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Dieu, qui n'était plus reconnu au temple des jacobins.

« La superstition, dit-il, est un des appuis du despotisme; mais ce n'est pas induire les citoyens dans la superstition que de prononcer le nom de la Divinité. J'abhorre autant que personne toutes ces sectes impies qui se sont répandues dans l'univers pour favoriser l'ambition, le fanatisme, et toutes les passions, en se couvrant du pouvoir sacré de l'Éternel, qui a créé la nature et l'humanité : mais je suis bien loin de la confondre avec ces imbéciles dont le despotisme s'est armé. Je soutiens, moi, ces éternels principes sur lesquels s'étaye la faiblesse humaine pour s'élancer à la vertu. Ce n'est point un vain langage dans ma bouche, pas plus que dans celle de tous les hommes illustres, qui n'en avaient pas moins de morale pour croire à l'existence de Dieu. (Violent murmure, cris A l'ordre du jour!)

<< Non, messieurs, vous n'étoufferez pas ma voix; il n'y a pas d'ordre du jour qui puisse étouffer cette vérité : je vais continuer de développer un des principes puisés dans mon cœur... İnvoquer la Providence, et émettre l'idée de l'Être éternel qui influe essentiellement sur les destinées des nations, qui me paraît, à moi, veiller d'une manière toute particulière sur la révolution française, n'est point une idée trop hasardée, mais un sentiment de mon coeur, un sentiment qui m'est nécessaire à moi, qui, livré dans l'Assemblée constituante à toutes les passions et à toutes les viles intrigues, et environné de si nombreux ennemis, me suis toujours soutenu. Seul avec mon âme, comment aurais-je pu suffire à des luttes qui sont au-dessus de la force humaine, si je n'avais point élevé mon âme à

Dieu? Ah! certes, je vous en atteste tous, s'il est un reproche auquel je sois inaccessible, c'est celui qui me prête des injures au peuple; et cette injure consiste en ce que j'ai cité aux sociétés la Providence et la Divinité. Certes, je l'avoue, le peuple français est bien pour quelque chose dans la révolution : sans lui, nous serions encore sous le joug du despotisme. J'avoue que tous ceux qui étaient au-dessus du peuple auraient volontiers renoncé pour cet avantage à toute idée de la Divinité : mais est-ce faire injure au peuple et aux sociétés affiliées, que de leur parler de la protection de Dieu, qui, selon mon sentiment, nous sert si heureusement (1)?

Les membres du club n'étaient guère touchés des paroles de Robespierre; ils l'accueillirent par d'insolentes clameurs. Le dogme de l'existence de Dieu avait de la peine à trouver place dans le nouveau culte. On voit par là pourquoi M. de Moy a été si bien accueilli par les jacobins. Ses doctrines entraient dans leurs vues, si elles ne venaient pas de leurs inspirations.

La destruction du christianisme était donc le grand projet du jour, sauf à examiner ensuite ce qu'on pourrait lui substituer. Mais, pour y parvenir, il était nécessaire de se défaire des prêtres catholiques; car, tant qu'ils restaient sur le sol de la patrie, on ne pouvait songer à une destruction complète de la religion chrétienne. Leur ombre rappelait encore les vérités de l'ancien culte. On résolut donc de se défaire de l'ancien clergé par quelque moyen que ce fût. Car, pour le nouveau; on ne le redoutait pas, on savait

(1) Hist. parlem., t. XIII, p. 444.

qu'il ne présenterait aucun obstacle, qu'il irait même, en temps et lieu, au-devant des désirs des jacobins : M. de Moy en avait donné une preuve. Le clergé catholique seul donnait de l'embarras, parce que seul il offrait de l'obstacle. C'est pourquoi sa perte était jurée. Les jacobins ne s'en cachaient pas. Dans une discussion, au club, sur les prêtres réfractaires, Legendre, homme grossier mais 'franc, exprima bien clairement en style d'abattoir la pensée et la résolution du club.

Que le prêtre réfractaire soit puni sévèrement, ditil; qu'il porte sa tête sur l'échafaud ou son corps aux galères. Qu'on s'abstienne de le déporter. S'il y a chez nous un insecte dont le venin est dangereux, il ne faut pas l'envoyer chez nos voisins. A Brest, il existe des bateaux construits de telle manière que, lorsqu'ils sont remplis d'immondices, ils vont en rade. Eh bien! arrangeons de même les prêtres; et, au lieu de les envoyer en pleine rade, envoyons-les en pleine mér; qu'elle les submerge même, s'il le faut. Quand un cultivateur trouve une chenille, il la met sous son pied.... (1). »

C'est une affreuse parole, mais elle n'est point isolée : Legendre est l'interprète, peut-être indiscret mais fidèle, de la pensée du corps auquel il appartient. Ce n'est pas non plus une parole vaine, elle tient à un système qui s'est développé dans les premiers mois de l'année 1792, et qui est maintenant bien arrêté : c'est la destruction complète du christianisme, selon le veu mille fois exprimé du dix-huitième siècle. Pour

(1) Gabourd, Hist. de la Révol., t. II, p. 188.

le réaliser, il est nécessaire de sacrifier le clergé catholique : eh bien ! il sera sacrifié, et offert en holocauste aux nouveaux dieux. Si le roi s'y oppose, il sera renversé. Projet affreux, puisqu'il laissait l'homme sans conscience et la société sans base; mais il n'en est pas moins réel. Les prêtres sont poursuivis, non comme auteurs de troubles, mais comme appuis d'une religion qu'on veut détruire. Telle est la véritable cause de tant de persécutions qu'on suscite au clergé.

Pour réaliser ce projet au plus tôt, on détruit et l'on disperse tous les appuis du christianisme. Or, il y avait encore à cette époque, outre les ecclésiastiques non assermentés, des corps enseignants, où l'on comptait des hommes instruits et dévoués. Les frères de la Doctrine chrétienne tenaient l'enseignement primaire; les prêtres de l'Oratoire dirigeaient les colléges; les congrégations de Saint-Sulpice et de Saint-Lazare formaient, dans les séminaires, le jeune clergé à la science et à la vertu. Venaient ensuite les sociétés savantes, comme celles de Sorbonne et de Navarre; puis, on avait en France une foule de congrégations de femmes qui se dévouaient à l'éducation des jeunes personnes ; on y distinguait celles des Filles de Saint-Vincent-dePaul, qui, tout en consacrant leur existence à celle des malades, trouvaient encore le moyen de donner de l'instruction aux jeunes enfants de la classe pauvre, et de leur apprendre à travailler et à gagner honnêtement leur vie, comme elles le font encore aujourd'hui.

Toutes ces congrégations, livrées, soit à l'enseignement, soit au service des pauvres, avaient été épargnées par l'Assemblée constituante. En retirant la sanction civile aux veux monastiques, en donnant

aux religieux la liberté de sortir de leur ordre et en réduisant le nombre de leurs monastères, elle avait expressément excepté de son décret les maisons chargées de l'éducation publique et les établissements de charité. Sa pensée ne s'arrêtait pas là sans doute ; elle allait déjà jusqu'à la suppression de ces sortes d'établissements, comme on le voit par les termes du décret : « Rien ne sera changé, avait-elle dit, jusqu'à présent, à l'égard des maisons chargées de l'éducation publique, et des établissements de charité, et ce jusqu'à ce qu'il ait été pris un parti sur cet objet (1). Dans ce moment-là elle ne pouvait se résoudre à supprimer des établissements dont elle reconnaissait les services et l'utilité, et qu'elle ne savait comment remplacer.

Il est vrai que les congrégations, et surtout celles des hommes, étaient désorganisées et leurs membres dispersés, parce qu'ils n'avaient pas voulu prêter le serment à la constitution civile du clergé. Les lazaristes, les sulpiciens, chargés des séminaires, n'enseignaient plus. La Sorbonne, qui avait fait entendre sa voix dans la question du serment, avait reçu de la municipalité l'ordre de suspendre ses cours; les universités d’Aix et de Caen, etc., étaient dans le même état. Un grand nombre d'ecclésiastiques et même de laïques avaient été renvoyés des colléges pour la même cause. Il n'y avait plus que les congrégations consacrées à l'instruction primaire, comme celle des Frères de la Doctrine chrétienne , puis les nombreuses congrégations de femmes, qui continuaient leur ouvre de bienfaisance

(1) Décret du 15 février 1790.

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