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mais elle ressort de leurs discours et de leurs démarches; elle se manifeste surtout dans les clubs. Un ancien constituant, initié dans les mystères des clubs, disait vers cette époque, à des personnes qui se plaignaient de l’immoralité du nouveau clergé : « Eh! c'est précisé. ment ce que nous voulons; quand le peuple sera bien dégoûté de ces vils apostats, nous lui dirons : Vous êtes bien sot de vous épuiser pour des hommes que yous méprisez! laissez-les à la charge de ceux qui veulent les employer. Nous aurons pour nous les juifs, les protestants, les déistes, les athées, et peut-être les vrais catholiques ; nous aurons la majorité de la nation, qui trouvera fort doux de se voir délivrée d'un impôt onéreux qui pèse sur le peuple, et qu'il ne peut plus supporter (1).» L'abbé Royou, qui a recueillice propos, en garantit l'authenticité. Oui, à l'époque où nous sommes arrivés, la destruction du christianisme est bien résolue dans l'esprit des législateurs et de leurs adhérents : il y a accord unanime à ce sujet. On ne savait pas encore quoi y substituer, mais on s'en occupait déjà; et l'on entendait prononcer par-ci par-là les mots de grand Étre, de religion de la nature, d'autels civiques, d'autels de la patrie; on parlait d'un nouveau culte; on regrettait les temps où le christianisme n'existait pas encore , et où régnait une parfaite paix; on regrettait ces autels dressés au milieu des champs, couverts de feuillages, sur lesquels on offrait à la Divinité bienfaisante quelques fruits de la terre.

« Le sentiment des premiers hommes, dit un orateur à la tribune (Français de Nantes), fut d'admirer

(1) Tresvaux, Hist. de la Persécution révol., t. I, p. 490.

nous a

l'ordre sublime de la nature; et l'un de leurs premiers besoins, de rendre hommage à son inconcevable auteur. Tant qu'ils se livrèrent à ces inspirations naturelles, tant qu'ils se bornèrent à élever au milieu des champs des autels couronnés de feuillages, et que, paisibles ministres d'un Dieu bienfaisant, leurs innocentes mains offrirent de simples fruits à la Divinité, la paix régna sur la terre. Mais bientôt il s'éleva des hommes qui leur dirent : Le grand Être s'est montré à nous, et il

dit

que c'est de ce côté que vous devez tourner vos autels, que vous devez lui présenter yos offrandes et obseryer telle cérémonie. D'autres hommes non moins ambitieux s'écrièrent : Ne croyez pas ces imposteurs ! nous seuls communiquons avec le grand Être; il nous a ordonné de vous dire que vous ne devez consumer que des parfums, ne pratiquer que notre culte : tout autre est abominable... On les yit alors former cette théocratie monstrueuse qui avait placé sous la sauvegarde de l'Évangile le premier anneau de la servitude de vingt peuples malheureux par eux (i). »

Ces paroles sont bien claires; on veut revenir à ces prétendus anciens temps où régnait la paix , abolir la théocratie monstrueuse, et dresser des autels au milieu des champs : on s'en occupait sérieusement.

Un membre du clergé constitutionnel, M. de Moy, curé intrus de Saint-Laurent à Paris, celui que nous avons yu figurer au Champ de Mars, en prit l'initiative. Il publia un livre qu'il répandait à profusion, sous le titre : Accord de la religion et des cultes chez une na

(1) Moniteur, 28 avril 1792.

tion libre. Dans ce petit ouvrage, fait pour la circonstance, il répudiait le culte dont il était ministre, comme superstitieux, barbare, gothique : les mystères de la religion chrétienne étaient tournés en ridicule ; le culte qu'il établissait était bien celui de la nature, car il respirait l'indécence, la mollesse, jusque dans les funérailles ; les cérémonies consistaient en spectacles profanes, et en fêtes qui se rapprochaient plus ou moins du paganisme.

Cet écrit, qui tendait à faire disparaître le culte constitutionnel aussi bien que le culte catholique, excita des réclamations universelles. Les curés intrus de Paris, qui, d'après le plan de M. de Moy, devaient perdre leur place, qu'ils avaient obtenue au prix du sacrifice de leur foi et peut-être malgré les cris de leur conscience, se déclarèrent unanimement contre leur confrère , et publièrent différentes brochures pour réfuter son livre. Les paroissiens de Saint-Laurent, se rassemblèrent, assaillirent le presbytère, voulant pendre M. de Moy, dont l'impiété les révollait : mais il trouva moyen de s'échapper. On voit que les paroissiens de Saint-Laurent n'étaient pas encore mûrs pour le nouveau culte de leur curé; mais on les múrira, et le plan de M. de Moy sera réalisé plus tard : on ira même au delà de ses désirs. Ce qui étonnait le plus dans cette affaire, c'était le silence du prétendu évêque de Paris : on se plaignait de ce qu'il laissait en place un curé qui avait publié un écrit aussi irréligieux. Mais Gobel, qui faisait sa cour aux jacobins et qui passait une partie de son temps dans leur club, n'aurait pas osé destituer le curé de Saint-Laurent, car celui-ci avait l'appui des jacobins : il est même permis de croire qu'il a publié son livre d'après leurs inspirations, puisque, pour le récompenser, ils le nommèrent à l'Assemblée législative. Là, il développa son plan à la tribune nationale; il proposa d'effacer de la loi le culte constitutionnel aussi bien que le culte catholique; de ne plus payer aucun ministre des autels, et de substituer à tous ces cultes des fêtes et des spectacles qu'il appelait patriotiques; car il gémissait de voir que des débris du colosse de l'ancien clergé on a fait une statuetle, sous le nom de clergé constitutionnel (1).

En effet, les jacobins songeaient depuis longtemps à substituer un nouveau culte au christianisme détruit. Le culte constitutionnel n'était, à leurs yeux, qu'un moyen de transition, un moyen de se défaire du christianisme : il n'était pas mal choisi. Le culte schismatique conduisait directement à la destruction de toute religion. Mais les jacobins n'étaient pas d'accord entre eux; un certain nombre tenaient encore à quelques débris de l'ancien culte, à quelques dogmes impérissables, et ils se faisaient gloire de s'y rattacher ; d'autres allaient jusqu'au bout, et rejetaient hardiment lous les dogmes de l'ancienne superstition. Cependant, dans ce dernier parti, il y avait encore quelques hommes qui s'arrêtaient devant le dogme de l'existence de Dieu. On vit à ce sujet, au club des jacobins, une séance orageuse et brutale : nul homme, dit-on, ne peut peindre l'agitation violente qui y régnait. Gobel, le prétendu évêque de Paris, qui assistait assidûment

(1) Moniteur, séance du 16 mai 1792. Sa pensée, recueillie par les contemporains, est rendue peu fidèlement par le Moniteur. Voy. Hist. du Clergé depuis la convocat., t. III, p. 262.

à ce club, et qui ce jour-là occupait le fauteuil, fút obligé de se couvrir pour obtenir tant soit peu de calme. En voici l'occasion. Le roi de Suède avait été frappé par le fer d'un assassin ; l'empereur Léopold venait de mourir : Robespierre, qui ne connaissait encore que ce dernier événement, le représentait dans une adresse comme venant de la Providence, qui a voulu sauver la révolution malgré les menaces de l'étranger, les efforts des prêtres, qui secouaient les torches du fanatisme et de la discorde; et malgré les complots des directoires perfides, ennemis de la révolution, et la trahison de la cour.

Guadet, qui avait poussé l'irréligion jusqu'à l'athéisme, était choqué d'entendre sortir de la bouche de Robespierre le mot de Providence : il s'en plaignit à la tribune des jacobins.

« J'ai entendu souvent dans cette adresse, dit-il, répéter le mot de Providence; je crois même qu'il y est dit que la Providence nous a sauvés malgré nous. J'avoue que, ne voyant aucun sens à cette idée, je n'aurais jamais pensé qu'un homme qui a travaillé avec tant de courage pendant trois ans pour tirer le peuple de l'esclavage du despotisme, pût concourir à le remettre ensuite sous l'esclavage de la superstition. (Applaudissements et murmures.)

On voit quels pas gigantesques on avait faits dans la voie de l'impiété, puisqu'on n'osait plus prononcer le mot de Providence sans passer pour un superstitieux. Il n'est pas étonnant qu'on ne voulût plus de culte. Robespierre, tout impie qu'il était, n'avait pas encore poussé le cynisme aussi loin ; il osà soutenir, au milieu d'un effroyable vacarie, le dogme de l'existence de

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