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même, à cette époque, devoir payer sa dette aux controverses du jour par une brochure intitulée Des Communes et de l'Aristocratie, qu'il a réimprimée depuis en la dégageant de ce qu'elle avait de trop accidentel et de polémique. Depuis ce moment, et durant les neuf dernières années de la Restauration, il se contenta de servir sa nuance d'opinion par ses discours et ses votes à la Chambre des pairs, en même temps qu'il honorait ses loisirs par la composition de sa grande histoire.

L'Histoire des Ducs de Bourgogne, publiée de 1824 à 1827, obtint un succès prodigieux qui s'est depuis soutenu, et elle portait avec elle un système qui a été controversé dès l'origine. Nous voudrions surtout ici tâcher d'en bien expliquer et d'en raconter en quelque sorte la pensée, en nous servant presque de la méthode de l'auteur, c'est-à-dire sans trop prétendre juger d'abord, et il se trouvera peut-être que tout naturellement ensuite le jugement ressortira.

Le xvIIe siècle avait usé et abusé de l'histoire philosophique, de celle où l'historien intervenait à chaque instant et s'imposait à son sujet. Voltaire en avait donné l'exemple avec séduction; Robertson y avait porté une mesure spécieuse, et Raynal un excès rebutant. Gibbon et Hume avaient su combiner avec des opinions très-marquées, et presque des partis pris, de hautes qualités de science et de clairvoyance auxquelles on a trop cessé de rendre justice. Pourtant, de cette habitude générale de continuellement juger le passé au point de vue du présent, était né en quelques

esprits élevés le désir bien naturel d'une méthode contraire, où l'on irait d'abord à l'objet pour l'étudier en lui-même et en tirer tout ce qu'il contient.

Un historien très-estimable et très-méritant, M. de Sismondi, plus soucieux des sources et plus porté aux recherches originales qu'on ne l'avait été avant lui, gardait avec cela les formes de l'école philosophique; il imposait ou du moins il accolait son opinion. du jour au fait d'autrefois. Placé au point de transition des deux manières, elles se heurtaient plutôt encore qu'elles ne s'unissaient en lui.

M. de Barante, dès son premier coup-d'œil, s'était montré choqué des abus de la méthode dite philosophique en histoire; il fut conduit au désir d'en purger absolument le noble genre, et de lui rendre, s'il se pouvait, son antique sincérité. Le grand exemple présent de Walter Scott venait apporter des preuves vivantes à l'appui de cette manière, en dehors, il est vrai, du cercle régulier de l'histoire, mais si près qu'il semblait qu'il n'y eût qu'un pas à faire pour y ren

trer.

En France, vers 1820, des esprits éminents s'occupaient avec ardeur, chacun dans sa voie, de cette réforme considérable. Celui qui la professa le premier et avec le plus d'autorité, le maître des théories en cette matière, M. Guizot, continuait pourtant lui-même l'histoire philosophique, tout en la transformant; il analysait les faits, les élevait à l'idée, les réduisait en éléments, les groupait enfin et les distribuait selon les vues de l'esprit; mais, comme cet esprit était très-étendu,

très-perçant, très-impartial dans l'ordre des idées, il évitait cette direction exclusive qu'on reprochait aux écrivains du XVIe siècle. Cependant la pratique historique laissait de ce côté à désirer; malgré l'élévation de l'enseignement, malgré ce talent de narrateur dont il devait faire preuve à son tour dans son Histoire de la Révolution d'Angleterre, M. Guizot n'aimait pas avant tout à raconter; on l'a dit mieux que nous ne le pourrions redire (1), l'exposition qui abrége en généralisant avait pour lui plus d'attraits; bien des faits sous sa plume étaient resserrés en de savants résumés qui eussent pu aussi se dérouler autrement et prendre couleur. En un mot, le talent supérieur qu'on a vu éclater depuis sur un autre théâtre faisait dès lors ses réserves en quelque sorte: l'orateur parlementaire se marquait dans l'historien.

Un rapprochement, un contraste m'a dès longtemps frappé, et il vient ici assez à propos, puisqu'il s'agit de récit. Voyez le premier, le plus jeune de nos vieux chroniqueurs. Joinville est simple, naïf, candide; sa parole lui échappe, colorée de fraîcheur, et sent encore Ison enfance; il s'étonne de tout avec une bonne foi parfaite; les choses du monde sont nées pour lui seulement du jour où il les voit. Par combien de degrés l'affaire historique a marché, et qu'il y a loin de là au rapporteur philosophe qui considère et qui décompose, qui embrasse du même ceil aguerri les superficies diverses, qui communique à chaque observation, même

(1) Globe, 3 juin 1826

naissante, quelque chose d'antérieur et d'enchaîné! Ce qu'il sait d'hier ou du matin, il semble le savoir de toujours (1).

Un autre esprit, maître plutôt en fait d'art, un écrivain, un peintre original et vigoureux, allait aborder l'histoire de front par une prise directe, immédiate; il allait y porter une manière scrupuleuse et véridique, et, si l'on peut dire, une fidélité passionnée. S'attachant à des époques lointaines, peu connues, réputées assez ingrates, traduisant de sèches chroniques avec génie, il devait serrer tout cela de si près et percer si avant, qu'il en tirerait couleur, vie et lumière. Il semblerait créer en trouvant. C'est assez indiquer le rôle de M. Augustin Thierry.

M. de Barante, qui concevait son ouvrage vers le même temps, eut une idée plus simple et dont l'exécution dépendait surtout du choix de l'époque. Aussi ne faut-il pas accorder, je le crois, à sa très-ingénieuse préface une portée plus grande que celle à laquelle il a prétendu : « Dès longtemps, dit-il, la période qu'embras«sent les quatre règnes de cette dynastie (les Ducs de « Bourgogne de la maison de Valois) m'a semblé du « plus grand intérêt. J'ai cru trouver ainsi un moyen << de circonscrire et de détacher de nos longues annales «< une des époques les plus fécondes en événements et << en résultats. En la rapportant aux progrès successifs « et à la chute de la vaste et éclatante domination des

(1) « Ce qu'il a appris le matin, il semble le savoir de toute éternité. » Le mot a été dit en effet.

« princes de Bourgogne, le cercle du récit se trouve « renfermé dans des limites précises. Le sujet prend «< une sorte d'unité qu'il n'aurait pas si je l'avais traité «< à titre d'histoire générale. » Ainsi, dans ce choix des quatre ducs de Bourgogne, M. de Barante voyait surtout une manière ingénieuse de découper et de prendre de biais un large pan de l'histoire de France. Or, cette époque des xive et xve siècles était précisément la plus riche en chroniques de toutes sortes, et déjà assez française pour qu'en changeant très-peu aux textes, on pût jouir de la saveur et de la naïveté : naïveté relative et d'autant mieux faite pour nous, qu'elle commençait à soupçonner le prix des belles paroles. Parmi les chroniqueurs de cet âge, il en était un surtout, le premier en date et en talent, que M. de Barante ne prétendait pas découvrir à coup sûr, mais qui, bien moins en circulation alors que depuis, a eu, grâce à lui d'abord, sa reprise de vogue en ces années et tout un regain d'arrièresaison. Je veux parler de l'Hérodote du moyen âge, de. celui que présageait Joinville, de Froissart, dont Gray, écrivant à Warton en 1760, disait : « Froissart est « un de mes livres favoris. Il me semble étrange « que des gens qui achèteraient au poids de l'or une << douzaine de portraits originaux de cette époque pour «orner une galerie, ne jettent jamais les yeux sur tant « de tableaux mouvants de la vie, des actions, des « mœurs et des pensées de leurs ancêtres, peints sur « place, avec de simples, mais fortes couleurs. » En France, Saint-Palaye déjà l'avait rappelé à l'attention des érudits; M. de Barante le mit en valeur pour

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