses pasteurs, et qu'on abolisse toutes les lois réglementaires qui entravent la liberté, et qui sont en contradiction avec la constitution. Suivant toujours les mêmes principes, il s'oppose de toutes ses forces au projet de spoliation proposé par l'évêque Fauchet; projet qui ferait infiniment de mal, parce qu'il attaquerait directement la liberté religieuse, outre qu'il ferait commettre une grande injustice; « car l'État, dit-il, en s'emparant des biens du clergé, s'est chargé de son entretien et des frais du culte. » Il s'oppose avec plus de force encore à ceux qui avaient proposé l'enlèvement ou la proscription de tous les prêtres non conformistes.

« Je conçois, dit-il, comment les violences, l'emploi arbitraire de la force, sont les premiers moyens qui se présentent à l'esprit d'un despole qui ne calcule aucune résistance, et qui prétend que tout est soumis au seul empire de sa volonté. Mais ce que je ne conçois pas, ajoute-t-il, c'est comment, sous le règne d'une constitution dont les bases sont la liberté et l'égalité, les représentants de la nation peuvent se familiariser avec des mesures aussi arbitraires, aussi despotiques. Non, vous ne le pouvez pas ! »

Il prouve ensuite combien cette mesure serait absurde, dangereuse et inconstitutionnelle.

« D'abord, dit-il, elle a le terrible inconvénient de frapper l'innocent comme le coupable, de confondre toutes les nuances de délits, d'ôter toute possibilité de justification, d'écarter toute procédure; elle punit des hommes qui ne sont point accusés, ou au moins que des preuves légales n'ont point convaincus; elle a un effet rétroactif, et s'étendrait à des faits antérieurs à sa promulgation... Vous ajoutez par là une nouvelle peine à une peine déjà prononcée et subie... Et à l'égard des infortunés habitants des campagnes..., songez que s'il est possible de faire souffrir un peuple pendant quelque temps, il ne le sera pas d'étouffer les préjugés. Au contraire, n'est-il pas.naturel de penser que cette mesure violente en approfondira les racines, qu'elle augmentera l'aversion qu'il leur est impossible de ne pas avoir contre les lois qu'ils accusent de leur malheur; qu'enfin elle servira les projets des ennemis de la constitution ? Cette mesure, non-seulement est

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