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travaux et la sagesse de leurs vues. D'ailleurs, les membres de cette Assemblée ont commencé une nouvelle époque, ils ont donné l'élan aux législateurs subséquents, qui, profitant de leurs idées et de leurs erreurs mêmes, nous ont donné un code de lois qui nous est envié par les étrangers, et qui fait la gloire de notre patrie.

Mais, à côté de ces réformes utiles et nécessaires, qui leur étaient d'ailleurs prescrites par leurs mandats, on trouve des principes faux, des maximes dangereuses, des actes condamnables, qui ont précipité le royaume dans d'affreux malheurs. Nous les avons signalés dans l'exposé des faits; le lecteur nous permettra d'en dire un dernier mot. Il est des choses qu'on ne saurait trop répéter.

Les membres de l'Assemblée constituante ont oublié qu'il y a dans le monde moral, politique, comme dans le monde physique, un ordre que Dieu a créé, une loi fondamentale, souveraine, que les païens même ont reconnue, et que Cicéron appelle loi-principe, lex-princeps; loi que l'homme n'a pas faite, et contre laquelle tout ce qu'on fait, dit Bossuet, est nul de soi. Ils ont oublié que l'édifice social a, comme l'édifice matériel, ses règles, hors desquelles il est impossible de construire. Vouloir marcher contre ces lois, c'est vouloir ramer contre vent et marée, c'est vouloir aller contre l'ordre de la nature, s'élever contre Dieu, se mettre en sa place, et mieux faire que lui. Dieu, dans ce cas, se joue de l'homme; il le laisse faire, parce qu'il lui a donné la liberté; et l'homme, voulant marcher contre sa volonté immuable, contre sa toute-puissance, vient, après de grandes tempêtes, échouer sur l'écueil et se briser.

La mission de l'Assemblée constituante était magnifique. La France avait tracé à ses représentants, avec un admirable instinct, leurs devoirs; et, dans la crainte qu'ils ne les oubliassent, elle les leur avait laissés pár écrit dans des cahiers faits dans les colléges électoraux, et qui avaient été apportés à Versailles. L'Assemblée nationale n'avait rien à faire, sinon de résumer ce que contenaient ces cahiers, et de les convertir en lois : c'était l'affaire de trois ou quatre mois au plus. En se conformant aux voeux qui y étaient exprimés, elle aurait opéré une réforme véritablement utile, et fait le bonheur de la France; elle n'aurait point éprouvé le moindre obstacle, car elle avait affaire au meilleur des rois, qui allait au-devant de toutes les réformés, et qui consentait d'avance à tout ce qui pouvait contribuer à améliorer le sort du peuple et à faire son bonheur; mais, au lieu de s'en tenir à des mandats si sages, et sur lesquels reposaient leurs pouvoirs, les représentants de l'Assemblée se sont lancés dans l'inconnu, dans la région des utopies, ne tenant aucun compte ni des lois de la nature ni des lois fondamentales d'un État. Malgré tous les avertissements et les leçons de l'expériencé, ils ont construit hors des règles de l'architecture, et leur édifice s'est écroulé avec un fracas effroyable; l'État a été agité au delà de toute expression, jusqu'à ce qu'il fût détruit. L'invincible nature a fait sentir tout son poids : plus de repos jusqu'à ce qu'on se fût conformé à ses règles.

La cause de tout cela, c'est que les membres de l'Assemblée constituante étaient venus à Versailles avec les principes de la philosophie du dix-huitième siècle, philosophie fausse, impie, destructive de l'ordre social. La vraie philosophie est essentiellement observatrice; elle consiste à étudier ce qui est, à considérer la nature des choses, naturam rerum, selon la définition des anciens, et non pas à la refaire. Ainsi le chirurgien qui fait l'autopsie ne s'amuse pas à refaire la nature de l'homme; il étudie son organisation, et en tire des leçons utiles pour son art : le physicien, le chimiste, ne font pas les lois de la nature; ils se contentent de les observer, de les saisir dans leur ensemble et dans leurs détails, pour en faire ensuite une heureuse application : ainsi encore l'architecte ne refait pas les règles suivant lesquelles il doit bâtir; il les étudie pour construire solidement son édifice. Il en est de même du législateur : s'il est sage, s'il est vraiment philosophe, il étudie les lois de la nature, les rapports que Dieu a établis entre les divers êtres, et il en déduit la loi qui doit régler leurs intérêts. Les représentants de l'Assemblée constituante n'ont pas fait cette étude. Séduits par les théories incohérentes des philosophes, ils ont cru qu'ils pouvaient refaire la nature; ils se sont imaginé que, jusqu'à eux, la société, gouvernée par de si grands rois, de si illustres hommes d'État, avait reposé sur de fausses bases; qu'il fallait lui en donner de nouvelles, faire table rase du passé. Et, en effet, ils ont tout changé, ou plutôt tout désorganisé; et une révolution violente, telle que le monde n'en avait pas encore vu, a été le résultat de leurs travaux, car 93 était caché derrière 89: c'est dans l'Assemblée constituante qu'est née la Convention. Tel n'était point leur but, je le sais bien; aussi suis-je loin d'accuser leurs intentions : elles étaient souvent excellentes. Ils voulaient mettre un frein au pouvoir absolu, et établir la liberté. C'était l'objet de leurs vœux, le but de tous leurs efforts; mais, par la marche qu'ils ont suivie, ils ont abouti à la plus horrible des tyrannies, la tyrannie d'en bas, mille fois plus redoutable que celle d'en haut.

C'est que les représentants de 1789 n'ont pas compris, ou ont compris trop tard, que pour fonder un État, et un État libre surtout, il faut une autorité centrale fortement constituée, une autorité prépondérante qui puisse protéger la liberté contre la licence, son plus grand ennemi. Plus un État est libre, plus cette autorité est nécessaire. Sans doute, si la vertu d'obéissance était profondément imprimée dans tous les cours et mise en pratique, si la loi qui prend son origine en Dieu était respectée de tous, cette autorité deviendrait moins nécessaire, du moins son exercice ne se ferait presque point sentir. Aussi les philosophes, tant anciens que modernes, conviennent-ils que, pour un État libre, il faut de la vertu. Montesquieu (1) regarde la vertu comme le fondement des États libres. J.-J. Rousseau, si fortement prononcé pour la démocratie, ne trouve pas les éléments nécessaires à un État libre sans la vertu (2). Aussi le philosophe, regardant autour de lui, et ne trouvant pas la vertu qu'il jugeait nécessaire, désespérail-il de l'établissement de la démocratie; et il prononça ces mémorables paroles déjà citées : « S'il y avait un

peuple de dieux, il se gouvernerait démocratique« ment : un gouvernement si parfait ne convient pas à « des hommes (3). »

Mais du moins, si la verlu manque, si elle n'est pas fortement gravée dans le coeur du peuple et mise en

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(1) Esprit des lois, liv. III, c. 3. (2) Contrat social, liv. III, c. 4.

(3) Ibid.

pratique, faut-il alors, pour un État libre, une puissance publique fortement constituée, une puissance tutélaire qui puisse sauvegarder la liberté, et lui donner son développement. Autrement la liberté dégénère en licence, et la licence est le plus grand des tyrans. Il faut donc pour un État libre ou la vertu ou la force, ou plutôt il faut l'une et l'autre, sans quoi le règne de la liberté n'aura point de durée. Telles sont les bases d'un gouvernement libre, il n'y en a pas d'autres. Sans vertu, c'est-à-dire sans abnégation, sans obéissance et sans justice, sans puissance centrale, il est impossible de gouverner.

Eh bien ! les représentants de l'Assemblée constituante ont méconnu ces bases; au lieu de s'y rattacher de toutes leurs forces et de les raffermir, ils les ont renversées. Nous avons vu ce qu'ils ont fait du pouvoir. Je suis entré à ce sujet dans de longs détails, parce que le pouvoir fait partie de la religion, et, par conséquent, de l'histoire ecclésiastique.

Ce pouvoir vient de Dieu, comme le dit saint Paul, le plus profond interprète du christianisme. De là résulte le devoir d'obéir. « C'est pourquoi, dit le même « apôtre (1), soyez soumis, non-seulement par crainte, « mais encore par principe de conscience: celui qui ré« siste au pouvoir, résiste à l'ordre de Dieu (2). » Telles sont les maximes que l'Église a toujours enseignées, et qui font le fondement du droit public chez toutes les nations chrétiennes. L'Assemblée constituante a proclamé

(1) Rom., XIII.

(2) Il serait plus clair de dire parce qu'il est fondé sur un ordre, un commandement exprès et extérieur de Dieu. A. B.

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