Études de la nature, 3

Chez Tourneizen, 1795
 

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109 - C'est surtout la campagne que leur impression se fait vivement sentir : une simple fosse fait souvent verser plus de larmes que les catafalques dans les cathdrales : c'est l que la douleur prend de la sublimit ; elle s'lve avec les vieux ifs des cimetires, elle s'tend avec les plaines et les collines d'alentour ; elle s'allie avec tous les effets de la nature, le lever de l'aurore, le murmure des vents, le coucher du soleil et les tnbres de la nuit.
440 - JeanJacques me dit avec attendrissement : " Maintenant j'prouve ce qui est dit dans l'vangile : Quand plusieurs d'entre vous seront rassembls en mon nom, je me trouverai au milieu d'eux. Il ya ici un sentiment de paix et de bonheur qui pntre l'me." Je lui rpondis: "Si Fnelon vivait, vous seriez catholique.
367 - Les Arabes tendent leur humanit jusqu' leurs chevaux; jamais ils ne les frappent; ils les dressent force de caresses, et ils les rendent si dociles, qu'il n'y en a point dans le monde qui leur soient comparables en beaut et en bont. Ils ne les attachent point dans leur camp; ils les laissent errer en paissant aux environs, d'o ils accourent la voix de leurs matres. Ces animaux dociles viennent la nuit se coucher dans leurs tentes au milieu des enfants, sans jamais les blesser....
151 - Ils continuent marcher, et ils arrivent, un quart de lieue plus loin, un autre champ d'orge. La troupe aussitt met pied terre, fauche le grain, le met en trousse 2, et remonte cheval.
158 - L'homme a beau s'environner des biens de la fortune , ds que ce sentiment disparat de son cur, l'ennui s'en empare. Si son absence se prolonge, il tombe dans la tristesse, ensuite dans une noire mlancolie , et enfin dans le dsespoir. Si cet tat d'anxit est constant, il se donne la mort. L'homme est le seul tre sensible qui se dtruise lui-mme dans un tat de libert. La vie humaine, avec ses pompes et ses dlices, cesse de lui paratre une vie quand elle cesse i!
199 - Nous avons donn, en parlant de l'ordre vgtal , les moyens de reconnatre les analogies naturelles des plantes avec chaque latitude et chaque territoire. Il n'ya point de terrain , ft-il de sable tout pur, ou de vase, o, par un bienfait particulier de la Providence, quelqu'une de nos plantes domestiques ne puisse russir. Mais avant tout, il faudrait ressemer les bois qui abritaient jadis ces lieux , exposs maintenant l'action des vents qui mangent les germes de tout ce qu'on y sme....
104 - J'en ai vu d'autres, dont les mchicoulis et les crneaux, jadis meurtriers, taient tout fleuris de lilas, dont les nuances, d'un violet brillant et tendre, formaient des oppositions charmantes avec les pierres de la tour, caverneuses et rembrunies. L'intrt d'une ruine augmente quand il s'y joint quelque sentiment moral: par exemple, quand ces tours dgrades ont t les asiles du brigandage.
264 - J'ai vu plusieurs fois de simples ouvriers verser des larmes la lecture de nos meilleurs romans, ou la reprsentation de quelques tragdies. Ils demandaient ensuite si le sujet qui les avait fait pleurer , tait bien vrai ; et quand on leur rpondait qu'il tait imagin , ils n'en faisaient plus de compte ; ils taient fchs de s'tre attendris en vain.
107 - Un tombeau est un monument plac sur les limites des deux mondes. Il nous prsente d'abord la fin des vaines inquitudes de la vie, et l'image d'un ternel repos ; ensuite il lve en nous le sentiment confus d'une immortalit heureuse, dont les probabilits augmentent mesure que celui dont il nous rappelle la mmoire a t plus vertueux.
108 - Il ne faut pas , pour rendre recommandables ces monuments, des marbres, des bronzes, des dorures. Plus ils sont simples, plus ils donnent d'nergie au sentiment de la mlancolie. Ils font plus d'effet , pauvres que riches , antiques que modernes, avec des dtails d'infortune qu'avec des titres d'honneur , avec les attributs de ,la vertu qu'avec ceux de la puissance. C'est surtout la campagne que leur impression se fait vivement sentir. Une simple fosse y fait souvent verser plus de larmes que...