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Consignons ici les événements qui surgirent entre le 19 octobre, jour de l'entrée de l'Assemblée nationale à l'archevêché, et le 9 novembre, jour de son installation au manége.

Le retour du boulanger, de la boulangère, du petit mitron et des soixante voitures de farine qui les suivaient, n'avait pas, comme on le pense bien, susli

pour faire disparaître la famine ; des attroupements avaient eu lieu à la porte des boulangers; mais il n'y avait rien à faire contre ces attroupements, le droit de réunion étant consacré par la Déclaration des droits de l'homme.

Déjà, le 14 octobre, Mirabeau, en relation avec la cour, au parti de laquelle il allait passer, Mirabeau, disons-nous, avait proposé la loi martiale; mais cette loi martiale portait une grave atteinte à l'esprit de la Révolution, et l’Assemblée nationale n'avait point osé l'adopter.

Cependant, la cour avait grand besoin que cette loi passat.

Maintenant, quels furent les instigateurs de l'événement qui fit passer cette loi? C'est ce qu'il est impossible d'affirmer, et c'est ce qu'il faut laisser décider au lecteur, en lui mettant sous les yeux cependant cet axiome de droit :

Il faut imputer le crime à celui qui a intérêt au crime. En tout cas, voici le fait :

Le 21 octobre, au matin, un boulanger nommé Denis François, agé de vingt-huit ans, marié depuis quinze mois, demeurant rue du Marché-Palu, district de Notre-Dame, avait déjà délivré six fournées de pain et commençait à cuire la septième, lorsqu'une femme qui n'avait pu en

avoir encore demande à visiter la boutique pour voir s'il n'y a pas de pain caché.

François, qui n'a rien à craindre, la fait entrer et l'invite à faire des recherches. Malheureusement, dans une armoire, elle trouva trois pains rassis de quatre livre chacun, que les garçons avaient conservés pour eux.

Elle en prend un, sort dans la rue et ameute le peuple en disant que le malheureux a caché une partie de sa fournée.

Aussitôt le peuple force la faible garde que la police avait mise à la porte de François, comme à celle des autres boulangers.

Et, outre les deux autres pains rassis, il trouvé dix douzaines de petits pains frais, réservés pour messieurs de l'Assemblée nationale, qui, siégeant à l'archevêché, ne sont qu'à quelques pas de la rue du Marché-Palu.

Aussitôt s'élève une voix qui crie : - Le boulanger à la lanterne!

Cétait un cri terrible et qui commençait à retentir dans les rues de Paris.

Le malheureux boulanger comprend le danger qu'il court; il demande à être conduit à son district : on ne l'écoute pas; on veut l'entraîner à la Grève. Les officiers du district accourent, et il est conduit au comité de police.

François était fort aimé et fort estimé dans son quartier. Aussi ses voisins le suivent, et, appelés en témoignage, constatent qu'il a donné, depuis le commencement de la Révolution, les plus grandes preuves de zèle; qu'il a fait habituellement dix fournées par jour; que, lorsqu'ils

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en manquaient, il a souveut cédé de la farine à ses confrères ; que, la veille encore, par exemple, il a cédé trois sacs aux sieurs Patrigeon et Merrelier; enfin que, pour servir plus promptement le public, outre son four, il loue le four d'un pâtissier, où il fait sécher son bois.

Cet homme méritait une récompense. On continue à de mander sa tête.

Trois citoyens se jettent entre lui et les forcenés qui le menacent.

Disons leurs noms. Il est toujours bon d'écrire le nom de trois honnêtes gens. C'étaient MM. Garran de Coulon, Guillot de Blancheville et Damenne fils.

Mais ils ont beau répéter à haute voix les témoignages qu'ils ont entendus, les clameurs mortelles parlent plus haut qu'eux; le boulanger est pris au milieu des gardes nationaux, tiré de leurs mains, malgré les efforts qu'ils font pour le défendre. A peine est-il aux mains de ses ennemis, qu'il est mort et qu'en deux secondes, sa tête, séparée du corps, s'élève au bout d'une pique.

Rien n'était plus facile que d'empêcher ces hommes de commettre le crime; rien n'était plus facile que d'arrêter l'assassin qui portait cette tête, et les quelques misérables qui lui faisaient escorte. Mais on s'en garde. Paris a besoin d'être épouvanté pour recevoir la loi martiale comme un bienfait. Les assassins peuvent donc en toute liberté s'amuser à renouveler les sanglantes facéties du retour de Versailles.

Un boulanger passe. On lui prend son bonnet, dont on coiffe la tête du malheureux François.

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Sa femme, grosse de trois mois, apprenant, à son retour à la maison, que son mari a été conduit à l'hôtel de ville, s'empresse de courir à son secours.

Sur le pont Notre-Dame, elle rencontre quelques amis qui font ce qu'ils peuvent pour l'empêcher d'aller plus loin. Elle insiste; elle se débat. Une troupe hurlante apparait à l'extrémité du pont. Elle porte pour étendard une tête sanglante : elle reconnait celle de son mari.

On l'emporte évanouie.
Quant à son enfant, il est mort.

Aussitôt la Commune envoie une députation à l'Assemblée nationale pour que la loi martiale soit votée d'urgence.

Foucaut veut qu'elle soit votée dans la même journée.
Barnave appuie Foucaut.

Mirabeau, qui l'avait proposée, revient à la charge, et démontre l'urgence de sa loi.

Buzot la repousse.

Robespierre fait contre elle une de ses plus logiques improvisations.

Une nouvelle députation de la Commune, encore plus pressante que la première, arrive pendant la discussion. La loi est décrétée le même jour, sanctionnée le soir par le roi, et proclamée le lendemain.

Il faut le dire, au reste, la première application de cette loi fut faite contre les assassins de la veille. Deux furent pendus en Grève le jour même de sa promulgation, et un troisième, ancien recruteur de dragons, nommé Fleur-d'Épine, fut dégradé et conduit au Châtelet pour y être juge.

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C'était lui qui avait coupé la tête du malheureux Francois.

Cette aventure fut, pendant huit jours, la nouvelle de la cour et de la ville. Chacun s'intéressa à la jeune femme du malheureux boulanger, devenue veuve avec un enfant au berceau.

La reine fit passer à cette infortunée, de moitié avec le roi, six billets de mille francs; la municipalité lui envoya une députation pour lui apprendre qu'elle et son fils étaient sous la sauvegarde de la Commune, et qu'il serait pourvu à tous leurs besoins.

Cependant on proclamait la loi martiale.
Elle disait:

« Lorsque la tranquillité publique sera en péril, les officiers municipaux seront tenus de déclarer que la force militaire va être déployée pour rétablir l'ordre.

» Cette déclaration se fera en arborant un drapeau rouge dans les rues, et, à partir de ce moment, tout attroupement sera criminel; faute par les personnes attroupées de se retirer, il leur sera fait par les officiers municipaux trois sommations en ces termes:

» On va faire feu, que les bons citoyens se retirent.

» Après la troisième sommation, la force des armes sera déployée sans que personne soit responsable de ce qui pourra en résulter.

Après le feu, toutes les personnes attroupées seront punies d'emprisonnement, et celles qui auront commis quelque violence seront punies de mort. »

Deux journalistes seulement protestèrent contre cette

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