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Exercices. Ce n'est pas sur ses Constitutions que vivent les Jésuites, mais sur les Constitutions modifiées et dénaturées par Lainez (1).

Ils ont eu de nombreux théologiens, mais de second ordre, et plus brouillons que penseurs. Molinistes et probabilistes, Dieu sait quels flots d'encre ils ont fait couler pour le plus grand mal de l'Eglise. Leur éducation? une école de vertu superficielle et d'esprit mondain. On lui reproche aujourd'hui, de trop se défier de la nature humaine et de ne rien voir au-delà d'un certain idéal de discipline extérieure; — Sainte-Beuve, lui, discernait dans leur éducation du xvile siècle un Semi-pélagianisme déclaré, tendant au Pélagianisme pur, c'est-à-dire une confiance outrée en la bonne nature (2). Ils ne font pas maintenant assez de concessions à l'esprit du siècle; ils en faisaient trop jadis.

Leur direction? Pascal s'est-il assez moqué de la dévotion aisée ! On les blâme aujourd'hui, dans une certaine école mystique, d'être raides et systématiques, et de ne rien voir au-delà du combat contre soi-même. Leurs missions? Ils ont eu des martyrs; beau décor qui masque des entreprises politiques ou commerciales. Leur dévouement au Saint-Siège? en réalité, asservissement de l'esprit catholique. Leurs histoires de persécutés? Mais « le cœur a-t-il été à la hauteur de leur

(1) Sur les Exercices, voir l'opuscule où le P. Watrigant répond aux objections et raconte l'histoire du livre, La Genèse des Exercices de saint Ignace, Amiens 1897. Sur les Constitutions voir l'édition critique de Madrid, 1893, Introduction.

(2) Port-Royal, t. III, p. 482.

martyre? » (1). La vertu des individus? Qu'est-ce que cela prouve en faveur du corps entier? « Chaque Jésuite, écrivait l'abbé Galiani, était aimable, morigené, utile, et toute la société, qui n'était pourtant que la masse des individus, était odieuse, corrompue dans la morale, pernicieuse. Que d'autres expliquent cet étrange phénomène; pour moi, je m'y perds (2). »

La simple table des matières d'une Summa contra Jesuitas remplirait un volume; et s'il fallait réfuter, une bibliothèque n'y suffirait pas.

Un Jésuite allemand, le P. Bernard Dühr, dans son curieux et savant ouvrage, Les Fables Jésuitiques, a réuni un certain nombre de ces calomnies, et s'est donné la peine d'y répondre. Tout naturellement il a choisi celles qui sont les plus populaires en pays allemand. Par exemple : le confesseur de l'impératrice Marie-Thérèse a violé le secret de la confession, en communiquant à Rome les inquiétudes de sa pénitente sur le partage de la Pologne; les Jésuites ont empoisonné Clément XIV; Aquaviva est l'auteur des Monita Secreta; les Jésuites allemands sont responsables de la guerre de Trente Ans, et les Jésuites français, très influents l'ignorait aux Tuileries sur l'impératrice Eugénie, responsables de la guerre franco-allemande; le P. Petre, à la cour de Jacques II, a conspiré l'assassinat de Guillaume d'Orange; la Saint-Barthélemy est l'oeuvre des Jésuites français, comme aussi la Révolution fran

on

(1) Lacordaire, cité dans Le Canuet, Montalembert, t. II, p. 278.

(2) Lettres à Mme d'Epinay. T. II, p. 178. (Sto Beuve, Port-Royal, t. III, p. 131).

çaise; un Jésuite au xvme siècle s'est fait proclamer roi du Paraguay et empereur de Mamelouks, sous le nom de Nicolas Jer; le célèbre missionnaire de Chine, Adam Schall était marié; les richesses de la Compagnie sont scandaleuses, etc. Il y a ainsi trente-six chefs d'accusation. Et la liste est fort incomplète. L'auteur a laissé de côté ce qui intéressait moins ses lecteurs allemands. Mais quel est le pays d'Europe et d'outre-mer où l'on ne pourrait écrire un livre semblable?

II

Et ici je ne puis m'empêcher de me poser une question. Voilà trois cent cinquante ans qu'une atmosphère de défiance allant jusqu'à la haine entoure la Compagnie de Jésus. Le Jésuite ne peut ouvrir un livre d'histoire ou de littérature sans y trouver, sur le compte de celle qu'il aime à appeler sa « mère », les plus étranges récits. Le Jésuite sait qu'il est haï, méconnu, calomnié, qu'on se méfie de lui, qu’on travestit ses actes les plus innocents, que sa parole ne compte pas, qu'il lui suffit d'être ce qu'il est pour qu'on se tienne sur ses gardes. Il sait que beaucoup de gens qui lui sourient, affectent de le craindre et ne se gènent guère pour le mordiller par derrière. Il sait que toute initiative de sa part sera mal interprétée, et que, à tout le moins, on la traitera d'envahissement. Il sait encore qu’un écart de parole ou d'action, qui passerait inaperçu de la part d'un autre, venant de lui, sera grossi, et prendra les proportions d'un méfait. Il sait qu'à son égard, on aura toujours des trésors de perspicacité pour lire au fond de ses intentions. Il a de fidèles et ardents amis, mais dont la voix encourageante ne couvre pas le bruit de tout ce qui se dit et s'imprime à son adresse.

Il le sait, ne s'en inquiète pas; il est le premier à rire de certaines inventions qui dépassent, par trop, la mesure permise. Et que voulez-vous, par exemple, que dise le Général de la Compagnie quand on lui écrit pour lui demander quelle raison si particulière il pouvait bien avoir de faire assassiner l'impératrice d'Autriche et le roi d'Italie? Il ne peut que répéter avec tous ses fils : « Mon Dieu, pardonnez-leur, ils ne savent ce qu'ils font (1) ».

Mais enfin, étant donné ce fait universel, je demande - et laisse à d'autres le soin d'examiner le problème-: si les Jésuites ont, comme on le dit, des défauts qui sont bien à eux, d'autant plus caractéristiques peut-être, qu'eux-mêmes ont plus de peine à se les avouer, quand ils ne les transforment pas en qualités, la faute n'en serait-elle pas, quelque peu, à la situation anormale, injuste qu'on leur a faite dès le début, d'hommes partout et toujours hors la loi, hors le droit commun?

Des défauts? Si chaque individu, chez eux, était absolument conforme à l'idéal proposé par leur saint fondateur à l'approbation des papes, béni et approuvé de fait par eux, canonisé en la personne d'une centaine de Jésuites déjà mis sur les autels, alors, il serait bien

(1) Correspondant, 10 janvier 1903, p. 30.

inutile de parler de défauts : ils n'en auraient pas. Malheureusement ils sont hommes, et il faut compter sur les défaillances individuelles.

Or ces défectuosités sont de deux sortes :

Les unes auront leur explication, je ne dis pas leur cause, dans la nature même de l'Institut. Cet Institut réclame un certain ensemble de vertus caractéristiques. De là, chez ceux qui, plus ou moins, s'éloigneront de l'idéal officiel, des défauts originaux. L'on comprend que si l'idéal du Chartreux n'est pas celui du Jésuite, les défauts du Jésuite imparfait ne seront pas non plus ceux du Chartreux médiocre. De ces taches je n'ai qu'une chose à dire : on a tout droit de les reprocher aux individus; mais pourquoi en rendre responsable l'ordre tout entier? Le tort de ces religieux serait, non pas d'être trop Jésuites, mais de ne pas l'être assez?

A côté de ces défaillances-là, n'en signalerait-on pas d'autres dont l'origine purement extérieure, dont la cause, directe ou indirecte, n'est, ni l'ordre lui-même, ni l'individu, mais les circonstances? Défauts, je me hâte de l'ajouter, qui s'atténueront dans la mesure où l'individu progressera en sainteté, mais qui risqueront chez certains autres, de vertu moindre, ou de bon sens plus faible, de passer à l'état plus ou moins aigu.

Et par exemple, on leur reproche un certain particularisme : ils se mêlent peu, ils se tiennent à l'écart et font bande à part. Mais on ne cesse de leur faire entendre qu'on se défie d'eux, et de leur esprit envahissant. S'ils font des avances : esprit de domination; s'ils n'en font pas : esprit d'orgueil. Ils ont de leur

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