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et dès lors nous sommes innocents non-seulement aux yeux de Dieu, mais aux yeux même de la loi (1). »

Le roi n'avait pas besoin de ces sortes d'adresses pour savoir à quoi s'en tenir relativement aux plaintes qu'on élevait contre le clergé : son innocence lui était bien connue ; aussi fût-ce par un sentiment de justice qu'il s'était opposé à l'exécution de la loi du 29 novembre 1791. Il désirait ardemment maintenir la liberté du culte catholique, qu'il regardait comme le dernier boulevard de la société et du trône. Il avait envoyé en province nombre de proclamations pour recommander de laisser les cultes libres. Ses ministres, tant qu'il conseryait un reste d'autorité sur eux, l'aidaient de tout leur pouvoir, et envoyaient des circulaires aux directoires des départements et aux commissaires du roi auprès des tribunaux, pour les engager à maintenir la liberté du culte catholique et à protéger ses ministres.

Ces circulaires et ces proclamations produisaient un bon effet dans les départements où l'autorité royale était encore respectée, et où les corps administratifs et judiciaires étaient composés de personnes honnêtes; mais ils ne produisaient que du mécontentement dans ceux où le parti révolutionnaire était dominant. Ainsi, nous voyons arriver à l'Assemblée législative une députation de la Nièvre, se plaignant d'une proclamation du roi qui mettait obstacle à l'exécution de leurs arrêtés contre les prêtres réfractaires. Le vicaire épiscopal se joint à la députation pour représenter les prêtres comme séditieux, perturbateurs du repos public, et

(1) Nouveau compte rendu au Roi, p. 4-12.

ennemis jurés de la constitution : il prétend que rien n'est plus opposé à l'intérêt du département que la proclamation du roi (1). On voit par cet exemple, auquel il serait facile d'en ajouter d'autres, que les circulaires des ministres et les proclamations du roi en faveur de la liberté religieuse n'étaient pas du goût des révolutionnaires de certains départements; elles n'étaient pas non plus du goût de l'Assemblée nationale, qui avait émis des voeux si opposés dans la loi du 29 novembre; chaque proclamation en faveur de la liberté était regardée par elle comme une insulte à son honneur et à ses lumières, et excitait la fureur de ses membres, comme de tous ceux de leur parti. Fauchet, l'évêque intrus du Calvados, qui avait été si cruellement flagellé par un de ses collègues dans la discussion de la loi du 29 novembre, ne pouvait pardonner au ministre Delessart les circulaires qu'il avait adressées au directoire du Calvados, et l'ordre qu'il avait donné de payer la pension des prêtres non assermentés. Il attaqua ce ministre en pleine tribune à ce sujet, et lui fit un crime d'avoir dit, dans une de ses circulaires : « Le décret du 29 novembre est incompatible avec les mæurs françaises et les principes d'une constitution libre (2).

Le ministre n'eut pas de peine à confondre l'évêque intrus; mais la protection qu'il accordait aux prêtres catholiques n'en déplaisait pas moins à l'Assemblée, et c'est de là que date la haine qu'on lui porte et qui le mènera à sa perte.

(1) Moniteur, séance du 10 mai 1792. (2) Ibid., séance du 3 décembre 1791.

Le roi n'ignorait pas le dépit de l'Assemblée, il en avait reçu assez de preuves; mais il ne s'écarta pas de sa ligne de conduite. Il soutint avec fermeté la liberté du culle catholique; et s'il n'a pas eu le pouvoir de s'opposer aux mesures vexatoires de certains départements, il ne manquait pas du moins de les improuver. Nous en trouvons un témoignage dans le rapport que fit à l'Assemblée le ministre de l'intérieur, Cahier de Gerville, qui avait succédé dans ce ministère à Deléssart:

« Dans tous les départements, dit-il, la liberté des cultes a été plus ou moins violée; les administrateurs ont pris des arrêtés vexatoires que le roi ne peut s'empécher de condamner, comme contraires à la constitution. Leur erreur s'excuse par la difficulté des circonstances. Ils ont mis au-dessus de la loi ce qu'ils ont regardé comme l'intérêt public. Ils ne se sont pas assez pénétrés de cette vérité, que, quand la loi est faite, le salut public est dans sa rigoureuse observation (1).»

Le ministre excuse les administrations départementales par la difficulté des circonstances, comme s'il y avait des circonstances qui permissent de sévir contre des innocents ! Au reste, le ministre, imbu des principes philosophiques du jour , met peu d'importance à la religion : Peu importe, dit-il, à l'État qu'un homme aille à la messe ou n'y aille pas. Il n'y a point de religion nationale (2). Tels n'étaient sûrement pas les principes de Louis XVI.

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Mais le ministre est obligé de reconnaître, malgré le fanatisme qu'il reproche aux prêtres non assermentés, qu'ils sont innocents ; il en apporte des preuves irrécusables que l'expérience lui avait fournies. « Je n'ai eu connaissance, dit-il, d'aucun prêtre puni par les tribunaux comme perturbateur du repos public, quoique plusieurs aient subi des accusations. »

Voilà une réponse péremptoire à toutes les dénonciations faites contre les prêtres réfractaires. Depuis longtemps on les accuse d'exciter des troubles par leur fanatisme; ils ont autour d'eux mille ennemis qui les surveillent, qui cherchent même à deviner leurs secrètes pensées, et pas un seul n'a été trouvé coupable devant les tribunaux. C'est un ministre philosophe qui le dit hautement à une assemblée réduite au silence.

Le ministre les décharge encore de deux autres griefs extrêmement graves, dont leurs ennemis avaient fait grand bruit. D'après les rapports officiels qu'il avait reçus de toutes les parties du royaume, il dit : « Effaçons encore du tableau des troubles religieux les réproches qu'on leur fait d'exciter le peuple à l'insurrection, de favoriser les obstacles apportés à la circulation des subsistances et à la perception des impôts.

Quelle est donc la cause des troubles religieux ? Le ministre l'indique assez clairement :

« Je ne crois pas, dit-il, qu'il y ait une seule ville dans laquelle la clôture des églises, des monastères, n'ait occasionné quelques troubles, ou du moins provoqué des réclamations. » Quel est le remède à ces troubles ? L'expérience l'a signalé au ministre, et il en fait part à l'Assemblée : « Il faut observer qu'en général, dit-il, la paix a été conservée dans les lieux où les églises

»

non paroissiales sont restées ouvertes, surtout dans les villes où il y en a un grand nombre; et j'aime à citer pour exemple la ville de Paris, où tout est parfaitement tranquille sous ce rapport depuis que toutes les églises particulières, précédemment fermées, ont été rendues à ceux qui les désiraient, Je vois, au contraire, qu'il y a eu des agitations plus ou moins fortes dans les villes où elles ont été fermées par l'ordre des corps administratifs (1). »

Ainsi, le gouvernement reconnaissait l'innocence du clergé catholique, et ne se méprenait pas sur la vraie cause des troubles. Le ministre, qui n'est rien moins que religieux, dit hautement à l'Assemblée que, parmi tant de prêtres si souvent dénoncés, accusés de révolte et poursuivis devant les tribunaux, on n'a pas encore trouvé un seul coupable.

L'Assemblée ne croyait pas non plus à la culpabilité des prêtres, quoiqu'elle les eût traités de factieux, de fanatiques, et qu'elle eût porté contre eux une loi sévère. Non, elle n'y croyait pas. Il est possible que quelques membres se soient laissé aveugler par les dénonciations venues de la province; mais la grande majorité de l'Assemblée savait bien ce qu'elle devait penser relativement à la conduite des ecclésiastiques. Plusieurs orateurs, parmi les plus éminents que nous avons déjà entendus, ont déclaré franchement qu'ils ne les croyaient pas coupables. Dans la séance du 29 mars, sur une plainte envoyée par les administrateurs du Cantal, relativement aux troubles qui avaient éclaté

(1) Une partie de ces paroles ne se trouve pas dans le Moni teur; mais elles ont été prononcées, et recueillies par des auteurs contemporains.

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