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teur et l'organe des méthodes dernières qu'avait produites le XVII° siècle, et dont ce siècle, soi-disant sans foi, était finalement idolâtre, pour ne pas dire esclave. s'agit-il de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, peu s'en faut que Daunou n'attribue bon nombre des maux qui ont éclaté depuis 89 au manque de méthode et de précision qui s'est glissé dans la Déclaration première : « Tous ceux qui avaient en « France l'instinct de l'aristocratie, dit-il, sentirent le « danger d'un travail de ce caractère, et, saisissant « avec trop de sagacité le plus infaillible moyen d'en a dégrader l'exécution et d'en énerver l'influence, ils « donnèrent aux méditations du patriotisme les noms « décriés de métaphysique et de spéculations abstraites, « bien sûrs qu'il n'en faudrait pas davantage pour « armer contre toute recherche un peu profonde, « contre toute analyse un peu austère, l'impatient « orgueil des esprits légers et le despotisme de l'inata tention. Les projets les plus fortement conçus, spé« cialement celui de Sieyès, furent écartés sans examen, « et la première injure que le peuple français reçut de ia ses mandataires, fut d'être regardé par eux comme « incapable de recevoir une instruction solide et d'en« tendre le langage de la raison. On rédigea dix-sept « articles dont l'incohérence, l'ambiguïté, l'impréci« sion, préludèrent à l'injustice et à la faiblesse des « lois, aux humiliations constitutionnelles du peuple a et à nos longues calamités. » Mais pour atteindre le vrai en fait de déclaration des droits, que faut-il donc, selon Daunou, et de quelle manière procéder? Et notez que cette méthode que Daunou va énoncer s'applique à toute autre étude morale, qu'il l'étendra plus tard à l'enseignement de l'histoire, qu'il la préconisera en toute occasion, qu'il y restera opiniâtrément fidèle jusqu'au dernier jour; c'était sa religion à lui : « Je juge, « dit-il, de la Déclaration des droits comme d'un livre « élémertaire, et j'y suis bien autorisé sans doute, « puisqu'elle en sera réellement un.... Or, si nous vou« lons imprimer une marche plus sûre à l'esprit humain, « je pense que les nouveaux livres élémentaires devront « différer des anciens beaucoup plus encore par la mé« thode que par les objets : il ne faudra point qu'ils « aient pour base des définitions scientifiques, des di« visions abstraites ou des principes généraux, mais « des sensations pures ou les comparaisons d'idées qui « se ratlachent le plus immédiatement à de pures sensa« tions. Enseigner, ce n'est pas dicter ce qu'il faut « croire, c'est faire observer ce qui a été senti; ce « n'est pas inculquer des opinions traditionnelles, ce « n'est pas même révéler à un élève les résultats des « recherches que l'on a faites avant lui, c'est le diriger « lui-même dans ces recherches et le conduire à ces « résultats. La synthèse est le despotisme de l'ensei« gnement; elle maîtrise ceux qu'elle instruit, et l'er« reur est toujours à côté d'elle comme à côté de toutes « les tyrannies. L'analyse, au contraire, n'exigeant « d'autre docilité que l'attention, etc. » Suivent des éloges desquels il résulterait vraiment que la clef universelle est trouvée, et dont on rencontrerait l'écho monotone, sinon la rédaction aussi parfaite, dans toutes

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les préfaces et dans tous les programmes d'alors. Nous touchons là du doigt la grande erreur et l'illusion philosophique de la fin du XVIe siècle. Nous n'en voudrions d'autre preuve que ce qui en est sorti d'effets en plus d'un genre. Qu'il puisse y avoir beaucoup de vrai dans ces prescriptions d'analyse, Joseph de Maistre n'a pas assez d'éclats de voix ni de sifflets pour le nier; nous dirons simplement que l'erreur est d'y mettre tout, de croire que la méthode crée l'esprit et que le mot garantit l'idée, de passer le niveau sur les facultés humaines et d'en supprimer le jet naturel, de méconnaître, non pas seulement ce que le génie, mais ce que le bon sens apporte volontiers de libre et de vif avec lui. C'est assez indiquer ce que chacun sent, car nous ne péchons point par un tel genre d'excès aujourd'hui.

Judicieux esprit qui n'avait nul besoin d'exagérer l'instrument prétendu infaillible, Daunou n'a jamais cru pouvoir s'en passer; il en a dissimulé du moins plus d'une fois les inconvénients, varié l'emploi et dirigé les applications aux pl" justes objets. « Il est maître en fait de méthodes, » a dit M. Mignet. Cet esprit d'ordonnance et de classification, il le porte en toutes choses, dans la création de l'Institut dont il est l'un des fondateurs, plus tard dans les bibliothèques qu'il administre, dans les Archives qu'il organise. Ainsi dans l'ordre des études et des idées : on pourrait dire qu'héritier fidèle, et, en un sens, héritier pieux des richesses d'un siècle dont il égalait presque la tâche à celle de l'esprit humain, il aima mieux classer que renouveler.

Comme écrivain, un inconvénient se marque toutefois. Sa plume excellente et correcte, et de plus si faite pour les délicatesses, pour les finesses de l'art d'écrire, s'empêche par instants tout d'un coup, s'appesantit et s'attarde dans ces prescriptions méthodiques qui reviennent plus qu'il ne faudrait. Elle redit, elle prolonge, elle ne parvient pas à recouvrir ce qu'il est impossible de fertiliser. En un mot, une barrière assez marquée sépare à certaines pages le classique Daunou des grands et parfaits écrivains du xviie siècle, je veux dire ce culte sans cesse proclamé de l'analyse, et tout ce qu'il sup

pose avec lui.

Pour revenir à ses travaux de la Convention en cette année 93, il dira, par exemple, en parlant du vaste bouillonnement de passions qui ne doit pas déconcerter le législateur : ( qu'il faut que celui-ci fasse, en quelque « sorte, un cours expérimental de l'immoralité publique; « que, dans un temps calme, les éléments divers de la « société ne donnent à la philosophie elle-même que des « sensations trop obscures, et l'on a besoin, ajoute-t-il, « d'en recevoir de vives pour acquérir sur ces éléments, « sur leur nature, sur leurs mouvements, sur leurs pro« pensions, la connaissance qui est strictement néces«« saire à celui qui veut les combiner. Je conclus que « c'est avec tout le courage de l'espérance, mais avec toute « l'attention de l'analyse, que la Convention nationale « doit faire une constitution...» Ces termes de sensation, d'expérience et d'analyse, ces traces de Condillac et de Lavoisier reparaissent perpétuellement : ils sont là à l'état d'éruption, si l'on veut; mais le style en resta gravé.

Son Essai sur l'instruction publique de cette même date (juillet 93) contient une singularité caractéristique el piquante. Il s'agit d'un détail d'enseignement, d'un détail minime en apparence, « mais que je crois, disait Daunou, d'un intérêt suprême pour le progrès de la raison publique, et par conséquent aussi pour le perfectionnement de l'organisation sociale. » Qu'est-ce donc? Il s'agit de la manière d'apprendre à lire aux enfants. Je ne saurais abréger cette page curieuse. « Cet enseignement, dit-il, quoiqu'il ait subi quelques « réformes, doit demeurer essentiellement vicieux tant a que l'épellation donnera des sons élémentaires tout « à fait étrangers au son total ou syllabique (1). Ob« servez bien ce qui se passe dans les premières a leçons de lecture que vous donnez à un enfant. « Vous avez à l'instruire des conventions les plus « bizarres dont les hommes se soient avisés, et à peine « encore avez-vous le moyen de lui faire entendre que « ce sont là de pures conventions. Si, comme il arrive a presque toujours et comme il doit arriver en effet, si « votre élève attache quelque caractère de sagesse et « de vérité naturelle à ce que vous lui enseignez, votre « élève n'apprend à lire qu'en désapprenant à penser; « et certes il a trop à perdre dans cet échange. Votre « alphabet est le premier symbole de foi que les enfants a reçoivent, et après lequel ils embrasseront tous les a autres, car il n'y en aura point de plus absurde que

(1) Ainsi, pour lire aux, on fait prononcer aux enfants a, ll icze, 6. Assez d'un exemple.

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