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membres, et l'on se sépara sans avoir pris aucune décision (1)

Ces discusions étaient pitoyables. Les philosophes, qui avaient conservé leur bon sens, jugeaient sévèrement l'Assemblée. André Chénier, jeune écrivain déjà distingué, porta sur ces sortes de débats le jugement qu'on va lire; on se souviendra que c'est un philosophe qui parle :

« Tous ceux, dit-il, qui ont conservé la liberté de leur raison, et en qui le patriotisme n'est pas un violent désir de dominer, voient avec beaucoup de chagrin que les dissensions des prêtres aient pu occuper les premiers moments de l'Assemblée nationale. Il serait temps que l'esprit public s'éclairât enfin sur cette matière. L'Assemblée constituante elle-même s'y est trompée. Elle a prétendu faire une constitution civile de la religion, c'est-à-dire qu'elle a eu l'idée de faire un clergé après en avoir détruit un autre. Qu'importe qu'une religion diffère d'une autre ? Est-ce à l'Assemblée nationale à réunir les sectes divisées, et à peser leurs différends ? Les politiques sont-ils des théologiens ?... Nous ne serons délivrés de l'influence de ces hommes, que quand l'Assemblée nationale aura maintenu à chacun la liberté entière de suivre ou d'inventer telle religion qu'il luf plaira; quand chacun payera le culte qu'il voudra suivre, et n'en payera point d'autre; et quand l'impartialité des tribunaux, en pareille matière, punira également les persécuteurs ou les séditieux de tous les cultes... Et les membres de l'Assemblée nationale disent encore que le peuple fran

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çais n'est pas encore assez mur pour cette doctrine ! Il faut leur répondre : Cela se peut; mais c'est à vous à nous mûrir par vos paroles, par vos actes, par vos lois ! Les prêtres ne troublent point les États quand on ne s'y occupe pas d'eux (1). »

Mais nos législateurs ne sont pas aussi sages. La liberté du culte catholique s'accordait mal avec la haine voltairienne qu'ils avaient vouée à ses ministres. Les séances du 26 octobre et des jours suivants furent consacrées de nouveau, en grande partie, à la discussion de la cause des prêtres non assermentés.

Ducos, qui était du parti des girondins et qui périra avec eux, commença la séance du 26 par un beau discours en faveur de la liberté religieuse; il demanda qu'on laissât les communes libres de choisir des curés et des vicaires non assermentés, à condition qu'elles seraient tenues de les payer et de supporter tous les frais du culte. Ainsi l'indemnité est déjà retranchée; mais les catholiques ne demandaient pas autre chose dans ces temps malheureux,

Fauchet, évêque du Calvados, que le respect pour ses anciens confrères, maintenant si malheureux, aurait dû empêcher de prendre la parole dans une question semblable, n'est pas aussi généreux que Ducos. Il les accuse de soulever les faibles esprits contre les lois, de souffler la guerre civile, d'entretenir le désir et l'espoir d'une contre-révolution.

« Ce n'est pas là une religion, s'écrie-t-il, c'est la plus grande des impiétés : elle est intolérable, puisqu'elle tend à la dissolution du corps social, et qu'elle

(1) Moniteur, 22 octobre 1791.

ferait du genre humain un troupeau de bêtes féroces. Le fanatisme (la religion) est le plus grand fléau de l'univers, il faut l'anéantir : la liberté n'est pas coinpatible avec cet asservissement brutal qui sanctifie la haine et déifie les tyrans. Voyez , ajoute-t-il, à quelles horreurs se portent au nom de Dieu ces détestables arbitres des consciences abusées, et comme ils réussissent à leur inoculer la rage contre leurs frères, comme la plus sainte des vertus! Ils voudraient nager dans le sang des patriotes, c'est leur douce et familière expression. (Applaudissement.) En comparaison de ces prêtres, les athées sont des anges. » (Bravo!)

Tel est le portrait que l'évêque intrús fait de ses anciens confrères, aux applaudissements d'une partie de l'Assemblée.

Cependant il ne veut pas qu'on les persécute : « Gardons-nous, dit-il, de les emprisonner, de les exiler, même de les déplacer ! Qu'ils pensent, disent, écrivent tout ce qu'ils voudront : nous opposerons nos pensées à leurs pensées, nos vérités à leurs erreurs, nos vertus à leurs calomnies, notre charité à leur haine. » (Applaudissements.)

Il trouve un autre moyen plus ingénieux de s'en débarrasser sans violence et sans persécution : c'est de les réduire par la faim. Il demande donc à l'Assemblée qu'on les prive de toute espèce de traitement ou de secours : « Par là, dit-il, ils seront contraints à embrasser une utile profession pour vivre, à devenir des commerçants et des

agriculteurs. La faim chassera bientôt ces loups dévorants d'une bergerie ils ne trouveront plus de påture. Le roi lui-même se dégoûtera de ces prêtres fanatiques qui torturent sa cons

cience, et se débarrassera de cette vermine de sa couronne. » L'orateur ne veut pas de persécution, dont le fanatisme est avide, que la philosophie abhorre, que la vraie religion réprouve, et qu'une assemblée nationale de France ne doit jamais ériger en loi. La persécution ne s'accorderait pas avec les droits de l'homme et du citoyen, ni avec la liberté des opinions, de la presse, ni avec la liberté des cultes. Retrancher aux prêtres non assermentés tout traitement, toute pension , et condamner à cinq ans de gêné ceux qui seraient convaincus de tentatives de troubles, tel est le moyen qui lui semble suffisant, et dont il se promet un grand succès; car il prétend qu'en supprimant la pension des réfractaires, plus des trois quarts s'attacheront à l'Église constitutionnelle, et demanderont de l'emploi. Le pauvre évêque ne savait plus ce que c'est qu'une conviction religieuse.

Le lendemain 27 octobre, un autre évêque intrus, celui de Bourges, nommé Torné, aussi peu favorable à la religion que son collègue, prend la défense des prêtres non assermentés, et s'exprime avec une franchise qu'on n'avait pas le droit d'attendre de lui. Il s'oppose de toute son énergie à la mesure cruelle qui serait de condamner le clergé non assermenté aux horreurs de la misère et de la faim, et qui empirerait les maux de l'État au lieu de les guérir. Il les justifie de tous les crimes dont on les accuse. Selou lui, ils ne sont pas criminels pour avoir refusé le serment, puisque la loi les laissait libres de le prêter ou de ne pas le prêter. Ils ne sont pas criminels pour professer des opinions différentes de celles des constitutionnels, puisque les opinions sont libres, et que chacun a le

droit de les publier. Ils ne sont pas criminels non plus en baptisant; en confessant, et en faisant des cérémonies religieuses dans des maisons particulières, puisque chaque citoyen a le droit de disposer de sa maison, d'y donner des festins, des concerts, des spectacles, des jeux permis ou des évocations magiques. Quels sont donc, selon lui, les vrais coupables ? Ce sont ceux qui par intolérance veulent empêcher ces sortes de cérémonies. S'il y a parmi les prêtres non assermentés des factieux, des perturbateurs, qu'on les livre aux tribunaux, qu'on les juge et les condamne suivant les lois générales. Mais les envelopper tous dans une même proscription, les condamner à l'exil, à la misère, ce serait, selon lui, une cruauté et le comble de l'injustice. Il veut au contraire qu'on leur accorde une entière liberté. « Pourquoi, dit-il encore, leur refuserait-on la célébration des saints mystères, dans des lieux où l'on permettrait aux païens de célébrer les mystères d'Isis et d'Osiris, au mahometan d'invoquer son prophète, au rabbin d'offrir ses holocaustes? » Ces raisons frappaient par leur évidence, et ne laissaient lieu à aucune réplique. L'orateur ne descendit pas de la tribune sans avoir indiqué la vraie cause des troubles et le moyen de les apaiser. Ces troubles, selon lui, viennent de l'aigreur des esprits ; il faut les adoucir. Ils viennent de la contrainte qu'on a imposée aux non assermentés, à l'égard de leur culte; il faut leur donner plus de latitude. Ils viennent de l'inaction des pouvoirs constitués; il faut leur inspirer plus de vigueur. Ils viennent de l'intolérance des peuples, qui ne veulent souffrir que leur culte; il faut les instruire, et les affermir dans les maximes de tolérance. Son avis est donc de donner avant

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