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tice, Servan à la guerre, Roland à l'intérieur. Parmi ces ministres, deux seulement sont célèbres : Dumouriez et Roland.

Dumouriez était un général actif, plein d'intelligence et de courage. Il se rendit agréable à tous les partis en faisant déclarer la guerre à l'Autriche (le 20 avril). Cette question avait été débattue dans les clubs et à l'Assemblée nationale. Le général ne pensait guère qu'il allait ouvrir une lutte de vingt-trois ans entre la France nouvelle et les diverses puissances de l'Europe; lutte qui, après de grandes batailles et de brillantes victoires, devait nous conduire au point d'où nous étions partis.

On a tout dit sur Roland et sur sa femme, qui était plus ministre que lui; mais on n'a pas encore dit tout le mal que ces deux êtres ont fait à la religion. Roland appartenait à la société des jacobins, il en partageait la haine contre le christianisme, et la fureur contre les prêtres fidèles. Sa femme, qui à l'âge de neuf ans lisait Plutarque, après s'être livrée à une piété sincère qu'elle avait puisée au couvent et dans les ouvrages de Bossuet, s'était laissé aveugler par la lecture des philosophes, et entre autres de J.-J. Rousseau, et s'était jetée à corps perdu dans le parti révolutionnaire. Elle soufflait la haine de la royauté à son mari, et ne rêvait que république. « Les nations ne peuvent rétrograder, disait-elle; la chute des trônes est dans la destinée des empires... La sécurité est le tombeau de la liberté, les troubles nous seraient moins funestes; il nous faudrait une nouvelle insurrection : la guerre civile, tout horrible qu'elle est, avancerait la régénération de notre caractère et de nos meurs. L'esprit général est pour

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la liberté; il faudra bien que nous arrivions à cetle liberté, fût-ce à travers une mer de sang (1). » Elle rêvait également la destruction du christianisme qui avait fait autrefois ses délices, mais dont elle était l'ennemie d'autant plus acharnée qu'elle avait apostasié. Elle voulait donc la république, avec un peuple sans frein et sans religion. La Providence semblait lui dire : Eh bien, vous l'aurez cette république; mais votre tête roulera sur l'échafaud !... Mme Roland recevait chez elle, plusieurs fois par semaine, les plus fameux révolutionnaires de l'époque, tels que Brissot, Buzot, Péthion, Robespierre, etc., au-dessus desquels elle s'élevait par son génie et ses brillantes qualités.

Les nouveaux ministres ne peuvent pas s'empêcher d'estimer Louis XVI. Dumouriez veut servir franchement son pays, et protéger le roi contre toute attaque personnelle. Ami de l'ordre, il s'oppose à tout ce qui tend à l'anarchie. Lacoste et Duranthon s'attachent aussi au roi; mais Servan, Clavière et Roland sont inflexibles dans leur système de république. Mme Roland soufflait le feu. Ces ministres sont d'accord avec Péthion, maire de Paris, avec la majorité de l'Assemblée, avec les clubs et leur armée. Tous agissent de concert pour renverser le trône et ôter tout appui au sacerdoce catholique; chacun apporte sa hache ét son instrument de démolition.

On augmente autant que possible le nombre des ennemis du trône, en même temps qu'on diminue celui de ses amis. Déjà on avait amnistié l'horrible Jourdan Coupe-téte, et les autres brigands complices avec lui des

(1) Lettres de M. Roland.

massacres de la Glacière d'Avignon; un grand nombre vinrent à Paris, où ils furent enrégimentés dans l'armée des clubs. On avait également amnistié quarante soldats suisses du régiment de Château-Vieux, condamnés aux galères, et subissant leur peine à Brest, pour avoir répandu le sang dans les rues de Nancy. On les appela à Paris, où on leur donna une fête magnifique. Ils furent conduits en triomphe, musique en tête, le long des boulevards, depuis la Bastille jusqu'à la chambre législative, au milieu de détachements de la garde nationale et d'un concours immense de peuple (1). Des femmes et des jeunes filles vêtues de blanc portaient les débris de leurs chaînes, suspendues à quarante trophées surmontés de couronnes civiques : ce fut au milieu de ce brillant cortège qu'ils arrivèrent aux portes de l'Assemblée, demandant à être admis à la barre. Une vive discussion s'engagea dans l'Assemblée. Un député, jeune officier, M. Gouvion, se leva, et dit :

« J'avais un frère, bon patriote, qui, par l'estime de ses concitoyens, avait été successivement commandant de la garde nationale et membre du département. Toujours prêt à se sacrifier pour la loi, c'est au nom de la loi qu'il a été requis de marcher à Nancy avec les braves gardes nationales. Là, il est tombé percé de cinq coups de fusils. Je demande si je puis voir tranquillement les assassins de mon frère... (Violents murmures dans les tribunes.) Les décrets de l'Assemblée constituante ont été impuissants sur eux; sans provocation de la part de la garde nationale de deux départements, ils ont fait feu sur ces gardes nationales.

(1) Hist. parlem., t. XIV, p. 120, grande édition.

Mon frère est tombé, et ce ne sera jamais tranquillement que je verrai flétrir la mémoire de ces gardes nationales par des honneurs accordés aux hommes sous les coups desquels sont tombés tant de malheureuses victimes de la loi (1).

Éloquence vaine et inutile! les quarante galériens étaient d'excellents soldats pour l'armée révolutionnaire. L'Assemblée les admit à la barre, et leur accorda les honneurs de la séance. Gouvion, plein d'honneur militaire et dégoûté d'hommes qui se déshonoraient, se retira, donna sa démission de député, et alla à l'armée du Nord, où il fut emporté par un boulet de canon. M. de Moy, curé de Saint-Laurent, protégé par les jacobins et le ministre Roland, fut élu député à sa place.

L'Assemblée, suivant le même dessein, chassa de la ville tous ceux qui n'avaient pas de domicile fixe à Paris, et qui étaient soupçonnés de royalisme. Elle craignait qu'en cas de troubles excités pour renverser le trône, ils ne prêtassent quelque secours au malheureux roi. Le décret est du 18 mai. Les feuillants l'avaient combattu; mais les girondins s'étant adjoint la Montagne, l'avaient emporté. On ne voulait pas laisser séjourner dans la ville ceux que Carnot appelait les chevaliers du poignard, et les revenus de Coblentz (2). Les clubs travaillaient dans le même sens. Dans celui des Jacobins (3), on demandait la dissolution de toutes les sociétés aristocratiques. On proposait de se porter, avec les forts de la halle, aux lieux de leurs séances, et d'interrompre leur discussion à coups de

(1) Moniteur, séance du 9 avril 1792.
(2) Ibid., séance du 18 mai 1792.
(3) Séance du 10 mai.

III.

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nerfs de beuf. Ce moyen était digne des jacobins (1).

Il restait encore au roi une dernière défense, celle de sa garde constitutionnelle. Elle gênait singulièrement ceux qui avaient juré le renversement du trôné. Composée de six mille hommes bien armés et prêts à se laisser hacher pour la personne du roi, elle aurait offert un rempart imprenable à la multitude irrégulière, quelque nombreuse qu'elle fût. L'Assemblée décida de la licencier, sous prétexte qu'elle était composée d'aristocrates et de contre-révolutionnaires, qui tot ou tard viendraient en aide aux émigrés pour détruire la constitution. Après de grands débats injurieux pour le roi, elle fut licenciée, et son chef, le duc de Brissac, renvoyé devant la haute cour d'Orléans : nouvelle victime pour le massacre de Versailles. Guadet et Vergniaud avaient remporté ce triste avantage (2). Le décret parle de la formation d'une nouvelle garde; mais comme le roi ne pouvait la composer que de ses ennemis, il aima mieux rester sans garde, et s'exposer à tous les hasards de la fureur populaire.

Lorsqu'on désarmait ainsi le roi, on ne manquait pas d'employer tous les moyens pour le rendre odieux et exciter le peuple contre lui. On lui attribuait jusqu'aux revers de l'armée; car les premières pages de notre grande époque militaire ne sont pas glorieuses. Le général Biron, qui a commencé la guerre dans le nord contre le général autrichien, vit son avant-garde saisie par la peur, et son armée se débander. Il eut beau vouloir les rallier, les fuyards pillèrent les équipages du général et la caisse militaire. Le nom de Quievrain se

(1) Hist. parlem., t. XIV, p. 369.
(2) Moniteur, séance du 27 mai 1792.

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