Premires posies de Alfred de Musset: 1829-1835

Charpentier, 1884 - 356
 

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368 - Lisez les Italiens, vous verrez s'il les vole. Rien n'appartient rien, tout appartient tous. Il faut tre ignorant comme un matre d'cole Pour se flatter de dire une seule parole Que personne ici-bas n'ait pu dire avant vous. C'est imiter quelqu'un que de planter des choux.
152 - Combien peuvent sur nous, pour gurir toute peine, Ces deux signes jumeaux de paix et de bonheur, ^Jeunesse de visage et jeunesse de cur*.
163 - Ple toile du soir, messagre lointaine, Dont le front sort brillant des voiles du couchant, De ton palais d'azur, au sein du firmament, Que regardes-tu dans la plaine ? La tempte s'loigne, et les vents sont calms. La fort, qui frmit, pleure sur la bruyre ; Le phalne dor, dans sa course lgre, Traverse les prs embaums. Que cherches-tu sur la terre endormie ? Mais dj vers les monts je te vois t'abaisser; Tu fuis en souriant, mlancolique amie, Et ton tremblant regard...
182 - Je suis jeune; j'arrive. A moiti de ma route, Dj las de marcher, je me suis retourn. La science de l'homme est le mpris sans doute; C'est un droit de vieillard qui ne m'est pas donn. Mais qu'en dois-je penser? Il n'existe qu'un tre Que je puisse en entier et constamment connatre, Sur qui mon jugement puisse au moins faire foi, Un seul !... je le mprise. Et cet tre, c'est moi.
1 - Ce livre est toute ma jeunesse; Je l'ai fait sans presque y songer. Il y parat, je le confesse, Et j'aurais pu le corriger. Mais quand l'homme change sans cesse, Au pass pourquoi rien changer?
226 - On m'a dit l'an pass que j'imitais Byron : Vous qui me connaissez, vous savez bien que non. Je hais comme la mort l'tat de plagiaire; Mon verre n'est pas grand, mais je bois dans mon verre.
155 - Qui nous vins d'Italie, et qui lui vins des cieux ! Douce langue du cur, la seule o la pense, Cette vierge craintive et d'une ombre offense, Passe en gardant son voile et sans craindre les yeux! Qui sait ce qu'un enfant peut entendre et peut dire Dans tes soupirs divins, ns de l'air qu'il respire, Tristes comme son cur et doux comme sa voix?
216 - Madame, il est heureux, celui dont la pense (Qu'elle ft de plaisir, de douleur, ou d'amour) A pu servir de sur la vtre un seul jour : Son me dans votre me un instant est passe ; Le rve de son cur un soir s'est arrt, Ainsi qu'un plerin sur le seuil enchant Du merveilleux palais tout peupl de feries O dans leurs voiles blancs dorment vos rveries.
379 - Demandant aux forts, la mer, la plaine, Aux brises du matin, toute heure, tout lieu, La femme de ton me et de ton premier vu ! Prenant pour fiance un rve, une ombre vaine, Et fouillant dans le cur d'une hcatombe humaine, Prtre dsespr, pour y chercher ton Dieu. XLV Et que voulais-tu donc? Voil ce que le monde Au bout de trois cents ans demande encor tout bas.
181 - Puisque c'est ton mtier de faire de ton me Une prostitue, et que, joie ou douleur, Tout demande sans cesse sortir de ton cur ; Que du moins l'histrion, couvert d'un masque infme, N'aille pas, dgradant ta pense avec lui, Sur d'ignobles trteaux la mettre au pilori ; Que nul plan, nul dtour, nu!