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mour et d'obéissance pour le roi, ils ont laissé enchainer leur courage : héroïsme sublime, qui n'eut jamais de modèle ni d'égal ! Oui, Messieurs, jamais ils n'ont été plus dignes d'hommages et de respects que le jour où, frémissant de rage et de désespoir, ils se sont laissé massacrer sur les marches du trône, que le roi leur avait interdit de défendre. Ils sont tombés, victimes innocentes, sous le fer des assassins, et l'on ose encore outrager leurs cendres! Mais en se sacrifiant ils ont sauvé la reine, ils ont sauvé le roi peut-être ; ils sont morts contents. »

L'orateur conclut en opposant aux témoignages insignifiants du rapport l'ancienne fidélité des gardes du corps, « qui seront toujours, tels que Bayard, sans peur et sans reproche (1).

La discussion s'engagea ensuite sur les conclusions du rapport, qui tendaient à refuser l'autorisation de poursuite. Mirabeau, contre lequel il n'y avait que des indices et des témoignages contradictoires, se défendit avec audace; il jeta l'odieux de cette procédure sur les membres du côté droit, sur les témoins, et sur les juges du Châtelet, qu'il appelle tous des ennemis de la révolution. L'abbé Maury attaqua le rapport avec beaucoup de vigueur et d'adresse ; il le réduisit d'abord aux limites qu'il n'aurait pas du dépasser. « Le a rapporteur, dit-il, devait vous dire si la procédure

présentait des apparences de preuves qui permissent « à la justice de suivre son cours ordinaire. » Tel était, en effet, le seul objet de l'examen : le comité des recherches est allé bien plus loin, il s'est attaché à prou

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(1) Moniteur, séance du 1er octobre 1790.

ver qu'il n'y avait pas de motifs suffisants pour condamner, ce qui était empiéter sur les attributions du tribunal. Mais, comme l'a fait observer Maury, si la procédure n'offrait pas assez de preuves pour condamner, elle en offrait assez pour permettre au tribunal de continuer ses informations, d'où pouvaient jaillir de nouvelles lumières. L'orateur démontra ensuite que l'honneur de l'Assemblée, et même l'intérêt des prévenus, demandaient un jugement. De grands crimes ont été commis : on étail allé à Versailles, non pour demander du pain, mais pour transporter le roi à Paris par violence, et assassiner la reine; plusieurs fidèles serviteurs ont péri sur les marches du trône. L'honneur de l'Assemblée ne lui permet pas de laisser de pareils crimes impunis : si les prévenus sont innocents, comme on le croit, on leur rendrait un service perfide en arrêtant un jugement qui les réhabiliterait dans leur honneur. Cependant Maury consent à ce que Mirabeau, contre lequel il n'y a rien de grave, sorte de la procédure; mais il insiste sur les poursuites à faire contre le duc d'Orléans (1). Les efforts de Maury furent inutiles : conformément aux conclusions du rapport, la demande d'autorisation fut repoussée à une forte majorité, et les crimes commis au palais de Versailles restèrent impunis; exemple funeste qui n'a servi qu'à encourager les révolutionnaires. Mounier, président de l'Assemblée lors des événements de Versailles, maintenant exilé à Genève, ne put contenir son indignation en lisant le rapport de Chabroud ; il en fit une réfutation , intitulée Appel à l'opinion publique.

(1) Moniteur, séance du 2 octobre 1790.

Son écrit donna un démenti formel à la plupart des assertions de Chabroud, rétablit les faits dans leur véritable jour, et arracha aux factieux le masque dont leurs partisans avaient voulu les couvrir (1).

La constitution civile du clergé, qui, comme nous l'avons vu, avait placé. l'Église de France en dehors de l'Église universelle, et abaissé la religion de toute la hauteur du ciel jusqu'à lui ôter son caractère divin et en faire une cuvre humaine, une institution purement politique, laissa de grands embarras nonseulement au roi, aux évêques et au saint-siége, mais encore à l'Assemblée nationale elle-même. Il est important de les faire connaître, afin de tenir le lecteur en garde contre les infidélités et les préventions qu'on trouve chez la plupart de nos historiens contemporains.

Dès les premiers débats qui se sont ouverts sur l'organisation du clergé, le roi, comme nous l'avons vu, se trouva dans un extrême embarras; il était attaché à la religion de ses ancêtres comme prince et comme chrétien : comme prince, il avait des vues supérieures à celles de l'Assemblée. Depuis longtemps il était occupé de réformes; il en avait déjà fait de considérables avant 89, et s'il a convoqué les états généraux, c'était pour les compléter. Mais les ministres qui l'avaient aidé dans ses réformes, ou qui les lui avaient inspirées, l'ont toujours trouvé inflexible sur le point de la religion. Plus instruit là-dessus que ses ministres philosophes, il comprenait la grande nécessité de la religion ; il savait qu'elle sert de base à tout gou

(1) Biog. univ., art. Mounier.

vernement, et qu'il est impossible de gouverner un royaume sans religion, sans lien de conscience; il savait encore qu'il n'appartient pas au gouvernement de régler la hiérarchie et la discipline de l'Église, et que l'État, en y touchant, lui ôte sa force et se nuit à lui-même; en cela il n'avait pas la prétention de plusieurs de ses prédécesseurs. Tels étaient ses principes et telle était sa ligne politique; plusieurs fois il en avait parlé à l'Assemblée, dans l'espérance de la faire entrer dans les mêmes vues; mais les esprits étaient trop égarés et les cours trop pervertis, pour prendre modèle soit sur sa foi, soit sur sa piété. Car, il faut le dire, si l'on peut reprocher à Louis XVI une trop grande faiblesse de caractère, on ne peut lui refuser une juste admiration pour la constance de sa foi et de sa piété sincère et éclairée, qu'il avait su conserver, soit au milieu du scepticisme philosophique, soit au milieu de la licence des grands qui l'entouraient; et ces beaux sentiments l'ont accompagné jusque dans le tombeau, et l'ont placé, nous l'espérons, au rang des saints. Je dis donc que sa conscience fut alarmée dès l'ouverture des débats sur la nouvelle organisation de l'Église ; il connaissait assez les membres de l'Assemblée pour n'en rien attendre de satisfaisant. Dans son embarras, il s'adressa à Rome par l'entremise du cardinal de Bernis, son ambassadeur, pour demander au pape des conseils et une autorisation qui pussent concilier sa conscience avec la paix de son royaume. Déjà, avec son coup d'oeil juste, il prévoyait l'immense perturbation que pourrait causer dans le royaume une décision imprudente de l'Assemblée; d'ailleurs, le projet était connu et son adoption plus que probable.

Le pape Pie VI, exercé à ces sortes de luttes, qu'il avait soutenues en Allemagne, en Toscane et dans le royaume de Naples, vit aussitôt le danger qui menaçait la religion en France. Il craignait les décisions de l'Assemblée et la faiblesse du roi, Dans une réponse citée plus haut, il cherche à fortifier le roi contre lui-même ; il ne doute pas de ses sentiments personnels, de sa fidelité et de son attachement à la religion catholique, mais il craint pour lui les artifices et le langage captieux des ennemis qui peuvent abuser de son ardent désir de mettre l'ordre dans le royaume, et d'y ramener la paix et la tranquillité. Il lui rappelle ensuite, avec beaucoup de convenances, ses obligations envers Dieu ; il lui prédit qu'en approuvant les décrets relatifs au clergé, il entraînera la nation dans l'erreur et le royaume dans le schisme, et peut-être allumerat-il la flamme dévorante de la guerre civile; toutes choses qui sont arrivées ! Pour le fortifier contre sa faiblesse, il lui promet son appui, et le prie de consulter deux archevêques qui sont dans son conseil : c'étaient ceux de Vienne et de Bordeaux. Il ne termine

pas sans lui faire entendre que, s'il peut renoncer aux prérogatives de sa couronne, il n'est nullement en droit d'aliéner ou d'abandonner ce qui est dû à Dieu et à l'Église. Le pape ne crut pas avoir assez fait; il écrivit aux deux archevêques une lettre confidentielle, les priant de détourner le roi de donner son approbation aux décrets de l'Assemblée. Ces lettres arrivèrent à Paris le 10 juillet, deux jours avant l'adoption des derniers articles de la constitution civile du clergé.

Les évêques, à l'exception d'un petit nombre, et la plupart des curés s'étaient abstenus de voter ; ils avaient

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