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ferait du genre humain un troupeau de bêtes féroces. Le fanatisme (la religion) est le plus grand fléau de l'univers, il faut l'anéantir : la liberté n'est pas coinpatible avec cet asservissement brutal qui sanctifie la haine et déifie les tyrans. Voyez, ajoute-t-il, à quelles

à horreurs se portent au nom de Dieu ces détestables arbitres des consciences abusées, et comme ils réussissent à leur inoculer la rage contre leurs frères, comme la plus sainte des vertus ! Ils voudraient nager dans le sang des patriotes, c'est leur douce et familière expression. (Applaudissement.) En comparaison de ces prêtres, les athées sont des anges. » (Bravo!

Tel est le portrait que l'évêque intrus fait de ses anciens confrères, aux applaudissements d'une partie de l'Assemblée.

Cependant il ne veut pas qu'on les persécute : « Gardons-nous, dit-il, de les emprisonner, de les exiler, même de les déplacer! Qu'ils pensent, disent, écrivent tout ce qu'ils voudront : nous opposerons nos pensées à leurs pensées, nos vérités à leurs erreurs, nos vertus à leurs calomnies, notre charité à leur haine. » (Applaudissements.)

Il trouve un autre moyen plus ingénieux de s'en débarrasser sans violence et sans persécution : c'est de les réduire par la faim. Il demande donc à l'Assemblée qu'on les prive de toute espèce de traitement ou de secours : « Par là, dit-il, ils seront contraints à embrasser une utile profession pour vivre, à devenir des commerçants et des agriculteurs. La faim chassera bientôt ces loups dévorants d'une bergerie ils ne trouveront plus de påture. Le roi lui-même se dégoûtera de ces prêtres fanatiques qui torturent sa cons

cience, et se débarrassera de cette vermine de sa couronne. » L'orateur ne veut pas de persécution, dont le fanatisme est avide, que la philosophie abhorre, que la vraie religion réprouve, et qu'une assemblée nationale de France ne doit jamais ériger en loi. La persécution ne s'accorderait pas avec les droits de l'homme et du citoyen, ni avec la liberté des opinions, de la presse, ni avec la liberté des cultes. Retrancher aux prêtres non assermentés tout traitement, toute pension, et condamner à cinq ans de gêné ceux qui seraient convaincus de tentatives de troubles, tel est le moyen qui lui semble suffisant, et dont il se promet un grand succès; car il prétend qu'en supprimant la pension des réfractaires, plus des trois quarts s'attacheront à l'Église constitutionnelle, et demanderont de l'emploi. Le pauvre évêque ne savait plus ce que c'est qu'une conviction religieuse.

Le lendemain 27 octobre, un autre évêque intrus, celui de Bourges, nommé Torné, aussi peu favorable à la religion que son collègue, prend la défense des prêtres non assermentés, et s'exprime avec une franchise qu'on n'avait pas le droit d'attendre de lui. Il s'oppose de toute son énergie à la mesure cruelle qui serait de condamner le clergé non assermenté aux horreurs de la misère et de la faim, et qui empirerait les maux de l'État au lieu de les guérir. Il les justifie de tous les crimes dont on les accuse. Selou lui, ils ne sont pas criminels pour avoir refusé le serment, puisque la loi les laissait libres de le prêter ou de ne pas le prêter. Ils ne sont pas criminels pour professer des opinions différentes de celles des constitutionnels, puisque les opinions sont libres, et que chacun a le droit de les publier. Ils ne sont pas criminels non plus en baptisant; en confessant, et en faisant des cérémonies religieuses dans des maisons particulières, puisque chaque citoyen a le droit de disposer de sa maison, d'y donner des festins, des concerts, des spectacles, des jeux permis ou des évocations magiques. Quels sont donc, selon lui, les vrais coupables ? Ce sont ceux qui par intolérance veulent empêcher ces sortes de cérémonies. S'il y a parmi les prêtres non assermentés des factieux, des perturbateurs, qu'on les livre aux tribunaux, qu'on les juge et les condamne suivant les lois générales. Mais les envelopper tous dans une même proscription, les condamner à l'exil, à la misère, ce serait, selon lui, une cruauté et le comble de l'injustice. Il veut au contraire qu'on leur accorde une entière liberté. « Pourquoi, dit-il encore, leur refuserait-on la célébration des saints mystères, dans des lieux où l'on permettrait aux païens de célébrer les mystères d'Isis et d'Osiris, au mahometan d'invoquer son prophète, au rabbin d'offrir ses holocaustes? » Ces raisons frappaient par leur évidence, et ne laissaient lieu à aucune réplique. L'orateur ne descendit pas de la tribune sans avoir indiqué la vraie cause des troubles et le moyen de les apaiser. Ces troubles, selon lui, viennent de l'aigreur des esprits ; il faut les adoucir. Ils viennent de la contrainte qu'on a imposée aux non assermentés, à l'égard de leur culte; il faut leur donner plus de latitude. Ils viennent de l'inaction des pouvoirs constitués; il faut leur inspirer plus de vigueur. Ils viennent de l'intolérance des peuples, qui ne veulent souffrir que leur culte; il faut les instruire, et les affermir dans les maximes de tolérance. Son avis est donc de donner avant tout une base solide à la sûreté personnelle des non assermentés, et à la liberté de tous les cultes (1).

Ce discours avait fait une profonde impression. Le parti philosophique de l'Assemblée, qui composait les deux tiers de ses membres, y avait fortement applaudi. La cause des prêtres catholiques semblait être gagnée. Fauchet, si gravement inculpé d'intolérance et si complétement réfuté, voulut répondre à son collègue; mais l'Assemblée lui imposa silence, et ordonna l'impression du discours de Torné, tant elle était frappée de la justesse de ses raisonnements. Elle passa donc à l'ordre du jour sur les mesures de proscription générale. Mais cette affaire n'est point terminée.

Ces deux évêques intrus et apostats, qui plaident aujourd'hui dans une même cause d'une manière si différente, n'étaient pas sans mérite : ils avaient prêché dans les chaires de la capitale et devant le roi à Versailles, avec distinction. Torné avait prêché aussi à la cour de Stanislas, qui en fut tellement content qu'il lui donna le titre de son aumônier, et qu'il le fit nommer membre associé de l'Académie de Nancy. Tous deux avaient obtenu de l'Église, à cause de leurs services, des faveurs et des récompenses, et laissé des discours et des sermons assez estimés. Ils s'étaient jetés à corps perdu

à dans la révolution de 1789, avaient accepté la constitution civile du clergé, prêté le serment, et se distinguaient dans les clubs par leur attachement aux principes révolutionnaires.

Fauchet semblait plus impie que son collègue; il travestissait l'Évangile, pour le plier aux idées déma

(1) Moniteur, séances des 26 et 27 octobre 1791.

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gogiques. Torné paraissait bien plus modéré; mais, un peu plus tard, il s'abaissera jusqu'à la dernière ignominie : tandis que Fauchet, condamné à mort par le tribunal révolutionnaire, reviendra à Dieu par un sincère repentir. Dans ce moment, il est vivement affecté des reproches de cruauté que Torné venait de lui faire. Le 3 novembre, il prit la parole pour justifier ses mesures de rigueur et de spoliation. Pour y réussir , il lui fallait prouver la culpabilité des prêtres auxquels ces mesures devaient être appliquées. Il essaya de le faire dans un long discours; mais ses accusations sont vagues, comme toutes celles qu'on avait portées contre le clergé catholique : on n'y trouve aucun fait qui puisse faire condamner les prêtres qu'il attaque, ou les rendre tant soit peu criminels. Ainsi il les appelle des empoisonneurs, qu'il est juste de ne pas payer avec les deniers du trésor; il reproduit des récriminations banales, mille fois alléguées et mille fois réfutées : Ces prétres, disait-il, secouent les torches du fanatisme; ils ont la haine dans le cœur, le flambeau de la discorde à la main, les imprécations à la bouche, et le fiel dans l’ame. Telles sont les accusations vagues qu'il porte contre eux, et qui, comme on le voit, ne seraient admises par aucun tribunal.

Cependant il sentait le besoin de s'appuyer sur quelque chose; il essaya donc de sortir de ses généralités et de citer des faits. Il rapporta que des prêtres assermentés avaient été lapidés, égorgés; mais par qui? Il ne le dit pas. Si les prêtres fidèles y étaient pour quelque chose, il ne manquerait certainement pas de les en accuser. Il cita un autre fait qui prou

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