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dans tous les départements où les directoires et les municipalités étaient bien intentionnés.

Ces congrégations, que l'Église avait multipliées à l'infini, à proportion des besoins de la société, avaient rendu des services immenses. Elles avaient fait de la France le pays le plus éclairé et le plus renommé de l’Europe. Les étrangers y venaient en foule, et s'en retournaient, après leurs études, dans leur patrie, pour y répandre l'instruction qu'ils avaient puisée dans nos savantes écoles. La France était comme le centre des lumières dont les rayons bienfaisants se répandaient jusqu'aux extrémités du monde. De toutes ces écoles, il ne restait plus guère, à l'époque qui nous occupe, que les congrégations de femmes ; et ce sont celles qu'on a principalement en vue par la loi qu'on veut faire.

Aux yeux des législateurs, elles sont coupables d'un grand crime, d'un crime impardonnable: c'est qu'elles enseignent aux enfants les principes d'une religion qu'on est résolu de détruire. On n'a pas contre elles, comme contre les prêtres, le prétexte de troubles religieux; car ces pauvres filles ne connaissaient que les troubles que souvent on venait apporter dans leurs couvents, au moment où elles étaient occupées de leurs prières ou de leurs devoirs.

Le 6 avril, jour du vendredi saint, plusieurs projets de loi devaient être mis en délibération ; il y en avait un entre autres très-important, qui concernait la marine; mais le député Merlin demanda avec instance le rapport sur les congrégations religieuses: Rien, selon lui, n'était plus urgent pour l'ordre public. Eh! qu'est-ce qu'il y avait donc d'urgent pour l'ordre public ? Les re

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ligieuses ne le troublaient pas ; elles tendaient, au contraire, à le raffermir, en enseignant de bons principes à la jeunesse, en calmant l'irritation des pauvres par des soulagements portés à leur misère : le prétexte n'était pas spécieux. Un député dont on ne dit pas le nom fut plus franc; il déclara qu'il était urgent de supprimer ces congrégations, parce qu'elles portaient dans les campagnes et insinuaient dans l'esprit des enfants le poison de l'aristocratie et du fanatisme. Voilà leur vrai et unique crime; elles enseignaient une religion dont on voulait faire disparaître les derniers vestiges, et on ne pouvait le faire qu'en dispersant toutes ces congrégations. Cela était pressant; aussi l'urgence fut-elle déclarée à l'instant même.

Le rapport était prêt; il avait déjà été présenté à l'Assemblée le 10 février (1), par M. Gaudin, qui avait énuméré toutes les maisons d'éducation, depuis la Sorbonne jusqu'à l'association des Sours Grises et des Frères de la Doctrine chrétienne. Il avait discuté l'origine et le but de chacun de ces établissements, s'attachant à démontrer que tous n'ont tendu qu'à perpétuer l'ignorance et l'imposture. Il fallait avoir de l'audace pour reprocher l'ignorance et l'imposture à ces corps savants qui avaient donné tant de preuves de leur savoir, et dont les ouvrages composaient une partie des bibliothèques publiques. Mais le 10 février on n'avait pas encore arrêté, à ce qu'il paraît, la destruction totale du christianisme; du moins la suppression des congrégations religieuses ne paraissait pas encore urgente, puisqu'on remit à un autre temps l'examen du rap

(1) Moniteur, séance du 10 février 1792.

port. Aujourd'hui où le projet de destruction est arrêté, l'affaire est plus urgente, et l'on s'en occupe immédiatement.

M. Gaudin lut son rapport, suivi d'un projet de décret dont le préambule était conçu en ces termes : « L'Assemblée nationale, considérant l'extrême décadence où sont tombées les études dans les congrégations séculières.... et l'inutilité de ces corps; considérant, d'un autre côté, le danger de laisser subsister plus longtemps les congrégations qui sont restées sans fonctions, et qui ne servent plus qu'à apporter des obstacles à la chose publique; après avoir décrété l'urgence, décrète définitivement.... » Son projet de décret supprimait toutes les congrégations enseignantes, sans en excepter aucune (1).

Lecoz, qui, de principal du collége de Quimper, était devenu évêque intrus d'Ille-et-Vilaine, fit quelques observations sur ce projet destructeur: « Environnés de ruines, dit-il, voulez-vous détruire encore? La religion et l'humanité n'ont pas de plus grands fléaux que les conquérants. » Un membre lui dit ingénument qu'il ne s'agissait plus du droit de supprimer, mais du mode de suppression; ce qui voulait dire que la suppression était résolue avant la discussion. Lecoz répliqua : «Vous ötez à six cent mille enfants les moyens d'apprendre à lire et à écrire. » Cette réflexion si juste n'arrêta pas un seul instant les législateurs; on lui répondit que les directoires y pourvoiraient, et aussitôt la discussion générale fut fermée.

M. Lagrevol, craignant qu'on n'épargnât les seurs

(1) Moniteur, séance du 6 avril 1792.

de la Charité, exprima le désir qu'on tournât le premier article de façon à détruire aussi les congrégations des filles vouées au services des malades. On est révolté des expressions dont il se sert pour désigner ces bonnes seurs, dont la religion et l'humanité ne parlent qu'avec vénération; il les traite de charlatanes, d'avocatesmédecines, d'apothicaires et de chirurgiennes; et prie l'Assemblée de ne pas laisser subsister cette vermine et ces établissements, qui sont le refuge des prêtres réfractaires. Sa proposition fut accueillie.

Torné, évêque intrus de Bourges, qui s'était tourné du côté des jacobins pour rouler le reste de sa vie dans la fange, s'empressa d'appuyer le projet de décret : « La saine politique, dit-il, demande la suppression des congrégations séculières. Toutes les corporations en général, ajouta-t-il, sont dangereuses; leurs membres vivent dans une secrète communion de pensées, d'opinions et d'intérêts; c'est ce qu'on appelle l'esprit de corps, et l'on sait que cet intérêt particulier est une diversion à l'intérêt général. »

Cependant il voudrait qu'on changeât quelque chose dans le considérant, qu'on effaçât le mot inutile. « Ce sont ici, dit-il, les disciples qui vont frapper un grand coup sur leurs maîtres. Puisqu'il faut briser le berceau de notre enfance littéraire, ne le brisons pas avec atrocité... Faut-il donner à des individus qui ont exercé des fonctions pénibles et utiles, un congé flétrissant ? Ce procédé est-il digne d'une grande nation? » En effet, la reconnaissance aurait dû retenir les législateurs. La plupart avaient eu pour maîtres les professeurs qu'ils traitaient d'une manière si cruelle; plusieurs devaient leur éducation à leur charité. Torné était sorti de la con

grégation des Doctrinaires; il avait même professé la philosophie à Toulon comme membre de cette congrégation. Mais l'irréligion l'emporta sur la reconnaissance. On voulait en finir avec le christianisme : rien n'était donc plus urgent que de se débarrasser des communautés qui l'enseignaient, et qui servaient de repaires aux prétres réfraclaires. Aussi la suppression des corporations séculières fut-elle prononcée immédiatement (1).

Torné ne s'arrêta pas en si beau chemin. Pour plaire aux jacobins, il voulut détruire tout ce qui pouvait rappeler le culte catholique. Il proposa donc de supprimer tout costume ecclésiastique, tout costume religieux, « parce que désormais, selon lui, il ne doit plus y avoir d'autres distinctions entre les citoyens que celle des vertus publiques.

« Cette abolition, a-t-il dit sérieusement, se présente aux législateurs comme une mesure commandée par une grande vue politique; tandis qu'aux yeux de l'homme superficiel, elle ne se présente que comme une miserable question de toilette. (Bravo!) Si, après la suppression de tous ces corps, dont la religion a encombré l'État, on voyait des costumes vaguer dans nos villes et dans nos campagnes, qui ne croirait voir errer des ombres ? Ces décorations posthumes ne seraientelles

pas des pierres d'attente de contre-révolutions ? » Cet encombrement d'un État si bien balayé, ces costumes qui vaguent, ces ombres, ces décorations posthumes, qui sont des pierres d'attente, ont excité un enthousiasme universel et dans l'Assemblée et dans les tribunes.

(1) Moniteur, séance du 6 avril 1792.

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