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conscience. Elle a fait des destitutions en masse, a enlevé aux prêtres une position acquise par leur mérite, leur travail et leurs services, et les a réduits à misère pour leur substituer un clergé inepte, scandaleux, pris dans la classe des interdits et des échappés de couvents. Mais au moins fallait-il les laisser tranquilles; elle ne put s'y résoudre : elle les dénonça à la tribune nationale comme des perturbateurs du repos public, et donnait ainsi la main aux clubs et à la presse révolutionnaire. Pendant plus de deux mois, on n'ouvrit presque pas une séance à l'Assemblée nationale, sans que la tribune retentît de quelques dénonciations contre les prêtres et les évêques. On les accusait de tous les malheurs de la patrie : la rareté du numéraire, la cherté du pain, la difficulté de la perception des impôts étaient mises sur leur compte. S'il y avait trouble quelque part, le prêtre en était l'instigateur. Il passa donc bientôt pour un homme exécrable qu'il fallait emprisonner, exiler ou exterminer. Il n'y avait plus pour lui ni justice, ni loi; on ne le jugeait pas, parce qu'on l'aurait trouvé innocent; on l'arrêtait, on le chassait, on le maltraitait, et on le confondait dans les prisons parmi les malfaiteurs. Voilà ce que l'Assemblée constituante a toléré; je ne dis pas assez, ce qu'elle a provoqué par ses décrets et ses dénonciations. Je sais bien qu'elle n'avait pas envie de persécuter, non, c'était loin de sa pensée; mais elle a tout fait pour soulever une persécution. On le lui avait assez prédit, et elle n'en a tenu aucun compte.

Enfin, l'Assemblée constituante a donné naissance aux deux assemblées furibondes qui lui ont succédé, et qui n'ont fait que développer ses principes. Elle a donné

le jour encore aux trois grands fléaux qui agitent et menacent d'engloutir la société actuelle. Elle a posé les principes qui compromettent la propriété, la famille, l'autorité et la religion. Elle a attaqué la propriété, en avançant et en soutenant avec une grande ténacité que la propriété ne reposait que sur la loi civile; qu'elle n'avait aucun fondement dans la loi divine; que, par conséquent, elle n'avait pour base qu’une loi arbitraire que le législateur peut changer à son gré. C'est le prin. cipe qu'elle a avancé, soutenu et mis en pratique, en dépouillant le clergé. Si aujourd'hui l'autorité est méconnue, méprisée, anéantie, si la loi n'est plus respectée, c'est encore à l'Assemblée constituante que nous en sommes redevables. Elle avait trouvé sur le trône un roi vertueux, descendant d'une longue série de souverains; son autorité était respectée, tout le monde s'inclinait devant elle, et la saluait par ses acclamations. Le respect pour l'autorité et pour ceux qui l'exerçaient était populaire : chacun était prêt à la soutenir au prix de son sang. L'Assemblée constituante l'a abaissée en la mettant au rang des institutions humaines; elle a fait mépriser la loi en la faisant découler du même principe. Pour dire tout en un mot, les membres de l'Assemblée constituante étaient les représentants, non de la France, mais d'un parti, et d'un parti sans religion et sans respect pour l'autorité.

Si le lecteur trouve mon jugement trop sévère, je lui dirai qu'il n'est autre que celui qu'a porté l'Assemblée elle-même. Je ne parle pas du côté droit, qui, éclairé par les lumières du christianisme, et attaché aux traditions et aux principes constitutifs de la société, a constamment protesté contre les principaux actes de l'Assemblée; je parle du parti constitutionnel qui formait la majorité, et qui, dans les derniers mois de la session, s'est aperçu de ses fautes, dont une triste expérience l'avait instruit. Il a voulu revenir sur ses pas, faire une révision sévère de la constitution, donner au roi plus de force et de prérogative, abolir la loi du serment ecclésiastique, et rendre aux peuples le libre choix de ses pasteurs. Il a voulu aussi discipliner les clubs, et leur imposer plus de retenue. Mais il n'en était plus temps : les clubs poussaient des hurlements, da presse jetait de hauts cris; l'émeute allait descendre dans la rue. Les représentants effrayés ont laissé leur constitution imparfaite et se sont séparés sans bruit, laissant le roi sans autorité, et le peuple sans frein et sans religion : triste legs qu'ils ont fait à leurs successeurs, et que ceux-ci vont accepter comme un bienfait, et exploiter au profit de l'anarchie !

LIVRE QUATORZIÈME.

ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE.

Pour avoir une idée juste de l'Assemblée législative, qui succéda à la Constituante le 1er octobre 1791, il faut se rappeler le temps où se sont faites les élections. Elles ont eu lieu après le voyage du roi à Varennes, voyage malheureux qui a excité une effervescence extraordinaire. On disait que le roi avait voulu rejoindre les émigrés, ce qui était faux, et revenir avec une armée étrangère pour rétablir l'ancien régime et renverser la constitution. De là, une irritation générale portée à son plus haut paroxysme. Il fallut mille précautions pour protéger le retour du roi et le faire rentrer dans Paris, où il arriva sain et sauf avec sa famille, non sans avoir couru bien des périls, et sans avoir reçu mille et mille outrages. L'Assemblée constituante le suspendit de ses fonctions; la démocratie, l'ayant déclaré parjure et traitre à la patrie, n'était point satisfaite : elle voulait qu'on mit le roi en jugement, et qu'on prononçât sa sentence de déposition. Les clubs, la presse débattaient cette haute question politique avec une extrême violence. La discussion, comme nous l'avons vu, se termina au Champ-de-Mars par une bataille où le parti de l'ordre devint vainqueur. Ce fut au milieu de cette exaltation générale qu'on procéda

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aux élections. On criait dans toutes les parties de la France, surtout depuis les protestations du clergé et de la noblesse, qu'il fallait choisir des hommes dévoués, bien connus par leur patriotisme, bien déterminés à soutenir la constitution au prix de leur sang, prêts à vivre libres ou à mourir. Les élections furent faites selon les veux des révolutionnaires, qui étaient maîtres des élections. La noblesse, dont une grande partie avait émigré, n'y prit aucune part; l'ancien clergé, étant alors persécuté et obligé de se cacher, ne pouvait paraître dans les colléges électoraux. Les démagogues étaient donc maitres, et ne choisissaient que ceux qui professaient leurs sentiments. C'étaient des hommes obscurs, en général médiocres, des jeunes gens exaltés, qui n'étaient connus que par leurs exploits révolutionnaires ou par leur enthousiasme pour la république. On en comptait plus de soixante qui n'avaient pas vingtsix ans. Tous étaient des hommes nouveaux, sans religion, sans traditions, sans expérience. Une loi imprudemment rendue avait exclu de la nouvelle Assemblée tous les membres de la Constituante. L'Église constitutionnelle y comptait dix évêques intrus et dixsept prêtres jureurs (1),

A côté de ces hommes, les anciens constituants

(1) Les évêques sont : Desbois, Fauchet, Font, Gayvernou, Huguet, Lamourette, le Coz, le Fessier, Pontard et Torné. Parmi les prêtres, on remarque Arbogast, recteur de l'université de Strasbourg; Audrein, vicaire épiscopal du Morbihan ; Cerutti, ancien jésuite, secrétaire de Mirabeau , administrateur du département à Paris ; Chabot, vicaire épiscopal de Grégoire à Blois; Ichon, supérieur de l'Oratoire de Condom; Mulot, chanoine régulier de Saint-Victor à Paris.

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