Les potes franais du XIXe sicle

Camille Fontaine
W.R. Jenkins, 1889 - 395
 

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238 - Souvent, pour s'amuser, les hommes d'quipage Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers, Qui suivent, indolents compagnons de voyage, Le navire glissant sur les gouffres amers. A peine les ont-ils dposs sur les planches, Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux, Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches Comme des avirons traner ct d'eux. Ce voyageur ail, comme il est gauche et veule! Lui, nagure si beau, qu'il est comique et laid!
47 - Sois plus lente"; et l'aurore Va dissiper la nuit. 'Aimons donc, aimons donc! de l'heure fugitive, Htons-nous, jouissons! L'homme n'a point de port, le temps n'a point de rive; II coule, et nous passons!
46 - Un soir, t'en souvient-il ? nous voguions en> silence, On n'entendait au loin sur l'onde et sous les cieux, Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence Tes flots harmonieux.
47 - S'envolent loin de nous de la mme vitesse Que les jours de malheur? Eh quoi ! n'en pourrons-nous fixer au moins la trace ? Quoi! passs pour jamais? quoi! tout entiers perdus? Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface, Ne nous les rendra plus?
46 - O temps, suspends ton vol ! et vous, heures propices, Suspendez votre cours ! Laissez-nous savourer les rapides dlices Des plus beaux de nos jours ! " Assez de malheureux ici-bas vous implorent : Coulez, coulez pour eux ; Prenez avec leurs jours les soins qui les dvorent ; Oubliez les heureux.
139 - L'ombre tait nuptiale, auguste et solennelle; Les anges y volaient sans doute obscurment, Car on voyait passer dans la nuit, par moment, Quelque chose de bleu qui paraissait une aile. La respiration de Booz qui dormait, Se mlait au bruit sourd des ruisseaux sur la mousse.
282 - N'y touchez pas, il est bris. Souvent aussi la main qu'on aime, Effleurant le cur, le meurtrit; Puis le cur se fend de lui-mme, La fleur de son amour prit...
191 - Je ne crois pas, Christ ! ta parole sainte. Je suis venu trop tard dans un monde trop vieux. D'un sicle sans espoir nat un sicle sans crainte ; Les comtes du ntre ont dpeupl les cieux.
22 - Mais, vers la solitaire alle, Si mon amante chevele Venait pleurer quand le jour fuit.. Éveille par ton lger bruit Mon ombre un instant console ! > II dit, s'loigne... et sans retour !... La dernire feuille qui tombe A signal son dernier jour. Sous le chne on creusa sa tombe... Mais son amante ne vint pas Visiter la pierre isole, Et le ptre de la valle Troubla seul du bruit de ses pas Le silence du mausole.
22 - Et j'ai vu comme une ombre vaine S'vanouir mon beau printemps. Tombe, tombe, feuille phmre ! Voile aux yeux ce triste chemin ; Cache au dsespoir de ma mre La place .o je serai demain. Mais, vers la solitaire alle, Si mon amante chevele Venait pleurer quand le jour fuit, Éveille par ton lger bruit Mon ombre un instant console !