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Torné, encouragé par de si beaux suffrages, s'appliqua à prouver que l'abolition de ces costumes n'a rien de contraire à la liberté qu'a chaque citoyen de s'habiller à son gré; et, pour cet effet, il tira trèssérieusement un argument du droit qu'a la police de défendre à un sexe de porter le costume d'un autre, et d'interdire les masques et les vêtements qui blessent les moeurs : il ajouta que c'était principalement à un évêque qu'il convenait de faire une pareille motion; que la constitution était le second Évangile qui s'accordait merveilleusement avec le premier. Les arguments de Torné remplirent l'Assemblée d'un tel enthousiasme, qu'on n'entendait plus dans toutes les parties de la salle

que les cris : Aux voix, aux voix! et l'on a beaucoup ri d'un membre qui s'est avisé de dire qu'on ne pouvait pas rendre un décret saps y avoir réfléchi. On croirait assister à une assemblée de fous, si l'on ne connaissait pas leur intime pensée. Ils avaient bonne grâce d'accuser les prêtres de fanatisme, eux qui offraient l'exemple d'un fanatisme élevé au plus haut degré d'exaltation ! Cependant, au milieu de cet enthousiasme bruyant, un membre, M. Becquet, a le courage d'opposer au projet de loi le simple bon sens; la crainte de fàcheux événements dans les campagnes, et d'impressions nuisibles ; les veux qui attachent encore des personnes scrupuleuses à leurs habits de religion; de sages appréhensions que cet acharnement puéril ne servît de prétexte aux ennemis du nouveau système d'accuser l'Assemblée du dessein de détruire la religion chrétienne (ce qui était vrai), ou du moins la religion catholique. Mais on lui répondit que la France n'était pas de la congrégation des Feuillants;

ce qui nous prouve que Becquet, qui était du club des Feuillants, n'avait pas le secret des jacobins. «Loin que les campagnes ne soient pas préparées à ce changement, répliqua Lejosne, les

paysans du département du Nord attendent avec impatience que l'Assemblée écrase les prétres et les moines. » Le secret s'était échappé de la bouche de M. Lejosne; mais comme on était mécontent de son indiscrétion, l'orateur déguisa assez adroitement sa pensée en disant que par écraser les prétres, il avait entendu déchirer leurs habits. Un sourire d'incrédulité succéda à cette singulière excuse. Un prêtre constitutionnel, l'abbé Mulot, ancien moine, s'est aussi mêlé de la discussion, en soutenant que, pour dissiper l'erreur des religieuses, il fallait ôter le voile qui leur couvrait les yeux. M. de Girardin proscrivait tout ce qu'il appelait mascarade, mais il abhorrait toute visite domiciliaire. Pour le tranquilliser, on lui répondit qu'il n'en était pas question. Enfin, la prohibition du costume ecclésiastique fut prononcée presque à l'unanimité. Fauchet s'empressa d'ôter sa calotte et de la mettre dans sa poche. L'évêque intrus de Limoges, M. Gaivernon, mit sur le bureau sa croix pectorale, qu'il offrit comme don patriotique. Torné indiqua par des signes le regret de n'avoir pas la sienne, pour en faire autant; les prêtres déposèrent leurs rabats. Le clergé constitutionnel reçut, par cette prompte soumission, des applaudissements réitérés. Il n'avait déposé, au reste, que ce qu'il était indigne de porter. Enfin le costume sacerdotal était proscrit; toutes les congrégations pieuses et charitables étaient abolies; les seurs de la Charité, qui vouent leur vie au soin des malades, n'avaient pas

à un

même été épargnées : voilà pour quelle scène on avait choisi le vendredi saint. La rédaction définitive du décret fut adoptée le 28 avril.

On savait bien que le roi ne souscrirait pas pareil décret; mais cette considération fut une raison de plus pour le rendre. On avait besoin d'un nouveau velo pour l'accomplissement des desseins qu’on méditait alors; mais, comme nous l'avons déjà vu, on n'avait pas besoin de l'approbation du roi pour agir. Le décret fut exécuté ponctuellement dans les départements et les communes où le parti jacobin était maître. Bien des départements l'avaient devancé : ils avaient dissous les congrégations, dispersé leurs membres. Le directoire du Morbihan avait mis à la porte du séminaire les lazaristes de Vannes, au cour de l'hiver (janvier), à huit heures du soir, sans leur indiquer aucun asile (1). L'Assemblée législative, pour faire sa loi, semblait avoir pris modèle sur les arrêtés des directoires et des municipalités de certains départements. Le décret du 6 avril leur donna un nouvel élan. Les congrégations qui restaient encore debout furent en grande partie dissoutes, leurs membres dispersés, et les enfants des pauvres abandonnés au vice et à l'ignorance; et c'est ce qu'on appelait le bienfait de la révolution et le temps des lumières !

Restait encore l'ancien clergé, dont il n'était pas aussi facile de se défaire; mais sa perte était irrévocablement résolue, parce qu'on voulait détruire le christianisme. On commença donc par lui ôter tous ses appuis; ce qu'il était facile de faire, car, à force

(1) Tresyaux, Hist. de la Pers. révol., t. I, p. 340.

de représenter le clergé comme ennemi de la constitution, comme instigateur de troubles et de guerre civile, on avait excité contre lui toute la populace des villes et des campagnes. Pour les honnêtes gens qui étaient attachés à leurs anciens pasteurs, on ne les craignait pas, parce qu'on pensait qu'ils finiraient par céder, ou qu'ils seraient contenus par la force des

armes.

Le seul obstacle qui restait encore à vaincre était l'opposition du roi aux décrets que pouvait faire l’Assemblée contre le clergé. On résolut de le renverser, pour faire crouler le trône et l'autel à la fois, et l'on se mit immédiatement à l'oeuvre.

On commença par renverser les faibles barrières qui entouraient et protégeaient le trône. Pour attaquer le roi, on attaqua ses ministres. C'est la tactique des hommes d'opposition de tous les temps : on sait fort bien que les traits qu'on lance contre un ministre arrivent toujours au chef de l'État. On portait des plaintes tantôt contre l'un, tantôt contre l'autre; on les citait à la barre, pour leur faire rendre comple de leur gestion. Delessart, ministre des affaires étrangères, fut décrété d'accusation, renvoyé devant la haute cour d'Orléans; et cinq mois après il devait périr dans les massacres de Versailles. Le procès que lui fit l'Assemblée, sous prétexte qu'il avait compromis la dignité de la nation dans la question de la

guerre, est le

premier procès fait à Louis XVI. Les accusateurs attaquaient moins le ministre que le roi : les paroles de Vergniaud en sont une preuve bien frappante.

« De cette tribune où je vous parle, dit-il, on aperçoit le palais où des conseillers pervers égarent et

trompent le roi que la constitution nous a donné; je vois les fenêtres du palais où l'on trame la contrerévolution, où l'on combine les moyens de nous replonger dans l'esclavage..... La terreur est souvent sortie dans les temps antiques, et au nom du despotisme, de ce palais fameux : qu'elle y rentre aujourd'hui au nom de la loi ; qu'elle y pénètre tous les cours; que tous ceux qui l'habitent sachent que notre constitution n'accorde l'inviolabilité qu'au roi. Qu'ils sachent que la loi atteindra sans distinction tous les coupables, et qu'il n'y aura pas une seule téte convaincue d'être criminelle qui puisse échapper à son glaive (1)! »

Vergniaud parlait le langage des halles, le langage du faubourg Saint-Antoine; car une députation de ce faubourg s'était présentée le 12 février (1792) à la barre, pour dire à l'Assemblée :

« Nous vous prions de surveiller le château des Tuileries, où il existe encore plus d'un noble audacieux et plus d'un cardinal de Lorraine... Le réveil du lion (du peuple) n'est pas loin. Nous sommes prêts à purger la terre des amis du roi, et à le contraindre lui-même à ne plus nous tromper(2).»

Le roi, ne sachant plus de quels hommes s'entourer, se jeta dans le parti ennemi, et choisit son ministère parmi les girondins, dans l'espérance, soit de les gagner, soit de diminuer leur influence en les opposant aux jacobins; mais il n'obtint ni l'un ni l'autre avantage. Dumouriez fut placé aux affaires étrangères, Lacoste à la marine, Clavière aux finances, Duranthon à la jus

(1) Moniteur, séance du 10 mars 1792.
(2) Moniteur, séance du 12 février 1792.

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