Oeuvres compltes de J. J. Rousseau: mises dans un nouvel ordre, avec des notes historiques et des claircissements

P. Dupont, 1824
 

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330 - Le flux et le reflux de cette eau, son bruit continu, mais renfl par intervalles, .frappant sans relche mon oreille et mes yeux, supplaient aux mouvements internes que la rverie teignait en moi, et suffisaient pour me faire sentir avec plaisir mon existence, sans prendre la peine de penser.
231 - Quand tous mes rves se seraient tourns en ralits, ils ne m'auraient pas suffi ; j'aurais imagin, rv, dsir encore. Je trouvais en moi un vide inexplicable que rien n'aurait pu remplir, un certain lancement de cur vers une autre sorte de jouissance dont je n'avais pas d'ide, et dont pourtant je sentais le besoin.
323 - Les rives du lac de Bienne sont plus sauvages et romantiques* que celles du lac de Genve, parce que les rochers et les bois y bordent l'eau de plus prs; mais elles ne sont pas moins riantes. S'il ya moins de culture de champs et de vignes, moins de villes et de maisons, il ya aussi plus de verdure naturelle, plus de prairies, d'asiles ombrags de bocages, des contrastes plus frquents et des accidents plus rapprochs.
330 - Quand le soir approchait je descendais des cimes de l'le et j'allais volontiers m'asseoir au bord du lac, sur la grve, dans quelque asile cach ; l le bruit des vagues et l'agitation de l'eau fixant mes sens et chassant de mon me toute autre agitation la plongeaient dans une rverie dlicieuse o la nuit me surprenait souvent sans que je m'en fusse aperu.
233 - ... sentir le calme et le bonheur de ma situation. Je trouvais mon couvert mis sur ma terrasse. Je soupais de grand apptit dans mon petit domestique ; nulle image de servitude et de dpendance ne troublait la bienveillance qui nous unissait tous. Mon chien lui-mme tait mon ami, non mon esclave ; nous avions toujours la mme volont, mais jamais il ne m'a obi.
225 - ... tout coup je me sens l'esprit bloui de mille lumires; des foules d'ides vives s'y prsentent la fois avec une force et une confusion qui me jeta dans un trouble inexprimable; je sens ma tte prise par un tourdissement semblable l'ivresse. Une violente palpitation m'oppresse, soulve ma poitrine. -ne pouvant plus respirer en marchant, je me laisse tomber sous un des arbres de l'avenue, et j'y passe une demi-heure dans une telle agitation, qu'en me relevant, j'aperois tout...
166 - Pour moi je le dclare hautement et sans crainte : quiconque, mme sans avoir lu mes crits, examinera par ses propres yeux mon naturel, mon caractre, mes murs, mes penchants, mes plaisirs, mes habitudes, et pourra me croire un malhonnte homme, est luimme un homme touffer.
335 - En sortant d'une longue et douce rverie, me voyant entour de verdure, de fleurs, d'oiseaux, et laissant errer mes yeux au loin SUP les romanesques rivages qui bordaient une vaste tendue d'eau claire et cristalline , j'assimilais mes fictions tous ces aimables objets ; et , me trouvant enfin ramen par degrs moi-mme et ce qui m'entourait, je ne pouvais marquer le point de sparation des fictions aux ralits...
231 - Bientt de la surface de la terre j'levais mes ides tous les tres de la nature, au systme universel des choses, l'tre incomprhensible qui embrasse tout. Alors, l'esprit perdu dans cette immensit je ne pensais pas, je ne raisonnais pas, je ne philosophais pas...