Posies nouvelles de Alfred de Musset: 1836-1852--

Charpentier, 1852 - 298
 

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190 - J'ai perdu jusqu' la fiert Qui faisait croire mon gnie. Quand j'ai connu la Vrit, J'ai cru que c'tait une amie ; Quand je l'ai comprise et sentie, J'en tais dj dgot . Et pourtant elle est ternelle, Et ceux qui se sont passs d'elle Ici-bas ont tout ignor. Dieu parle, il faut qu'on lui rponde Le seul bien qui me reste au monde Est d'avoir quelquefois pleur.
200 - Oui, les premiers baisers, oui, les premiers serments Que deux tres mortels changrent sur terre, Ce fut au pied d'un arbre effeuill par les vents, Sur un roc en poussire. Ils prirent tmoin de leur joie phmre Un ciel toujours voil qui change tout moment Et des astres sans nom que leur propre lumire Dvore incessamment.
90 - Recevant d'ge en ge une nouvelle vie, Ainsi s'en vont Dieu les gloires d'autrefois ; Ainsi le vaste cho de la voix du gnie Devient du genre humain l'universelle voix... Et de toi, morte hier, de toi, pauvre Marie, Au fond d'une chapelle il nous reste une croix!
48 - Ecoute! tout se tait; songe ta bien-aime. Ce soir, sous les tilleuls, la sombre rame Le rayon du couchant laisse un adieu plus doux. Ce soir, tout va fleurir : l'immortelle nature Se remplit de parfums, d'amour et de murmure, Comme le lit joyeux de deux jeunes poux.
66 - Entrouvraient pour me voir l'corce des bouleaux, Et les pleurs qui coulaient durant nos promenades Tombaient, purs comme l'or, dans le cristal des eaux. Qu'as-tu fait, mon amant, des jours de ta jeunesse?
87 - Et tu dis qu'il se brise force de souffrir. Tu demandes Dieu de soulager ton me: Ton me est immortelle, et ton cur va gurir. Le regret d'un instant te trouble et te dvore j Tu dis que le pass te voile l'avenir.
41 - Nous tions seuls, pensifs, et nous avions quinze ans. Je regardais Lucie. Elle tait ple et blonde. Jamais deux yeux plus doux n'ont du ciel le plus pur Sond la profondeur et rflchi l'azur.
94 - Que ne dtournais-tu la tte pour sourire, Comme on en use ici quand on feint d'tre mu ? Hlas ! on t'aimait tant, qu'on n'en aurait rien vu. Quand tu chantais le Saule, au lieu de ce dlire, Que ne t'occupais-tu de bien porter ta lyre ? La Pasta fait ainsi : que ne l'imitais-tu...
147 - Beau chevalier qui partez pour la guerre, Qu'allez-vous faire Si loin d'ici? Voyez-vous pas que la nuit est profonde, Et que le monde N'est que souci ? Vous qui croyez qu'une amour dlaisse De la pense S'enfuit ainsi, Hlas ! hlas ! chercheurs de renomme, Votre fume S'envole aussi. ./ Beau chevalier qui partez pour la guerre, Qu'allez-vous faire Si loin de nous ? J'en vais pleurer, moi qui me laissais dire Que mon sourire Était si doux.
4 - Regrettez-vous le temps o nos vieilles romances Ouvraient leurs ailes d'or vers leur monde enchant ; O tous nos monuments et toutes nos croyances Portaient le manteau blanc de leur virginit ; O, sous la main du Christ, tout venait de renatre...