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dans ce département, le député Laureau, membre du directoire de l'Yonne, prit la parole pour signaler les vrais coupables, et le moyen de mettre fin aux troubles dont on se plaignait. Le peu de paroles qu'il a prononcées sont la justification complète des ecclésiastiques accusés :

« Les brigandages effrayants, dit-il, qu'on exerce dans le département du Cantal exigent enfin que vous attaquiez le mal dans sa source : jusqu'ici vous n'avez usé que de palliatifs, vous n'avez employé que des demi-mesures. On vous dit que ces troubles sont l'effet de la haine et des complots aristocratiques et sacerdotaux. Mais réfléchissez un moment, et voyez s'il est dans la nature que ces aristocrales fassent brûler leurs châteaux et ruiner leurs possessions; s'il est dans l'intérét des prétres d'armer des brigands qui veulent les égorger. Il est donc d'autres ennemis que ceux qu'on vous indique; el ces ennemis sont la licence, le brigandage, la dépravation, qui se sont emparés des mauvais citoyens; car les bons citoyens 'ne ravagent pas leur patrie; or, des mauvais citoyens pillant et brûlant sont les ennemis de l'État. Que devez-vous faire contre ces ennemis publics ? Déployer la force publique, rassurer par sa protection non-seulement les habitants du Cantal, mais ceux de tout le royaume. Il faut attaquer les séditieux, les traiter en ennemis, les poursuivre partout où ils seront, les livrer au glaive des lois, et effrayer leurs imitateurs par leur prompte punition. »

C'est ainsi que s'est exprimé le député Laureau dans un mouvement de juste indignation ; ses raisons, exposées avec énergie, ne laissaient lieu à aucune réplique. Il était évident que les nobles ne pouvaient pas

être les auteurs des séditions qui avaient pour résultat de réduire leurs châteaux en cendres; il était évident que les prêtres n'avaient aucun intérêt à soulever des brigands qui venaient les égorger. Aucun homme doué de quelques rayons de l'intelligence humaine ne pouvait le supposer. Les faits d'ailleurs le prouvaient d'une manière à ne laisser de doute dans l'esprit de personne. La ville de Lyon en fournissait à cette époque de bien tristes preuves. Les catholiques de cette cité, profitant de la liberté des cultes décrétée par l'Assemblée, se réunissaient les jours de dimanche et de fêtes dans les églises de différentes communautés religieuses, et célébraient leur culte avec d'autant plus de ferveur que la religion était menacée. Au mois de mars, lorsqu'ils se préparaient à leur devoir pascal, ils furent troublés, à diverses reprises, dans leurs exercices de piété. Des attroupements se formaient devant les églises, quelques bandits y entraient, y faisaient du tapage, et insultaient les assistants. De là des disputes, des rixes, qui ne pouvaient se terminer qu'avec le secours de la force armée. Mais, le 25 et le 26 mars, les églises des communautés furent attaquées toutes à la fois; il y eut des violences commises et des vengeances exercées. La municipalité, comme cela se pratiquait dans bien des villes, au lieu de s'en prendre aux auteurs du désordre, s'en prit aux catholiques, et les punit par la privation de l'office. Un arrêté du 26 mars fermait toutes les églises des couvents (1).

Comme le directoire du département n'avait encore rien statué, les fidèles se réunirent le jour de Pâques,

(1) Morin, Hist. de Lyon, t. II, p. 55 61.

qui était le 8 avril, dans l'église de Sainte-Claire. En sortant de la

messe,

les femmes furent attaquées et li: vrées à des violences odieuses et outrageantes, comme celles que nous avons vues à Paris. Voici en quels termes les expose un jeune homme, témoin oculaire :

« J'ai vu à la porte de nos temples l'innocence insultée

par

le crime, la faiblesse opprimée par la force, et la pudeur violée par

la brutalité. J'ai vu des citoyens paisibles tout à coup assaillis par une horde de brigands , le sexe le plus intéressant et le plus faible devenu l'objet d'une persécution féroce, nos femmes et nos filles traînées dans la boue de nos rues, publiquement fouettées et horriblement outragées. O image qui ne s'effacera jamais de ma mémoire ! j'ai vu l'une d'entre elles, baignée de pleurs, dépouillée de ses vêtements, le corps renversé, la tête dans la fange; des hommes l'environnaient; ils froissaient de leurs mains impures ses membres délicats; ils abîmaient leur victime de douleur et de honte. L'infortunée ! j'apprends qu'elle expire à cette heure, et son dernier soupir est une prière pour les bourreaux ! Voilà ce que j'ai vu , et j'ai vu plus encore... J'ai vu tant d'horreurs commises et non réprimées, le scandale à son comble et l'autorité dans le silence, le méchant enivré d'audace et puissant par l'impunité. »

L'auteur s'adresse ensuite aux officiers , et leur fait les plus amers reproches :

« Vous paraissez vous-mêmes, leur dit-il, au milieu de ces sanglantes scènes, mais presque toujours comme passagers, et rarement comme magistrals. Un instinct admirable et sûr vous amène sur les traces de ces violences; vous écartez les scélérats comme on congédie

des amis ; vous caressez avec la main une horde qu'il faudrait repousser avec le fer. La rudesse de votre ton et la sévérité de vos ordres sont toutes réservées pour les innocents qui furent les occasions des violences, ou pour les infortunés qui en furent les victimes; c'est à de pauvres religieuses éperdues que votre courroux s'adresse. »

L'auteur attaque ensuite, par quelques réflexions simples, l'odieux système de laisser les brigands tranquilles et de punir les victimes; système qui était celui de l'Assemblée nationale aussi bien que

de la municipalité de Lyon.

« Il faut le dire cependant, continue-t-il, votre ingénieuse prudence vous suggère un moyen simple de terminer les tumultes : vous fermez les églises qu'on violait; vous y imprimez le sceau de la loi, et partez en disant que la paix est assurée et la justice rendue. Mais, ô cruelle justice! ô protection dérisoire ! on ne sait maintenir la sécurité de mon culte qu'en m’interdisant tout culte; on ne sait m'affranchir du souci des voleurs qu'en me ravissant tout mon trésor : c'est l'innocent qui suit la loi, dont on achève l'infortune; c'est le brigand qui la viole, dont on comble tous les veux. Il voulait , ce brigand , m'interdire

par

la terreur une action légitime, et on vient me l'interdire par l'autorité ! c'est-à-dire que le magistrat n'a rien fait autre chose qu'accomplir les désirs du méchant, qu'imprimer à ses fureurs un caractère légal, et me punir de la malice de mon ennemi, au lieu de m'en venger. Ahl est-ce là donc protéger le citoyen (1)? »

(1) Morin, Hist. de Lyon, t. II, p. 61.

Il n'y avait rien à répondre à ces arguments. Les dénonciations contre les prêtres n'avaient pas d'autre fondement; on les dénonçait pour des crimes dont ils étaient victimes, et dont on aurait dû les venger. Mais il у

avait au fond des cours de nos magistrats et de nos philosophes législateurs une autre pensée, la destruction du christianisme, selon le vou des philosophes du dix-huitième siècle.

Une partie de l'Assemblée constituante, dirigée et enflammée par l'éloquence de Mirabeau, a déjà eu ce projet ; elle espérait pouvoir l'exécuter en donnant la constitution civile du clergé; mais elle a rencontré des obstacles imprévus et invincibles dans la fidélité du clergé et dans l'opposition de ses propres membres; elle n'a pu établir qu'un schisme. Aujourd'hui, les circonstances sont changées ; le clergé catholique est affaibli, dispersé, emprisonné; les membres de l'Assemblée sont tous, à quelques rares exceptions près, ennemis du christianisme; en cela ils sont même plus avancés que Voltaire, qui voulait des prêtres pour ce qu'il appelait la canaille (1). Mais la canaille a déjà secoué le joug; le peuple des grandes villes est mûr pour la destruction du culte : il n'y a plus d'opposition sérieuse à redouter. Pour les populations appelées fanatiques , on leur donnera d'autres principes, ou on les soumettra par la force des armes. Les membres de l'Assemblée forment donc la résolution d'achever l'œuvre de la Constituante, et de faire disparaître le christianisme jusqu'à ses derniers vestiges. Ils n'osent pas la manifester ouvertement,

(1) Correspondance générale, lettre à d'Argental, 27 avril 1763.

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