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intrus qui, abreuvés de dégoûts, avaient quitté leurs siéges, soit en donnant leur démission, soit en prenant la fuite, mais qui n'en ont pas moins persévéré dans le schisme : je ne veux parler que de ceux qui sentaient dans l'intérieur de leur coeur toute l'horreur du schisme et de l'intrusion ; ils étaient au nombre de six. Rougissant des vices, de l'ignorance et de la dépravation de ceux qu'ils avaient admis dans le ministère et autour de leurs personnes, ils se mirent secrètement en rapport avec le père commun des fidèles, et en reçurent les réponses les plus paternelles. Leur correspondance, que l'abbé Barruel a eue sous les yeux, doit se trouver encore dans les archives de la cour romaine (1). On espérait chaque jour qu'ils se rélracteraient; le pape lui-même était dans cette espérance. Ce fut sans doute pour les aider et les encourager que Pie VI envoya, en date du 19 mars 1792, un nouveau bref au clergé de France. On aurait de la peine à comprendre la douceur de ce bref envers le clergé constitutionnel, dans un temps où il méritait toute la sévérité du pontife, si l'on ne se rappelait pas cette correspondance avec Rome; car les évêques intrus venaient d'ajouter un nouveau degré à leur perversité par un écrit intitulé Accord des vrais principes, qui, selon Pie VI, n'est qu'un assemblage de sentiments erronés, schismatiques, hérétiques, depuis longtemps réfutés dans l'Église. Il était signé de dix-huit d'entre eux. Le pape use cependant d'indulgence : il donne dans son bref des éloges aux prêtres qui étaient restés fidèles et à ceux qui avaient rétracté leur serment; il félicite les

:

(1) Barruel, Hist, du Clergé, t. I, p. 233.

professeurs des universités, et ceux de la Sorbonne en particulier, d'être restés inébranlables ; il loue les évêques de leur fermeté et de leur courage à supporter l'exil et la persécution ; il n'oublie pas même les simples fidèles. Mais il ne peut se dissimuler la douleur que lui cause la persévérance dans le schisme des quatre évêques qui avaient fait le serment; il les exhorte, ainsi que tous les autres intrus, à se reconnaître, et à satisfaire l'Église. Après les avoir longtemps attendus, il ne veut pas les frapper, disait-il, de nouveau ; il se contente de leur adresser des monitions. Il n'alla pas plus loin, et ne les déclara pas formellement retranchés de l'Église.

Ce bref, peu répandu en France à cause de la difficulté des temps, n'eut pas le succès désirable. Les nouveaux évêques qui avaient donné l'espérance d'une rétractation publique n'eurent pas le courage de la faire : leur foi n'avait pas une force proportionnée aux périls qu'ils avaient à courir. L'Église n'eut donc pas la consolation de les recevoir dans son sein; mais elle fut consolée par le retour de beaucoup de prêtres du second ordre, et par la constance et la fermeté de ceux qui lui étaient toujours restés fidèles.

Le clergé catholique, lorsqu'il se voyait poursuivi et puni pour des crimes qu'il n'avait point commis, nè gardait pas le silence; il se défendit d'une manière noble et chrétienne, sans humeur et sans haine pour ses persécuteurs. D'un côté, il opposait aux accusations sa condaite, qui tendait sans cesse à calmer l'esprit des populations, à faire lever les obstacles qui s'opposaient à la circulation des grains, à la perception de l'impôt. Nous avons des instructions et des exhortations que les prê

tres adressaient aux fidèles, concernant ces objets (1). De l'autre, il protestait de son innocence en s'appuyant sur des faits positifs et incontestables : « Vous nous accusez, disaient-ils, d'être les auteurs de tous les genres de troubles qui agitent le royaume; vous nous accusez du défaut de payement des impôts, de la résistance des peuples à la libre circulation des grains; vous nous accusez d'être d'intelligence avec l'ennemi de la patrie, d'appeler la guerre de tous nos vœux... Comment se fait-il donc que, sur un si grand nombre de prêtres accusés, vous n'ayez pas trouvé un seul coupable?

« Vous avez cinquante mille corps administratifs en fonctions, disaient-ils, trois millions de gardes nationaux sur pied, plus de dix mille clubs qui veillent nuit et jour à la défense de la constitution, qui percent sans cesse de leurs regards ceux qu'ils appellent de manvais citoyens, qui devinent leurs pensées, interceptent leurs lettres, et font des irruptions inopinées dans leurs domiciles; et sur cinquante mille prêtres non assermentés, accusés de factions, de conjuration et de meurtre, vous n'avez pas encore pu surprendre un seul coupable! Comment ne vous apercevez-vous pas qu'en multipliant ainsi les chefs d'accusation sur les mêmes individus, sans en donner des preuves, vous montrez, aux yeux de la nation et aux yeux de toute l'Europe, leur innocence, et l'injuste malveillance que vous leur portez (2) ? »

Ils en appelaient ensuite à leur foi, qu'ils avaient

(1) Nouveau compte rendu au Roi, annonces, p. 32. (3) Ibid., p. 3.

toujours professée et pour laquelle ils avaient tout sacrifié, comme garantie de leur innocence. Ils envoyaient des déclarations tantôt à l'Assemblée nationale, qui les mettait au rebut sans en parler, tantôt au roi, qu'ils honoraient d'autant plus qu'il était plus humilié. Voici ce que nous lisons dans une de ces déclarations :

« Nous déclarons à Votre Majesté que nous sommes soumis à toutes les autorités publiques et à toutes les lois actuellement existantes dans le royaume. Nous sommes soumis; et si une loi en exigeait le serment, nous serions prêts à le faire. Quiconque est soumis ne se révolte pas;

il ne travaille pas à détruire l'autorité; il ne provoque pas des mouvements contre elle; il n'entre pas en intelligence avec des forces étrangères. Voilà quelle a été notre conduite jusqu'à cette heure, et quelle elle sera jusqu'à la fin ; elle a pour principe une loi, un ordre de choses qui ne craignent pas les révolutions humaines, la loi et l'ordre même de Dieu.

« Nous déclarons qu'à l'exemple de Jésus-Christ, payant le tribut à César, faisant même un miracle pour mettre les apôtres en état de le payer, nous mettons au nombre de nos devoirs d'acquitter nos impôts personnels, et d'exhorter les fidèles à les acquitter aussi.

« Nous déclarons que nous nous regarderions comme transgresseurs de la loi divine, comme complices de tous les maux qui pourraient résulter du défaut de subsistances, si nous pouvions être assez perdus de principes, de conscience et d'humanité, pour concourir, même par les oppositions les plus légères, à traverser leur libre circulation.

« Nous déclarons que la grandeur des maux faits à

la religion par les lois nouvelles, et les vexations personnelles sous lesquelles nous gémissons, loin d'allumer dans nos cours le sentiment de la vengeance, ne servent qu'à nous rendre plus présent ce commandement très-exprès de notre premier maître : Rendez le bien pour le mal, aimez ceux qui vous haïssent, faites du bien à ceux qui vous maltraitent; et si vous ne pouvez pas pour eux autre chose, priez toujours Celui qui tient dans sa main tous les cours, afin qu'il daigne les toucher et les ramener à lui.

« Nous déclarons à Votre Majesté que les plus constants et les plus ardents de nos væux ont pour objet la conservation de vos jours précieux, et le retour de la paix dans l'Église et dans l'État ; que nous détournons nos regards et nos espérances de tous les préparatifs hostiles, pour désirer et demander avec instance au ciel que le calme et la prospérité rentrent dans le royaume..... Toute notre résistance se borne à croire fermement que le culte constitutionnel n'est pas le culte catholique, et à enseigner qu'il ne l'est pas. Cette résistance est invincible; elle sera plus forte que parce qu'elle a pour base notre foi, et pour prix notre salut. Si nous étions idolâtres, la constitution nous permettrait d'enseigner que Jupiter est Dieu, et que JésusChrist ne l'est pas. Comment devenons-nous ennemis de la constitution en enseignant que la hiérarchie constitutionnelle est une hiérarchie toute civile, comme l'autorité à qui elle doit, sous tous les rapports, son existence et sa discipline; et non une hiérarchie catholique, apostolique et romaine, qui doit tenir la sienne de l'Église seulement?... Ce seul point excepté, nous sommes intacts dans notre soumission à l'ordre civil,

la mort,

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