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de Chapelier, on passa à l'ordre du jour. Un prêtre ou un évêque qui aurait fait une affiche pour soutenir la société ébranlée n'eût pas obtenu la même indulgence.

De ces trois orateurs, Péthion seul était républicain; mais il croyait que le moment de la république n'était point arrivé, et que les Français n'étaient pas encore mûrs pour cela. C'est ce qu'il avait dit au roi en revenant avec lui du voyage de Varennes, dont il était un des commissaires (1). Chabroud et Chapelier, quoique révolutionnaires, n'étaient point pour la république. Le premier venait de traiter l'affiche avec un profond mépris ; le second, parlant dans le même sens, avait dit : « Tous ceux qui croient avec moi que le gouvernement monarchique est le meilleur, c'est-à-dire la presque universalité des citoyens, feront eux-mêmes justice de cet écrit, et le rejetteront au nombre des folies que chaque jour voit éclore (2).

L'Assemblée ne pouvait pas se prononcer d'une manière plus positive contre le parti républicain; jamais peut-être, à la tribune, on n'avait parlé d'un parti avec autant de mépris. Mais, comme à l'ordinaire, l'Assemblée, composée de philosophes, ne comprenait pas la portée de ces sortes d'écrits, dont Malouet avait demandé en vain la poursuite. Elle ne voulait pas la république, elle la redoutait avec raison comme une calamité; et elle ne pouvait se résoudre à poursuivre ceux qui l'affichaient ouvertement, et qui cherchaient à la vulgariser dans le peuple.

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(1) Hist. parlem., t. V, p. 336.
(2) Moniteur, séance du 1er juillet 1791.

L'impunité accordée aux auteurs de l'affiche, et qui contrastait, d'une manière frappante, avec la sévérité qu'on déployait contre les lettres pastorales des évêques, encouragea le parti républicain. Condorcet fit au Cercle Social un discours qui était un traité complet de république. Déjà la classe ouvrière, qui était sans travail, avait embrassé cette nouvelle idée, qui, comme on le lui assurait, devait ramener la prospérité, et la tirer de sa misère. Une députation d'ouvriers se présenta à la section du Théâtre-Français pour prêter ce serment : Citoyens, nous jurons à Dieu et aux hommes d’être fidèles à la nation et à la loi, -- et point de roi ! » Singulier serment! on jurait d'être fidèle à la loi, et l'on violait un des articles fondamentaux de la constitution. Mais enfin l'idée républicaine se propagea avec rapidité; on en faisait la motion dans les sociétés populaires, dans les rues, sur les bornes, dans les lieux de promenades publiques, dans les cafés du Palais-Royal; on y ajoutait des brochures faites pour le peuple; on leur donnait des titres significatifs. Dans une de ces brochures, intitulée le grand Jugement rendu par le peuple contre Louis XVI, on lisait ces phrases :

Français, le traître Louis doit subir son châtiment; la mort n'est pas ce qu'il mérite... Louis est parjure à son serment; il n'est plus digne de porter le titre sublime de roi des Français (1).»

Il était temps que l'Assemblée nationale se décidât, car l'opinion publique allait s'égarer. Les orateurs des bornes, bien payés et largement abreuvés, comme dit Ferrières, hurlaient journellement sur les places et dans

(1) Hist. parlem., t. V, p. 356.

les lieux publics contre les prêtres, contre les nobles, contre le roi et la monarchie. La question de déchéance du roi fut portée devant l'Assemblée le 13 juillet.

La discussion commença immédiatement, et se prolongea pendant trois jours. C'est une des plus intéressantes que l'Assemblée constituante ait eues. Jamais les inconvénients d'une république en France n'ont été mieux présentés. Goupil, Salles et Barnave ont été les principaux défenseurs de la royauté. Ils ont eu à lutter contre Péthion, Robespierre, Vadier, Grégoire, etc, Salles disait qu'il faudrait le poignarder avant qu'il souffrit que l'administration suprême passat entre les mains de plusieurs. Barnave, par conviction, par peur de la république et par attachement à la famille royale qu'il avait appris à connaître lors du voyage de Varennes, a employé, à diverses reprises, toute l'énergie de son âme et toute la force de son éloquence pour maintenir l'inviolabilité du roi, pour faire rejeter le projet de déchéance et de république formulé par les Cordeliers. Il réussit dans ses efforts; et, malgré les agitations de la rue et les imprécations des clubs, il fit maintenir, sinon la réalité, du moins l'apparence du pouvoir royal. Le décret obtenu déclarait , du moins implicitement, le roi hors de cause; mais il renvoyait Bouillé et ses complices devant la haute cour d'Orléans. On décréta encore, d'après la motion de Salles, que le roi serait censé avoir abdiqué, s'il se rétractait après avoir prêté serment à la constitution, ou s'il se mettait à la tête d'une armée pour en diriger les forces contre la nation, ou s'il ordonnait à un général d'exécuter un tel projet, ou s'il ne s'opposait

pas, par un acte formel, à celui qui l'exécuterait en son nom (1).

Quand on examine les discours prononcés en faveur de la royauté pendant ces trois jours, on voit que la majorité de l'Assemblée sentait le besoin d'abriter la liberté derrière une grande autorité, et qu'elle avait peur de la république, qui n'offrait aucun abri. Barnave, après avoir discuté avec éloquence les raisons qui étaient en faveur de la royauté et contre la république, termina par ces paroles remarquables :

« Je pose maintenant la véritable question : Allonsnous terminer la révolution, ou allons-nous la recommencer?... (A ces mots, il s'éleva une acclamation générale.) Je ne crains pas les étrangers... On ne peut nous faire aucun mal au dehors; mais on peut nous faire un grand mal au dedans, en perpétuant ce mouvement révolutionnaire qui a détruit tout ce qui était à détruire, et qui ne se terminera que par un rapprochement commun et paisible de tout ce qui compose la nation.

« Vous avez rendu tous les hommes égaux devant la loi, vous avez consacré l'égalité civile et politique, vous avez repris sur l'État ce qui avait été enlevé à la souveraineté du peuple : un pas de plus serait un acte funeste et coupable; un pas de plus dans la ligne de la liberté serait la destruction de la liberté; dans la ligne de l'égalité, la destruction de la propriété. Si l'on voulait encore détruire quand tout ce qui devait être détruit n'existe plus, si l'on croyait n'avoir pas tout fait pour l'égalité quand l'égalité de lous les hommes

(1) Moniteur, séance du 15 juillet 1791.

est assurée, trouverait-on une aristocratie à anéantir, si ce n'est celle des propriétés ? On a entraîné quelques hommes de cabinet, quelques hommes savants en géométrie, et qui ne montrent pas la même science en politique (1); on les a entraînés, dis-je, par des abstractions; mais on ne peut entraîner le peuple que par des réalités. La nuit du 4 août a donné plus de bras à la révolution que les grandes maximes de philosophie et de raison qui sont la base de vos plus sublimes décrets : or, quelle nuit du 4 août reste-t-il à faire ? Il est donc vrai qu'il est temps de terminer la révolution; que si elle a dû être commencée et soutenue pour la gloire et le bonheur de la nation, elle doit s'arrêter quand elle est faite, et qu'au moment où la nation est libre, où tous les Français sont égaux, vouloir davantage, c'est vouloir commencer à cesser d'être libres et devenir coupables. (De bruyants applaudissements éclatèrent et se prolongèrent pendant plusieurs minutes.) Aujourd'hui, tout le monde sait que l'intérêt est égal à terminer la révolution. Ceux qui ont perdu savent qu'il est impossible de la faire rétrograder; ceux qui l'ont faite savent qu'elle est achevée, et que, pour leur gloire, il faut la fixer...

«Régénérateurs de l'empire, représentants de la nation française, terminez la carrière que vous avez parcourue avec courage! Vous avez montré que vous aviez, avec la force pour détruire, la sagesse pour remplacer ; -apprenez au monde que vous avez conservé votre force et votre sagesse pour maintenir... Vous retournerez

(1) L'orateur fait allusion au discours de Condorcet, prononcé au Cercle social, fondé par l'intrus Fauchet.

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