Revue de Paris

Louis Dsir Vron
Bureau de la Revue de Paris., 1835
 

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215 - Ces paules taient partages par une raie, le long de laquelle coula mon regard, plus hardi que n'et t ma main. Je me haussai, tout palpitant, pour voir le corsage, et fus compltement fascin par une gorge chastement couverte d'une gaze, mais dont les globes azurs et d'une rondeur parfaite taient douillettement couchs dans des flots de dentelle.
211 - Affect par tant d'lments morbides, vingt ans passs, j'tais encore petit, maigre et ple. Mon me, pleine de vouloirs, se dbattait avec un corps dbile en apparence, mais qui, selon le mot d'un vieux mdecin de Tours , subissait la dernire fusion d'un temprament de fer. Enfant par le corps et vieux par la pense, j'avais tant lu, tant mdit, que je connaissais mtaphysiquement la vie dans ses hauteurs au moment o j'allais apercevoir les difficults tortueuses de ses...
218 - A cette pense, je m'appuyai contre un noyer sous lequel, depuis ce jour, je me repose toutes les fois que je reviens dans ma chre valle. Sous cet arbre confident de mes penses, je m'interroge sur les changements que j'ai subis pendant le temps qui s'est coul depuis le dernier jour o j'en suis parti. Elle demeurait l, mon cur ne me trompait point : le premier castel que je vis au penchant d'une lande tait son habitation. Quand je m'assis sous mon noyer, le soleil de midi faisait...
219 - Ne me demandez plus pourquoi j'aime la Touraine ? je ne l'aime ni comme on aime son berceau, ni comme on aime une oasis dans le dsert; je l'aime comme un artiste aime l'art ; je l'aime moins que je ne vous aime, mais sans, la Touraine, peut-tre ne vivrais-je plus.
227 - ... partout les lignes s'arrondissaient en flexuosits dsesprantes pour le regard comme pour le pinceau. Un duvet follet se mourait le long de ses joues, dans les mplats du cou, en y retenant la lumire qui s'y faisait soyeuse.
29 - L'auteur de ce recueil n'est pas de ceux qui reconnaissent la critique le droit de questionner le pote sur sa fantaisie, et de lui demander pourquoi il a choisi tel sujet, broy telle couleur, cueilli tel arbre, puis telle source.
227 - ... comme dessin par Phidias, et runi par un double arc des lvres lgamment sinueuses, spiritualisait son visage de forme ovale, et dont le teint comparable au tissu des camlias blancs, se rougissait aux joues par de jolis tons roses.
219 - L'amour infini, sans autre aliment qu'un objet peine entrevu dont mon me tait remplie, je le trouvais exprim par ce long ruban d'eau qui ruisselle au soleil entre deux rives vertes, par ces lignes de peupliers qui parent de leurs dentelles mobiles ce val d'amour, par les bois de chnes qui s'avancent entre les vignobles sur des coteaux que la rivire arrondit toujours diffremment, et par ces horizons estomps qui fuient en se contrariant.
203 - J'eus donc souvent le fouet pour mon toile. Ne pouvant me confier personne, je lui disais mes chagrins dans ce dlicieux ramage intrieur par lequel un enfant bgaye ses premires ides, comme nagure il a bgay ses premires paroles.
219 - En ce moment, les moulins situs sur les chutes de l'Indre donnaient une voix cette valle frmissante, les peupliers se balanaient en riant, pas un nuage au ciel, les oiseaux chantaient, les cigales criaient, tout y tait mlodie. Ne me demandez plus...