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étaient des sages. La démocratie avait fait un progrès immense. Ceux qui, par leurs principes subversifs, se seraient placés à la gauche dans l'Assemblée constituante, étaient placés à l'extrême droite. Ils se trouvaient maintenant les plus modérés, les plus sages, les plus raisonnables : on peut juger par là de la composition de l'Assemblée. Aussi les nouveaux représentants montrèrent-ils, dès les premiers jours de leur entrée en fonctions, qu'ils étaient bien disposés à remplir les vues de leurs électeurs. D'après un décret porté le 4 octobre, ils procédèrent à une cérémonie peu digne d'une grande assemblée, et que quelques auteurs ont appelée l'adoration de la constitution. Douze vieillards, choisis dans le sein de l'Assemblée, allèrent aux Archives chercher la constitution. Ils revinrent ensuite, escortés par les huissiers, un détachement de la garde nationale et de la gendarmerie, affectant un religieux recueillement. Camus, ancien représentant, alors archiviste, marchait au milieu d'eux, tenant la constitution en ses mains. A leur arrivée, tous les députés se levèrent avec respect et se découvrirent, pendant que douze des plus jeunes représentants, recevant le livre des mains des vieillards, le placèrent silencieusement sur la tribune; alors le président Pastoret, et tous les autres après lui, prononcèrent sur la tribune, à haute et intelligible voix, la formule sacramentelle du serment. On décida, par respect pour la constitution, que, tant que ce livre sacré serait dans la salle, on n'ouvrirait aucune délibération. La cérémonie finie, on reporta aux Archives l'acte constitutionnel avec le même respect et la même pompe : on vota des remerciments à la Constituante pour avoir fait un si beau présent. Tel est l'hommage qu'on rendit à un ouvrage éphémère, qui ne devait avoir que quelques mois d'existence (1)

Tous les députés avaient pris leurs places suivant leurs sentiments. L'Assemblée nouvelle présentait un singulier contraste avec l'ancienne: on ne voyait plus, à la droite, ces gentilshommes aux grandes et belles manières qui étaient admirées en Europe; ces évêques, distingués autant par leur savoir, leurs vertus, que par leur naissance; ces curés savants, qui avaient remporté leurs cures au concours, et qui faisaient l'honneur et la réputation du clergé de France : on voyait à leur place des hommes grossiers sortis des rangs inférieurs de la société, des évêques qui avaient apostasié, des curés, rebut du clergé, qui n'étaient connus que par leur empressement à prêter le serment. A gauche, au côté opposé, on voyait des niveleurs, des Robespierre, des futurs régicides, hommes capables de tout faire, de tout entreprendre, parce qu'ils ne se trouvaient retenus par aucun lien de conscience. On donna le nom de Montagne à ceux qui s'étaient placés à l'extrémité; au centre, se trouvaient une foule d'hommes obscurs qui n'avaient point d'opinions déterminées , qui voteront tantôt avec l'un, tantôt avec l'autre parti, suivant la peur ou les intrigues du moment : le peuple leur donna le nom de ventre, terme qui marquait la mesure de respect qu'il voulait leur accorder. Ainsi tout était démocratique, jusqu'aux dénominations dont on désignait les membres.

Le parti le plus distingué et le plus célèbre était celui

(1) Moniteur, séance du 4 octobre 1791.

des girondins : il se composait non-seulement des députés de la Gironde, mais de tous ceux que la sympathie ou la communauté de principes rattachait à leur drapeau. Brissot et Condorcet en étaient les chefs ; Vergniaud, l'orateur. Ce parti rêvait la république, non celle de 93 qui leur échut, mais la république vertueuse, où l'on cultiverait la science et les arts, comme jadis à Rome et à Athènes.

Les membres du côté droit étaient appelés, par les journaux populaires, les feuillants, par allusion au club qu'ils fréquentaient, et où leurs doctrines trouvaient le plus de faveur : ils formaient l'ancien parti des constitutionnels, qui voulaient le roi avec la constitution.

Les représentants de la nouvelle Assemblée étaient tous plus ou moins prévenus contre la religion, qu'ils traitaient de superstition; tous, ou presque tous , étaient ennemis des prêtres non assermentés, appelés réfractaires. Un grand nombre d'entre eux les avait dénoncés et persécutés en province, et c'était là leur principal titre à l'élection. Nous n'entendrons donc plus ces éloquentes défenses prononcées dans l'Assemblée constituante. Le clergé catholique ne trouvera que rarement une voix amie; les girondins, presque les seuls, du moins les meilleurs orateurs de l'Assemblée, sont d'ardents ennemis du christianisme: ils proscriront les prêtres et voteront leur déportation. Ils étaient tous, ou presque tous, les héritiers directs des doctrines encyclopédiques, et c'est pour cette raison que Riouffe avait tant de peine à se consoler de leur perte. « La génération véritablement disciple de JeanJacques, de Voltaire, de Diderot, dit-il, a pu être

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anéantie, et l'a été en grande partie sous l'horrible prétexte de fédéralisme (1). »

Une des choses dont Brissot s'honorait le plus, c'était de s'être voué, dans sa carrière politique, à la destruction du christianisme : « La tyrannie religieuse et politique, dit-il, m'avait révolté, depuis le moment où j'avais commencé à réfléchir. J'avais dès lors juré de consacrer ma vie à leur destruction. La première succombait sous les efforts redoublés des Rousseau, des Voltaire, des Diderot, des d'Alembert (2).

Tels étaient les girondins sous le rapport religieux. Les évêques et les prêtres constitutionnels les surpassaient encore par l'ardeur de leur haine contre la religion catholique. Il est facile de prévoir ce que l'Église avait à espérer de cette assemblée.

Pour comprendre les événements qui vont suivre, il est nécessaire d'avoir une idée nette et précise de l'état où se trouvaient la royauté et la religion : ce sont les deux sujets que je continuerai d'examiner dans cette histoire.

Le roi, suspendu de ses pouvoirs, avait été rétabli dans ses droits constitutionnels, après qu'il eut accepté et signé la constitution. Bien des auteurs prétendent qu'il avait assez de priviléges, et qu'il devait s'en contenter. En effet, le roi, en vertu de la constitution, devait faire exécuter les lois, commander les armées de terre et de mer, faire les traités de paix ; il avait le droit d'apposer son veto, pendant deux législatures,

(1) Riouffe, Mémoires d'un détenu, p. 10.

(2) Réponse à tous les libellistes qui ont attaqué et qui attaquent ma vie passée, p. 8.

à tout décret qu'il ne jugerait pas à propos d'accepter. Sa couronne était héréditaire dans sa famille, avec une dotation de trente millions. Voilà certainement de belles prérogatives, quand on les considère en ellesmêmes et dans le sens de la constitution. Le roi n'en demandait pas d'autres : il ne songeait plus, comme on le lui reprochait, au pouvoir absolu, auquel il avait renoncé dès les premiers travaux de l'Assemblée constituante. Mais que sont des prérogatives qu'on ne peut pas exercer? Ne sont-elles pas dérisoires ? Un pouvoir sans obéissance est nul, et tombe nécessairement dans le mépris. Tel est celui du roi. Il est inscrit dans la constitution, mais il ne peut s'exercer, parce que le roi ne peut se faire obéir; il n'a

il n'a pas l'autorité nécessaire pour cet effet. Le pouvoir était alors dans un état violent, contre nature; il était divisé en plusieurs fractions, malgré sa tendance perpétuelle et invincible vers l'unité, et disputé entre les divers partis. La plus grande portion du pouvoir avait passé aux clubs, avec lesquels va rivaliser la municipalité de Paris. Je ne parle pas de l'Assemblée législative, qui n'avait de force qu'autant qu'elle s'accordait avec les clubs.

Je fais observer, en passant, que le pouvoir que Dieu a déposé dans la société ne périt pas; il est indestructible, mais il se déplace, et toujours avec une tendance vers l'unité. L'histoire que nous examinons nous en fournit des exemples. L'Assemblée constituante, après avoir dépouillé le roi, s'est emparée de son pouvoir, et, suivant la pente naturelle, elle voulait régner seule; mais elle a été bientôt obligée de partager le pouvoir, qu'elle avait eu l'imprudence de déplacer, avec les

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