Correspondance

Deterville et Lefvre, 1817
 

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281 - VQUS l'ai dit bien des fois , nul homme au monde ne respecte plus que moi l'vangile ; c'est, mon gr, le plus sublime de tous les livres ; quand tous les autres m'ennuient, je reprends toujours celui-l avec un nouveau plaisir; et, quand toutes les consolations humaines m'ont manqu, jamais je n'ai recouru vainement aux siennes.
95 - J'ai l'honneur d'tre avec le plus tendre et le plus immortel attachement , monsieur , etc. A M. DE VOLTAIRE. Paris, ii dcembre MONSIEUR, H ya quinze ans que je travaille pour me rendre digne de vos regards, et des soins dont vous favorisez les jeunes muses en qui vous dcouvrez quelque talent. Mais, pour avoir fait la musique d'un opra , je me trouve , je ne sais comment, mtamorphos en musicien. C'est, monsieur, en cette qualit que M.
19 - J'ai donc dessein de supplier madame de Warens de vouloir bien agrer que je passe le reste de mes jours auprs d'elle, et que je lui rende jusqu' la fin de ma vie tous les services qui seront en mon pouANNÉE 1736.
272 - Monsieur, retournez dans votre province ; allez vivre dans le sein de votre famille ; servez, soignez vos vertueux parents : c'est l que vous remplirez vritablement les soins que la vertu vous impose. Une vie dure est plus facile supporter en province que la fortune poursuivre Paris, surtout quand on sait, comme! 11* vous ne l'ignorez pas, que les plus indignes manges y font plus de fripons gueux que de parvenus.
163 - Vasseur, et si pauvre qu'elle demeure chez moi; que ce panier contenoit , entre autres choses , un pot de vingt livres de beurre ; que le tout est parvenu , je ne sais comment , dans votre cuisine; que la bonne vieille, l'ayant appris, a eu la simplicit de vous envoyer sa fille , avec la lettre d'avis , vous redemander son beurre , ou le prix qu'il a cot; et qu'aprs vous tre moqus d'elle, selon l'usage, vous et madame votre pouse, vous avez, pour toute rponse , ordonn vos gens...
103 - ... suis impose de ne jamais louer personne en face; mais, monsieur, je prendrai la libert de vous dire que vous avez mal jug d'un homme de bien en le croyant capable de payer d'ingratitude et d'arrogance la bont et l'honntet dont vous avez us envers lui au sujet des Ftes de Ramire '. Je n'ai point oubli la lettre dont vous m'honortes dans cette occasion.
444 - ... aveuglement, quelle sombre humeur, inspire dans la solitude par un mal affreux, m'a fait inventer, pour en noircir ma vie et l'honneur d'autrui, ce tissu d'horreurs, dont le soupon, chang dans mon esprit prvenu presque en certitude , n'a pas mieux t dguis d'autres qu' vous. Je sens pourtant que la source de cette folie ne fut jamais dans mon cur. Le dlire de la douleur m'a fait perdre la raison avant la vie; en faisant des actions de mchant, je n'tais qu'un insens.
217 - ... l'existence de Dieu. Si Dieu existe, il est parfait; s'il est parfait, il est sage, puissant, et juste ; s'il est sage et puissant, tout est bien ; s'il est juste et puissant, mon me est immortelle; si mon me est immortelle , trente ans de vie ne sont rien pour moi, et sont peut-tre ncessaires au maintien de l'univers.
173 - D'ailleurs, il ya dans le progrs des choses des liaisons caches que le vulgaire n'aperoit pas, mais qui n'chapperont point l'il du sage, quand il y voudra rflchir. Ce n'est ni Trence, ni Cicron, ni Virgile, ni Snque, ni Tacite, ce ne sont ni les savants, ni les potes, qui ont produit les malheurs de Rome...
449 - J'ouvre en frmissant les yeux sur moi , et je me vois tout aussi mprisable que je le suis devenu. Devenu! non; l'homme qui porta cinquante ans le cur que je sens renatre en moi n'est point celui qui...